Consommation de combustibles au Faso : Le gaz a fait une percée mais le bois résiste !

Publié le mercredi 16 mai 2012

Le gaz ou le charbon, le charbon ou le bois. Lequel de ces trois combustibles est préféré par les ménages à Ouaga ? Pourquoi ? Quels avantages ou quelles contraintes pour chacune de ces trois sources d’énergies ? Dans quelles conditions ces combustibles sont-ils accessibles ? Ce sont des questions qui se posent au moment où toutes les tendances confirment que la crise énergétique ira s’accentuant. Pays sans ressources pétrolières, le Burkina Faso importe 100% ses hydrocarbures dont le gaz domestique. Les énergies de source locale utilisées dans les ménages sont essentiellement les combustibles ligneux (charbon de bois, bois de chauffe ou encore résidus de plantations agricoles). Sur le marché, les fournisseurs et les consommateurs de ces combustibles supputent les raisons de leurs préférences. Voici notre constat.

 

De son vrai nom Yacouba Tabsoba, celui qu’on appelle amicalement « ambassadeur » dans son entourage s’est fait un nom et une réputation dans son métier de vendeur de charbon de bois. Il est établi au secteur 8 du quartier Gounghin, non loin de l’église des Assemblées de Dieu. Voilà trois ans qu’il se consacre au métier de vendeur de charbon de bois. Ces principales clientes sont les femmes de ménage et les restaurants publics de son quartier. Il ne passe pas un jour sans qu’il ne soit sollicité pour une livraison. Il se réserve sur ce que cela représente en termes de chiffre d’affaire mais au moins dit-il, avec un air sûr, « Je m’en tire à bon compte ». Malgré tout, il pense que la période est plutôt morose pour son activité. Les commandes se sont espacées. Sans trop de conviction, il estime que l’utilisation du gaz butane est pour quelque chose dans le ralentissement de la vente du charbon. Le gaz a connu cette année des périodes de pénuries qui ont fait les choux gras des vendeurs de charbon et de bois de chauffe. Peut-être que ces pénuries ne sont toujours pas loin, mais pour l’instant, le gaz est de retour. Il est à nouveau disponible et accessible à souhait, dans les grands centres urbains. Avec espoir, Yacouba Tabsoba imagine que la saison des pluies et le retour du froid apporteront des opportunités de marchés pour son charbon.

Christine Lankoande est une cliente sûre de M. Tabsoba. Par semaine, ce sont deux sacs de charbon qu’elle achète auprès de son fidèle fournisseur. Le sac de charbon lui coûte 4750F, ce qui lui revient à 9500F de charbon par semaine, pour assurer le fonctionnent régulier de son restaurant ouvert six jours sur sept. A côté du charbon qu’elle utilise abondamment, Mme Lankoandé utilise également le gaz. Le bois ne fait pas partie des combustibles qu’elle utilise pour la simple raison que « le feu de bois noircit les marmites beaucoup », ce qui ne facilite pas leur lavage. Dans certains ménages, l’utilisation du bois peut être déconseillée pour des raisons médicales. C’est le cas de la famille Zango au secteur 9 de Gounghin. Selon Safiata Zango, à cause de la fumée que dégage la combustion du bois, jamais on n’utilise le bois dans sa famille pour la cuisine. Sa mère est asthmatique. Le principal combustible dans cette famille est le gaz et souvent le charbon de bois.

Devant la con cession familliale Mme Fofana assiste au déchargement de son tas de bois.

