Que veulent les martyrs ?

Publié le samedi 9 juillet 2016

Un, deux, trois !!! Ceux qui sont régulièrement en contact avec les martyrs menacent et parlent en leurs noms. Depuis la fin de l’insurrection, en leurs noms, beaucoup de choses ont été faites ou revendiquées.
La transition dans son articulation répondait, selon les mages, à la volonté des martyrs. Le choix des hommes « providentiels » et la programmation de leur turpitude. Tout a été pensé et choisi par les martyrs. Mais ces Deus ex machina qui régentent désormais le pays et nos vies ne semblent pas se préoccuper de leur sort à eux. C’est vrai que les morts n’en ont plus et ils n’auraient pas été martyrs s’ils n’étaient capables d’un tel altruisme.
Les martyrs sont, tout là-haut, dévoués et voués au sort des vivants. On sait d’après les intermédiaires qu’ils n’aiment pas les anciens dignitaires du régime Blaise Compaoré. Sauf quand ces derniers se recyclent dans les formations politiques aux couleurs insurgées. Donc du haut des cieux, eux qui lisent dans le cœur de chacun, savent que les gens ne sont pas mauvais de nature, mais ils le deviennent en raison des circonstances. Ils peuvent aussi redevenir biens selon des auspices plus heureux. On devrait logiquement éviter les condamnations sans réminiscence. Dans la transmission des messages, la parole des martyrs a pu être parasitée à ce niveau, par des problèmes de réseaux. Les mages intercesseurs auraient donc loupé les derniers « hadiths ».

« Parce que au contraire des nôtres, les martyrs d’ordinaire ce sont les gens biens. Les altruistes qui se sacrifient sans rien attendre en retour, rien d’autre que l’évolution en mieux de la société qu’ils ont servi. C’est en cela d’ailleurs qu’ils sont martyrs. Les « bienheureux » pour reprendre le terme chrétien originel »

Depuis là-haut aussi, les martyrs sont opposés aux vols, à la prévarication et au détournement des biens publics. Mais ils ont édicté une fatwa de circonstances atténuantes, pour les insurgés qui se sont sacrifiés et qui ont pris des risques. Pour eux, les martyrs disent de fermer les yeux et d’absoudre. Le vol et la prévarication sont licites quand ce sont les « élus des martyrs » qui s’y adonnent. Dans l’au-delà, la politique de deux poids deux mesures ne fâche pas. Les martyrs ont dû faire le travail de rédemption, eux, qui sur terre sont allés jusqu’au sacrifice suprême, parce que cette idée même leur était insupportable.
Là-haut, dans les cieux, les martyrs n’aiment pas qu’on accorde les libertés provisoires. Pour eux qui ont fait « le voyage sans retour », ils ne comprennent pas les niaiseries des vivants à ce niveau. Quand on va en prison c’est pour y rester et y moisir. Chez bon Dieu, la présomption de vivant n’existe pas. Tous ceux qui arrivent aux cieux sont bien morts. Alors quand on est déposé à la prison, c’est qu’on n’est plus innocent. Pour ce cas-ci les martyrs n’ont pas eu le temps de la clause conservatoire. Dans leur certitude infinie, ils n’avaient pas imaginé qu’un insurgé-résistant pourrait avoir des comptes à rendre à la même justice. Les mages intercesseurs qui n’ont pas la faculté d’anticipation ne voient pas arriver à grands pas les futures mises en accusation suivies d’inculpation et de mandat de dépôt. Quelle sera la réaction des martyrs dans la perspective d’un mandat de dépôt contre les grands insurgés-résistants ? Surtout que le mandat de dépôt est un aller simple en prison.
Voilà donc la situation. Bien curieuse s’il en est vraiment. Parce que au contraire des nôtres, les martyrs d’ordinaire ce sont les gens biens. Les altruistes qui se sacrifient sans rien attendre en retour, rien d’autre que l’évolution en mieux de la société qu’ils ont servi. C’est en cela d’ailleurs qu’ils sont martyrs. Les « bienheureux » pour reprendre le terme chrétien originel. Curieusement les nôtres sont rancuniers et sectaires. Leur sacrifice ne bénéficie qu’aux seuls insurgés-résistants. Les autres Burkinabè en sont exclus. Les martyrs burkinabè ont été privatisés, mis au service d’un groupe comme un épouvantail de préservation d’intérêts. Quand les intérêts du groupe sont menacés, les martyrs sont convoqués où invoqués pour le conjurer. Quand tout rentre dans l’ordre, on range les martyrs dans le placard funéraire. Les mages intercesseurs organisent des marches contre les libertés provisoires. Ils n’ont pas encore songé à en organiser pour demander justice pour les martyrs.
Mais bon ! Chaque martyr mérite bien son peuple !

Par Newton Ahmed Barry


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