OGM au Burkina : Les agro-écologistes exigent la rupture entre l’INERA et Mosanto

Publié le samedi 9 juillet 2016

Dans un mémorandum transmis au Directeur de l’Institut de l’Environnement et de la Recherche Agricole (INERA), le 28 mai 2016, le Collectif citoyen pour l’agro-écologie (CCAE) dénonce le rôle de l’Institut dans « l’imposition » des organismes génétiquement modifiés au Burkina Faso. Ils en appellent à l’arrêt de la collaboration avec toute firme agrochimique.

« À la suite des expériences de nombreux pays, après les déboires annoncés puis constatés du coton Bt au Burkina Faso, nous demandons à l’INERA de cesser sa collaboration avec la firme agrochimique Monsanto et toute autre firme agrochimique dont l’objectif serait de privatiser le vivant à des fins lucratives, au mépris de la santé, de l’environnement et des intérêts collectifs du peuple ». Ceci est un extrait du mémorandum transmis au DG de l’INERA. Le CCAE rappelle que le Burkina Faso a autorisé la culture du coton Bollgard II (BT) en 2001, en « violation flagrante de la convention sur la diversité biologique de 1992 et du protocole de Carthagène sur la biosécurité de 2000 ». Ces traités internationaux obligent en effet tout pays souhaitant expérimenter les OGM à disposer, avant tout, d’un cadre législatif, de prendre les précautions qui s’imposent, d’informer la population des dangers des OGM et de n’autoriser leur vulgarisation sans une large concertation publique. Cependant, cinq ans après, en avril 2006, il a ratifié le régime de sécurité en biotechnologie au mépris des risques pour l’agriculture familiale, l’environnement et la santé [humaine et animale] et même procédé à la diffusion du coton bt en plein champ en 2009, s’indigne le CCAE. Il dénonce le mensonge que certains chercheurs de l’INERA, engraissés par Mosanto, ont véhiculé auprès de l’opinion nationale pour lui faire accepter le coton bt. Il s’insurge également contre le « plein engagement » renouvelé de ces derniers d’accompagner Mosanto dans son projet d’introduction du Maïs OGM, du Niébé bt et du Sorgho biofortifié possédant des gènes dit Terminator (interdits en Europe depuis 1998). Ils les tiennent pour responsables de toutes éventuelles « catastrophes sanitaires, économiques et environnementales ». Le collectif exige en outre que ces chercheurs répondent de leurs actes, que « les travaux actuels de l’INERA sur les OGM soient soumis à un contrôle citoyen et à une transparence totale », que l’absence de risques sanitaires et écologiques de toute culture OGM soit scientifiquement démontrée avant sa vulgarisation en plein champ.

Les OGM, un « désastre » socio-économique, sanitaire et environnemental
Selon le CCAE l’introduction des OGM a provoqué un « désastre économique » au Burkina Faso. Il en veut pour preuve la perte des 48 milliards que le secteur cotonnier a enregistrés à cause de la mauvaise qualité de la fibre depuis l’introduction du gène bt et rendue publique ces derniers temps. D’après une étude, meublée de témoignages de producteurs agricoles et d’éleveurs, les activistes de l’environnement révèlent que la culture du coton bt a endetté de nombreux producteurs. Ceux-ci payaient le sac de 30 Kg de semence à plus de 25 000 F CFA contre environ 800 F CFA pour la semence du coton conventionnel, soulignent-ils. Sur le plan sanitaire, ils démontrent que la santé humaine et animale est bel et bien menacée. Les tests toxicologiques que Mosanto a pratiqués sur les rats pendant 90 jours ne permettent pas d’aboutir à des résultats concluants, déclarent-ils. Evoquant des contre-études indépendantes, ils affirment qu’en pareil cas, les résultats apparaissent dans six mois et non dans trois mois. Sur le plan environnemental, le CCAE note que la culture du coton bt a entraîné une plus grande utilisation des pesticides, contrairement à ce qui avait été annoncé. A les en croire, cela pourrait stériliser les sols et entraîner un déséquilibre écologique.
La conviction du CCAE est que la vulgarisation des OGM aggrave « fortement » l’insécurité alimentaire et les changements climatiques. Il appelle le Burkina à œuvrer à sa souveraineté alimentaire. Le moyen pour y arriver est que la recherche agricole soit indépendante. Il exige par ailleurs un moratoire sur « l’importation, la dissémination et la production des OGM » pendant au moins dix ans. L’objectif est, d’une part, d’évaluer l’impact sanitaire et environnemental à travers des recherches scientifiques
indépendantes. D’autre part, ce moratoire permettra d’évaluer par une veille citoyenne les recherches en cours sur les cultures du coton, du maïs, du sorgho et du niébé afin d’ouvrir un vrai débat public avant leur diffusion en plein champ. Il va permettre en outre à la recherche burkinabè de trouver des solutions alternatives à même de contribuer à une réelle souveraineté alimentaire.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Mosanto en voie de perdre en Europe

La croisade engagée contre le géant américain des OGM va au-delà des frontières burkinabè. L’Union européenne vient de lui refuser la ré-autorisation du pesticide glyphosate dont il tire le tiers de ses revenus.

Le vote du parlement européen du 19 mai 2016 devant donner un nouveau feu vert au glyphosate a finalement été annulé pour la deuxième fois. Cela a été possible suite à une pétition lancée par des réseaux de citoyens, en l’occurrence SumOfUs et AVAAZ, fondamentalement opposés aux OGM. Leur mobilisation a contraint de nombreux Etats membres de l’Union à ne pas soutenir la proposition de la Commission européenne de prolonger de 12 à 18 mois, sous conditions, jusqu’à la publication d’une étude de l’Agence européenne des produits chimiques, l’autorisation du glyphosate qui expire à la fin du mois de juin, La commission devait décider une nouvelle fois de l’avenir du glyphosate le 6 juin dernier mais ce sera encore pour plus tard. En effet, la « majorité qualifiée » n’a pas été atteinte. Sur les vingt-huit Etats membres de l’Union Européenne, vingt ont décidé de voter contre. Si aucune décision n’est prise avant le 30 juin, le glyphosate pourrait être définitivement interdit en Europe. Si un tel scénario se produit, les Etats membres devraient retirer du marché tous les produits contenant ce pesticide classé « cancérigène probable » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La Commission européenne fait des pieds et des mains pour obtenir le renouvellement de la licence mais des scientifiques indépendants tirent la sonnette d’alarme sur les risques que représente le glyphosate en matière de santé.

GBS


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