Mise en place des exécutifs communaux : Quand le MPP multiplie les maladresses

Publié le lundi 25 juillet 2016

Violence ! C’est le terme qui caractérise le mieux le chaos qui s’installe dans nombre de communes, à l’occasion de la mise en place des exécutifs communaux. Le gouvernement a promis des sanctions mais il reste à voir si elles suffiront à éteindre les chaudrons qui brulent ici et là ou à dissuader ceux qui menacent de s’allumer. Le problème est ailleurs. Comment en est-on arrivé là et à quels niveaux situer les responsabilités ?

Il y a comme un air de satisfaction dans le communiqué sanctionnant les travaux du Conseil des ministres du 22 juin dernier. « A la date du 22 juin 2016, il ressort que sur un total de 361 communes, 334 maires ont été déjà désignés ». Logiquement le communiqué aurait pu se poursuivre en ces termes : « il reste seulement 27 maires à désigner ! ». A la vérité, le Burkina devrait ressentir comme un échec cuisant les violences qui se sont manifestées et qui promettent de se reproduire si rien n’est fait pour les empêcher. Jamais le Burkina n’a connu pareille situation depuis les indépendances. deux morts à Karangasso Vigué, un mort à Kantchari, des maires nouvellement élus passés à tabac par des manifestants instrumentalisés, des batailles rangées à coups de chaises et de gourdins entre camps rivaux, des séances de conseils interrompus, des engins et édifices incendiés… Tel est le tableau des exactions qui ont émaillé la fin d’un processus électoral qui avait pourtant toutes les raisons de finir en apothéose.

Mais quelles en sont les raisons ?
Celles-ci sont multiples et caractérisées par des synergies internes et externes. La chute de Blaise Compaoré a entrainé une recomposition du paysage politique avec l’irruption de trois forces politiques sensiblement égales que sont le MPP, l’UPC et le CDP. Sur le terrain politique, la lutte pour l’occupation du terrain est âpre et se mène par tous les moyens.
Chacune de ces forces politiques est minée par des courants internes animées par des ambitions souvent individuelles qui ne reposent sur aucun principe. Autant de choses qui se tissent sur la trame de populations que la pauvreté et la misère rendent maniables à souhait. Au MPP, la sourde rivalité entre les trois premiers responsables du parti entraine des conséquences dommageables sur le terrain. Chaque camp construit son réseau dans une certaine méfiance de l’autre. Deux exemples. L’élection du maire de Ouagadougou a de l’avis de certains analystes été l’occasion d’un affrontement feutré entre Simon et Roch. La leçon apprise de leur expérience avec Blaise Compaoré est qu’il faut un équilibre des forces pour éviter un pouvoir personnel. Ainsi, Ouagadougou dans l’escarcelle du président du Faso serait un facteur important de déséquilibre. Malheureusement pour Simon, les hommes du président ont été plus dynamiques sur le terrain et ont fait échouer toutes les initiatives du camp adverse. Ce fut notamment le cas à l’arrondissement 12 où l’ancien édile de Ouagadougou a en vain manœuvré pour placer Christophe Ilboudo son protégé. La même opération s’est répétée à la mairie centrale avec la candidature de l’avocat Yanogo Pierre qui aurait été suscitée par Simon dans le but de contrer celle de Beouindé, présenté comme un proche de Roch. Le désistement tardif de maître Yanogo s’expliquerait plutôt par le souci d’éviter une défaite cuisante en cas de vote, tant le rapport des forces à la veille des primaires au sein du MPP (de la capitale) paraissait déséquilibré. Par ailleurs, une certaine opinion croit voir la main de Simon dans la création du NTD. Quel rôle les militants de ce parti ont joué dans les difficultés que connait le MPP dans les communes où ils sont présents ?
La remontée d’informations de terrain permettra d’affiner nos analyses en temps opportun. Il apparaît toutefois évident que ce jeu trouble au sommet du parti ne peut en aucun cas être source de clarté à la base. Les querelles de chiffonniers qui se mènent dans les communes peuvent s’expliquer par le fait que chaque camp croit pouvoir tirer sa légitimité de quelqu’un d’en haut.

