Affaire Bassolé : Le commandant Damiba bourreau ou instrument ?

Publié le lundi 25 juillet 2016

Depuis le 21 juin dernier, le cours de l’instruction de l’affaire Bassolé, connait une nouvelle tournure. Dans le même registre que l’épisode Soro, une autre écoute, cette fois, avec un officier militaire burkinabè, alourdit la charge de l’ex ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré.

Il faudra bien parler d’une affaire dans l’affaire, en ce qui concerne le cas Djibril Bassolé. C’est celle qui connait le plus de rebondissements depuis le début de l’instruction du putsch. Il y a eu d’abord l’affaire des écoutes téléphoniques dont l’épilogue est intervenu ce 24 juin la Chambre de Contrôle ayant déclarer irrecevable (ci-contre : Affaire des écoutes, les espoirs de Bassolé douchés). C’est parti donc pour la cassation. Donc des mois encore à attendre. Ceux qui avaient espéré le jugement du putsch, pour le mois d’août prochain peuvent toujours attendre. Ensuite, il y a eu l’affaire des avocats étrangers qui a connu la décision de la Cour de cassation, le 26 mai dernier soldée par la décision de « casser et d’annuler l’arrêt N°2015-003 du 22 décembre 2015, ayant déclaré irrecevable l’appel de Djibril Bassolé »
Depuis ce 21 juin, c’est un autre feuilleton dans cette affaire qui commence. De quoi s’agit-il ? Les faits ne sont pas nouveaux à la vérité. Ils n’ont pas été récemment découverts. Ce sont des faits connus depuis le 8 décembre 2015. Le 27 septembre, selon les indications du commissaire du gouvernement, alors que les militaires des garnisons de l’intérieur du pays font mouvement (ou sont déjà dans les alentours) sur Ouagadougou, Djibril Bassolé aurait eu une conversation téléphonique avec le commandant du 11e RIC (Régiment d’infanterie commando), le commandant Paul Henri Damiba, dont on dit que les relations étaient foncièrement exécrables avec Zida, pour le dissuader de venir prêter main forte à ses frères d’arme qui voulaient marcher sur le RSP. C’est cette conversation téléphonique interceptée par les « grandes oreilles de Zida/Auguste Barry qui avait valu une première audition du commandant Damiba, début décembre. Le procès-verbal de cette audition figurerait dans le dossier. A l’époque, les juges instructeurs n’avaient pas donné une importance outre mesure à cette écoute. Probablement parce qu’ils tenaient entre leurs mains, une munition autrement plus dangereuse ; l’écoute avec Soro.

Soudaineté et perplexité
L’exhumation de cette affaire, le 21 juin dernier a donc pour le moins, paru très curieuse. D’abord par la façon dont elle a été emmenée, notamment par le biais du parquet, qui a requis un « réquisitoire supplétif » pour ajouter ce nouveau chef d’inculpation. Ensuite par la gravité moindre du chef d’accusation qui découle de ces faits incriminés. La charge de « incitation à commettre des actes contraire à la discipline militaire », emporte en terme de peine d’emprisonnement de un à cinq ans. Alors que les six premiers chefs d’inculpation qui pèsaient déjà sur Bassolé devraient lui coûter une réclusion de dix à vingt ans de prison. Les peines n’étant pas cumulables, cet exercice laisse perplexe.
En effet, si Djibril Bassolé était reconnu coupable de tous les chefs d’inculpation, cela ne va pas donner lieu à une addition des peines. C’est la peine la plus lourde qu’il devra purger.
La soudaineté de la démarche du parquet, en attendant de plus amples informations, donne lieu à toutes les conjectures. Est-ce parce que la principale pièce à charge, les écoutes téléphoniques, aurait pu tomber devant la chambre de contrôle, à son audience du 24 juin, que le parquet a exhumé cette charge, de moindre importance pour se donner les moyens de maintenir en détention Djibril Bassolé ? C’est en tout cas l’avis qui fait débat actuellement. C’est aussi l’argument que les conseils de Djibril Bassolé vont se faire fort d’emboucher. Même si la décision du 24 juin de la Chambre de contrôle militaire, en déclarant la requête « irrecevable » désamorce quelque peu cet argument.
Autre conjecture, est-ce que le gouvernement du MPP redouterait-il de voir Bassolé, en liberté ? Pour certains, le MPP serait déjà dans un scénario de la présidentielle de 2020 et voudrait se donner les moyens de briser les reins d’un rival coriace. La NAFA, sans son président fondateur, se positionne comme la quatrième force des municipales. Alors Djibril Bassolé, en pleine possession de ses moyens, devrait bousculer l’échiquier politique.

Une affaire lames rasoir
Les écoutes téléphoniques dans ce dossier de putsch auront été assaisonnées à la sauce des règlements de compte individuel. Zida s’en est servi pour torpiller son ami et ex mentor, Guillaume Soro, coupable de ne l’avoir pas soutenu pour réussir la prolongation de la transition qu’il projetait. Et puis le cas Bassolé. Ils sont nombreux qui voudraient le voir moisir à la MACA.

Par Newton Ahmed Barry

La conversation téléphonique reconstituée selon divers témoignages

Bassolé : Allo, c’est le général Bassolé !
Cdt Damiba : « mes respects mon général »
Bassolé : « Vous faites mouvement sur Ouagadougou, pour rétablir les institutions ? »
Cdt Damiba : « Nous n’avons reçu aucune instruction dans ce sens. Ou bien voulez-vous quelque chose ? »
Bassolé : « je voulais juste savoir. Merci et au revoir »

Affaire des écoutes : Les espoirs de Bassolé douchés

La chambre de contrôle de la justice militaire a déclaré, le recours de Djibril Bassolé sur la légalité des « écoutes téléphoniques », supposées avoir été passées entre lui et Soro « irrecevable ». Les avocats de Bassolé avaient intenté le recours devant cette instance pour voir « déclarer illégales les écoutes téléphoniques ».
La cambre de contrôle militaire a déclaré la requête irrecevable. Il faut attendre la publication de la décision pour comprendre les motivations qui l’ont fondé.
C’est une véritable douche froide pour Bassolé et ses conseils. Si les écoutes avaient été déclarées illégales, les raisons de la continuation de sa détention n’auraient plus existé. Cette perspective avait paniqué la justice militaire qui avait exhumé une nouvelle charge le 21 juin dernier. Au tribunal militaire on refuse de parler de nouvelle charge ; mais plutôt d’une « reprécision » d’une charge déjà contenue dans le dossier et qui avait été imparfaitement formulée. Un scrupule qui ne résiste pas longtemps à la vérification. Avant le 21 juin, six chefs d’inculpation pesaient sur Bassolé. Désormais ce sont sept chefs d’inculpation qu’il traine. Précision ou ajout ? Arithmétiquement c’est plutôt ajout que précision. Mais la cause n’est pas encore entendue. Bassolé peut toujours mieux se pourvoir. La chambre de contrôle n’a pas statué sur le fond. Donc la présomption d’illégalité des écoutes reste toujours de mise. Le temps de la justice n’étant pas celui des justiciables, Bassolé et les siens savent qu’ils doivent s’armer de courage. Un dossier comme celui-là comporte une part politique trop élevée. Il ne s’agit pas de contester l’indépendance du juge, mais pour des dossiers de ce genre, la volonté politique trouve toujours les moyens de s’assurer l’inaction du juge.

NAB


Commenter l'article (0)