5e République : Ne perdons pas de vue l’essentiel !

Publié le vendredi 29 juillet 2016

On a du mal à trouver ses repères dans l’emballement soudain de la classe politique et d’une partie de la société civile autour de la mise en place de la constituante. Difficile de savoir si le débat porte sur sa pertinence ou sur la procédure qui l’a sous-tendue. Pour les uns en effet, c’est une commission imposée dont les membres ont été désignés par Kosyam. Pour les autres, il n’y a aucune urgence à passer à la cinquième république. Il suffit juste de corriger les dispositions crisogènes qui ont permis les dérives monarchiques du régime Compaoré. Sur la marge, il y en a enfin pour qui toute implication du chef de l’Etat dans un processus constituant est forcément suspecte et doit être de ce fait rejetée. Autant de cogitations
revendicatives à la tonalité martiale qui annoncent des jours de tourmente pour le Burkina.
En dépit de cette agitation pas forcément bienveillante, on aurait tort de fermer les yeux sur les opinions critiques au motif qu’elles émaneraient de personnes de mauvaise foi. Derrière les critiques du chef de file de l’opposition, il faut y voir le refus du statu quo ante qui a caractérisé la gouvernance Compaoré où l’opposition n’était là que pour servir de faire valoir, sans aucun poids réel dans le dispositif institutionnel national. Dans un processus constitutionnel, il importe en effet que celle-ci prenne toute sa place car il s’agit de mettre en place les fondements de notre vivre ensemble. Quant à la société civile, elle est par essence gardienne des principes et des valeurs démocratiques. En aucun cas elle ne saurait accepter toute manœuvre de contournement qui tendrait à la dépouiller de son rôle de vigie.

« La Constitution n’est pas un ensemble de principes abstraits. C’est le carburant de notre société. La source est en chacun de nous. La tarir par nos mauvaises pratiques serait dommageable. Il faut vite retrouver le chemin d’un dialogue serein »

De la même façon, dans un système démocratique, chaque institution est appelée à jouer son rôle. Il est normal qu’un président élu sur la base d’un programme travaille à l’appliquer. L’écriture d’une nouvelle Constitution figurait bien dans l’agenda politique de Roch Marc Christian Kaboré. Aucune entité sociale ne devrait donc se mettre au-dessus du peuple souverain qui lui a conféré sa légitimité et lui dénier le droit de tenir parole. La vraie question est celle de savoir si l’initiative présidentielle respecte les normes démocratiques ou à tout le moins les règles prescrites en la matière. Si pour certains pays, c’est un comité d’experts qui est à la tâche, au Burkina, c’est une commission que d’aucuns jugent pléthorique. L’essentiel c’est la qualité du travail qui en sort d’abord. Celui-ci sera en effet jugé sur trois critères essentiels : la redéfinition d’un espace public et de ses normes, la primauté et l’universalité réelle des droits et devoirs comme fondement de notre vivre ensemble et enfin, l’affirmation de la souveraineté populaire et de la citoyenneté. C’est cela in fine qui légitimera la vie politique et nos institutions démocratiques. Une fois de plus, les Burkinabè doivent arrêter de se faire peur. Un débat démocratique est sans doute utile sur toutes les questions qui touchent à la vie des Burkinabè. Mais trop d’indices montrent que nous sommes en train de perdre les valeurs qui sont sources de compréhension et d’acceptation mutuelles : respect de l’autre, humilité, tolérance. La constitution n’est pas un ensemble de principes abstraits. C’est le carburant de notre société. La source est en chacun de nous. La tarir par nos mauvaises pratiques serait dommageable. Il faut vite retrouver le chemin d’un dialogue serein. Ce n’est pas à coups de marteau que nous imposerons mutuellement nos visions. Il n’y a pas d’un côté les mauvais et de l’autre les bons. Nous sommes tous des Burkinabè qui aspirent à un avenir meilleur pour leur pays. Tel doit être la boussole de chacun de nous. Evitons donc que les intérêts partisans ou ambitions personnelles ou de groupes ne ruinent nos espoirs de progrès et de bien-être.

Par Germain B. Nama


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