La place des facteurs locaux
Les querelles que l’on observe dans certaines communes s’expliquent par la volonté des populations de voir à la tête de leurs communes des gens qu’elles connaissent bien pour leur disponibilité et leur proximité avec elles. Malheureusement ce ne sont pas ces gens qui émergent à travers les processus de désignation qui ne prennent pas en compte ces réalités. L’exemple de Komsilga est un cas patent où le MPP a manifestement choisi le mauvais cheval. Bien que majoritaire, le fauteuil lui a filé entre les doigts et a finalement échu à l’UPC. Même scénario à Kougny dans le Nayala où malgré un crédit de 17 voix potentielles, l’UPC a raflé la mise, alors qu’elle n’avait engrangé que trois conseillers à l’issue des municipales. A côté de ce désir légitime des populations à s’identifier à leurs leaders, on a pu noter l’apparition de tendances dangereuses à travers la volonté de certaines familles régnantes d’imposer leurs candidats. A Bobo, les exigences du clan mandarin de voir un de leurs fils porté à la tête de la mairie ont été durement ressenties au sommet du parti. Mais les hauts responsables ne semblent pas avoir eu d’autre choix que d’avaler la couleuvre. A Nanoro tout comme à Barani, les mêmes exigences étaient sur la table, du moins dans la phase des primaires. Il y a enfin les ambitions individuelles, sources d’indiscipline. Les directives prises au niveau du MPP, que ce soit pour l’organisation des primaires ou que ce soit les règles de désistement à observer au sein de la majorité, ont été parfois ignorées, au prétexte que c’est la base qui décide. Mais on a bien vu que les décisions unanimement adoptées par les conseillers ont été parfois violées par des brebis galeuses. Ce fut notamment le cas à Oury où un conseiller MPP a pris sur lui de proposer au poste de premier adjoint au maire un conseiller UPC en lieu et place de la candidate du MPP désignée aux primaires. A Léo, la directive conjointe des partis de la mouvance qui favorise le candidat du parti le mieux placé a été la pomme de discorde à l’origine du blocage de l’élection du maire, faisant de Léo la seule commune sur les 38 de la région du centre-ouest à n’avoir pas d’exécutif. Le MPP arrivé en troisième position après le NTD et l’UPC a malgré tout son candidat, soutenu dans son opération par l’UPC. A Pô c’est la rivalité de personnes au sein du MPP qui est à la base de la victoire sans coup férir de la coalition ADF/CDP/UPC. Il y a sans doute une leçon à tirer de ce jeu de dupes amené par le MPP qui consiste à dire une chose et à faire son contraire. Quand on sait qui sont les acteurs de ces actes d’indiscipline, on n’a aucun mal à remonter la chaine. Il y a bien des moghos puissants derrière. En tous les cas, l’évidence apparaîtra, au regard de la suite disciplinaire qui sera donnée à tous ces actes d’indiscipline. La directive prévoit en effet des sanctions disciplinaires si des comportements contraires aux décisions communes étaient observés.

Quid du genre dans ce mélimélo ?
A l’aune des résultats, on s’aperçoit que le discours sur le genre n’est que pur cosmétique pour consommation étrangère. Dans le choc des ambitions, on s’aperçoit qu’il n’y a guère de place pour la femme. Sur les dix maires d’arrondissement actuellement connus à Ouagadougou, deux seulement sont des dames. On n’attend pas plus des deux arrondissements restants. Quand à Bobo-Dioulasso, on peut à juste titre lui décerner la palme de la misogynie. Pas une seule femme ne figure au tableau des maires. L’image la plus choquante dans ce festival phallocratique, c’est incontestablement celle administrée à Oury où un élu MPP a pris sur lui de proposer séante tenante la candidature d’un conseiller UPC à la place d’une dame pressentie par son parti (le MPP) au poste de premier adjoint. Si un tel comportement devait bénéficier de l’impunité, il sera difficile au parti au pouvoir de se regarder dans le miroir. Heureusement, il y a des images plus agréables. Celle qui nous vient de Gourcy où les femmes semblent avoir fait une véritable percée. Trois femmes entrent en effet au bureau du conseil, présidé par Madame Kadidiatou Traoré Ouédraogo, avec comme deuxième adjoint une dame et une troisième dame à la tête de la commission foncière, un poste stratégique à un moment où la question de l’accès de la femme à la terre est plus que jamais dans l’agenda politique.
Enfin, deux grands enseignements doivent être tirés des élections des maires : l’option en faveur d’un scrutin uninominal en ce qui concerne le choix des maires et la nécessité de bâtir de vrais partis politiques. Le MPP a par exemple étalé les faiblesses d’un parti fourre-tout qui a capté toute la lie du CDP et qui en est naturellement malade. La situation à l’UPC n’est guère meilleure où l’opportunisme semble tenir lieu de stratégie politique. Sans doute tout cela est une question de formation et de niveau politique. Quand on met le pays et non sa personne au- dessus de tout, il ne devrait plus avoir de place pour les coups tordus et autres lib- libs. Incontestablement, le Burkina sort de ces élections, diminué dans son image.

Par Germain B. NAMA


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