Cette communalisation à problème : Cohésion nationale en danger

Publié le lundi 25 juillet 2016

Les municipales défraient la chronique depuis quelques jours. La désignation des maires donne lieu à toutes les empoignades et hélas, pour la première fois, à des morts violentes. Karangasso, Kantchari des morts au moment de la désignation des maires. A Barani, dans le Kossi, il y a aussi des risques d’escalades mortelles, sur des fondements féodaux, dans cette partie du pays où on écoute au réveil les prêches obscurantistes de Hamadoun Kouffa, l’illuminé du Macina.
Les bisbilles politiques ne manquent pas. Mais le plus grave c’est la tournure foncièrement ethnique des joutes et des affrontements. La communalisation prend alors l’allure d’une instauration de féodalités locales sur la base de l’ethnie dominante ou même de la famille dominante et la plus autochtone. Le patronyme devient « un atout politique ». On avait lynché, à juste raison, Ablassé Ouédraogo, « le mossi musulman du Plateau Central ». Mais c’était plus pour abattre définitivement un trublion politique, incontrôlable, que pour affirmer une conviction idéologique forte.
A Karangasso, les populations avaient prévenu qu’elles n’accepteraient pas un maire qui n’est pas un fils du terroir. Aucune autorité ne s’en était émue. Au moment de la désignation des maires, fatalement le pire s’est produit. Le MPP, majoritaire, a présenté un « allogène ». Avec sa majorité, il entendait le faire élire. Son rival d’en face, la NAFA, avait un candidat « autochtone », mais n’avait pas la majorité requise. Il a voulu surfer sur un moyen contestable (détestable même), pour conquérir, ce que les urnes lui avaient refusé.
L’affrontement inévitable a eu lieu et le pire s’est produit. Les deux partis rivaux à Karangasso, MPP et NAFA, sont muets sur ces dérives dangereuses. Le CFOP n’a pas pour l’instant pris une position officielle, sur cette question. Le gouvernement à l’issu du Conseil des ministres, le mercredi 22 juin, a réagi en gestionnaire. Il oppose une « fermeté » « aux incidents ». Il ne dit rien sur les « dérives ethniques » qui sont causes des problèmes.

« Ces municipales révèlent, comme on pouvait déjà le soupçonner avec l’irruption des Koglwéogo, un Burkina qui se délite. Un Etat, qui n’est plus que défaillant, mais inexistant »

A Bobo Dioulasso, les « autochtones » avaient prévenu. Les choses se sont bien passées, parce que c’est la razzia des « Sanou ». La rumeur dit que Dioulassoba a donné des consignes claires aux conseillers municipaux bobo : « entre un candidat autochtone et un allogène, votez l’autochtone, même s’il n’est pas de votre bord politique ». Consigne reçue 6 sur 7. Dans un des arrondissements, un Sirima a pu passer les mailles du filet en payant le prix fort. Sans qu’on ne puisse le vérifier, il se dit que Sirima a acheté chaque vote de conseiller à 2,5 millions f cfa, pour remporter la mairie. Une telle rumeur ne doit pas rester invérifiée. Les instances habilitées doivent se mettre en branle. Si elle est vérifiée, l’édile doit être disqualifiée et les conseillers achetés déchus de leur mandat. La corruption électorale ne doit pas être constatée seulement a priori. Elle doit l’être tout le long du processus.
A Ouagadougou, il n’a pas été nécessaire de réaffirmer la préférence « autochtone ». C’est un acte passé dans les faits. Il ne vient à l’esprit, d’aucun non moaga ; mieux d’aucun « non maoga du plateau central » de rêver succéder à Simon Compaoré. En regardant la pléiade des élus, dans les arrondissements de la capitale, on ne constate pas « une diversité sensible », pour emprunter l’expression « genre sensible », désormais consacrée. La capitale d’un pays d’une soixantaine d’ethnies, devrait faire montre d’un kaléidoscope patronymique « arc-en-ciel » au niveau de l’élite dirigeante. Il est loisible à chacun de faire son constat.
Ce que l’on constate, c’est que ces municipales révèlent, comme on pouvait déjà le soupçonner avec l’irruption des Koglwéogo, un Burkina qui se délite. Un Etat, qui n’est plus que défaillant, mais inexistant. Les Koglwéogo ne sont pas des « initiatives locales de sécurité », mais des embryons communautaires sécessionnistes. Quand les villages n’ont plus besoin de l’Etat pour se sécuriser, rendre justice et lever les taxes, ils peuvent se passer de lui pour tout le reste. La nation burkinabè serait-elle une chimère avant d’avoir vraiment existée ?

Par Newton Ahmed Barry


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