Mohamed Ali, l’une des étoiles Noires de Lilian Thuram

Publié le samedi 9 juillet 2016

Lilian Thuram est l’un des meilleurs footballeurs de l’histoire de France. La chevauchée fantastique des Bleus (l’équipe nationale de football de France) qui ont remporté la coupe du monde en 1998 lui doit une fière chandelle. Thuram n’est pas bon que balle au pied. C’est ce qu’il prouve à travers un ouvrage de 400 pages qui se lit comme une bande dessinée. Ce livre est l’expression d’un engagement pour la cause noire. Normal, Thuram a créé en 2008 une fondation : Education contre le racisme. Ancien recordman des sélections en équipe de France de foot, Thuram a souffert de l’ignorance ambiante concernant les populations d’origine africaine, qui ont apporté une contribution inestimable a l’avancée de la civilisation humaine. Il fallait le dire, il l’a écrit. Mes étoiles Noires. De Lucy à Barack Obama, plus qu’un livre, c’est toute une histoire. Tout est parti du choc de l’esclavage. « Je me souviens de la première fois où l’on m’en a parlé à l’école. J’étais le seul Noir dans ma classe. Choqué, je me suis demandé ce qu’avait bien pu être l’histoire de mes ancêtres avant l’esclavage. Je n’ai pas eu le courage de poser la question tant je me suis senti estampillé, marqué au fer, et bien seul dans cette classe que je regardais désormais autrement et qui me regardait aussi peut être d’une autre façon. L’esclavage se résumait pour moi à ces mots : « Les Blancs ont réduit les Noirs en esclavage. » C’est l’introduction de cette œuvre qui met en vedette les Grands Hommes du monde Noir. Ce Panthéon du sportif est né d’une volonté de rectifier une histoire qui a longtemps été celle des vainqueurs. Eviter les clichés et former la jeunesse sur la base d’exemples positifs. Si jeunesse savait…Voici la mission qu’a voulu bien se donner ce footballeur talentueux qui ne veut pas se contenter de laisser à la postérité, ses prouesses sur le gazon. La vie au delà des gradins a une autre coloration. L’ignorance fait le lit du racisme. L’énumération commence par l’ancêtre Lucy, puis Taharqa, le pharaon Noir. Cheick Anta Diop avait beaucoup écrit sur l’antériorité de la civilisation Egyptienne. Cette civilisation souvent citée en exemple par des savants grecs : Platon, Aristote, etc. Or s’il est démontré que l’Egypte de jadis avait son pharaon noir…la gloire a précédé les heures sombres de l’esclavage. 400 ans de misères et de désolations. Parallèlement la vie faisait des merveilles. On oublie très vite la charte du Mande, proclamé par les chasseurs en 1222, à Kouroukanfougan. A lire cette déclaration solennelle, qui disait « Toute vie est une vie » on comprend difficilement pourquoi c’est 1791 de « nos ancêtres les Gaulois » qui est pris comme repère de la proclamation de la liberté et des droits de l’Homme : « Tous les Hommes naissent libre et égaux en droit » Combien d’étudiants africains de nos jours, savent que sous l’empereur Soundiata Keita, les chasseurs avaient dit quelque chose de similaire. Mais ce n’était pas écrit, les chants des griots ont été étouffés par le bruit des canons venus des océans. C’est ce qui a poussé Cassus Clay, alias Cassus X et enfin Mohamed Ali, à affirmer la main sur le cœur : « J’ai beaucoup à faire dans les quartiers noirs. Les Noirs ignorent qui ils sont. Mentalement ils ressemblent aux Blancs. Les Blancs nous ont tellement façonnés à leur image que nous ne savons plus qui nous sommes ». C’est sur cette base qu’il a vécu en criant à qui voulait l’entendre. « Black, beau et fier de l’être ! » il était le plus grand, le fort, sauf contre le mal qui dès le début des années 80 a attaqué son organisme. Ali a fait ses preuves d’As sur les rings au point de venir assener le K.O historique à l’invincible Georges Forman à Kinshasa le 30 octobre 1974, en plein cœur de l’Afrique. Même si c’était sous la dictature de Mobutu Sese Seko, pour Ali, ce qui comptait le plus, c’était de remporter cette victoire sur la terre de ses ancêtres. Ali est mort, Vive le roi des rings ! Il avait fait de la boxe un tremplin pour sa lutte contre l’injustice et pour la valorisation de son peuple. Ses obsèques, il les a voulus multiconfessionnelle, ouverts à tous. Mort à 74 ans, l’ami Bill Clinton sera invité le vendredi 10 juin à prononcer à Louisville, l’oraison de celui qui déclarait il y a quelques années : « Dans cent ans ils diront que je suis blanc. C’est ce qu’ils ont fait à Jésus » No comment ! Le livre quant à lui, est vendu exclusivement en Afrique au prix de 3000F CFA, si les revendeurs respectent les volontés de cette publication équitable. A bon entendeur…bonne lecture !

Ludovic O. Kibora


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