Selon Mme Lankoandé, « le gaz est le meilleur » des combustibles. Plus pratique, hygiénique, moins cher, facile à allumer, elle apprécie le gaz. Malgré tout, elle ne peut se passer du charbon parce que le charbon aussi à ses atouts tout comme le gaz a des limites. Il semble que le gaz ne prévient pas avant de finir. « Vous pouvez être en train de préparer votre tô et c’est en ce moment que votre gaz vous lâche ». Mais ce n’est pas pour cette raison que Mme Lankoandé préfère le charbon. « J’utilise le charbon parce que c’est plus rapide ». En effet, explique-t-elle, avec le charbon, elle a la possibilité d’allumer plusieurs foyers à la fois. Nous l’avons constaté le mardi 07 mai dans son restaurant. Très tôt le matin, plusieurs foyers, exactement six fourneaux à charbon étaient allumés. Plusieurs marmites de sauces, une marmite de riz, de la bouillie pour le tô, une poêle de poissons, tous à la fois étaient au feu sur des fourneaux aux braises enflammées. Pour le gaz, elle utilise deux bouteilles de six kg chacune. La bouteille de 6Kg de gaz butane dont le prix est 1560 F CFA lui permet une utilisation d’une semaine. Par contre, le charbon, lui, est vendu à 4750F le gros sac (sac de 100kg). Ce prix est jugé cher mais pour l’ambassadeur du charbon, il se justifie. En tant que demi-grossiste, le charbon lui est livré par son patron qui dispose d’un camion de transport. C’est dans la région de l’Est, « loin après Fada », que le camion part chercher le charbon. Le sac est vendu sur place à 2500 FCFA. Le prix de 4750 à Ouaga est justifié par le coût du transport (cherté du gas-oil), les différentes taxes mais aussi parce que « c’est difficile de trouver le charbon », clame avec force l’ambassadeur.

 

Une politique énergétique favorable au gaz

Les vendeurs de charbon et de bois sont unanimes à reconnaitre que pendant la chaleur, comme c’est le cas actuellement, le bois et le charbon sont moins utilisés. Ce sont les transporteurs de bois qui semblent le plus se plaindre de cette mauvaise saison. Sourwema Boureima en est un. Et pourtant, ces transporteurs de bois tiennent un pan entier du secteur des combustibles au Burkina. Le bois de chauffe et le charbon de bois constituent à eux seuls plus de 80% de la consommation en énergie dans les ménages au Burkina. Pour prendre en compte ce déséquilibre, depuis plus d’une décennie, le Burkina Faso a adopté une nouvelle politique énergétique avec un nouveau cadre institutionnel, législatif et règlementaire. Cette politique énergétique vise l’allègement de la pression de l’homme sur la dégradation du couvert végétal. En juillet 2005, le gouvernement par un arrêté conjoint des ministères de l’Environnement et du Cadre de Vie, de la Sécurité et de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, a suspendu la production du charbon de bois sur toute l’étendue du territoire national. Cette mesure devrait permettre de réorganiser la production et la commercialisation du charbon de bois au Burkina dont la situation était jugée « alarmante », selon Laurent Sedogo à l’époque ministre de l’Environnement et du Cadre de vie. La nouvelle politique énergétique vise surtout à faire la promotion des énergies palliatives en vue de préserver le couvert végétal et l’environnement. Le gaz butane qui était réservée à une minorité de fonctionnaires a été vulgarisé. C’est ainsi qu’on a assisté à une popularisation de foyers améliorés, à la promotion du gaz butane, à travers la réduction des taxes d’importation des équipements pour le gaz, et également une subvention sur le combustible. Le Burkina Faso aurait le gaz le plus accessible en coût devant certains de ces voisins. Selon une note publiée par le service de communication de la SONABHY dans Le pays du 23 janvier 2012, « la bouteille de gaz butane de 12,5 kg coûte 8 000 F CFA au Mali comme au Bénin et 12 000 F CFA au Niger. Celle de 6 kg s’achète à 4 000 F CFA dans les mêmes pays. Au Burkina, ces bouteilles sont respectivement vendues à 4 000 F CFA et à 1 560 F CFA. ». Selon la même source, ces prix au Burkina Faso demeurent inchangés depuis la dévaluation du franc CFA en 1994. En conséquence, cette politique aurait permis d’accroitre de 250% la consommation du gaz butane au Burkina qui est passée de 800 à 30 000 tonnes par an entre 1986 et 2011. Au milieu de cet intervalle de temps, on estime que la consommation est passée de 3000 tonnes entre 1994 à 16000 tonnes de butane en 2006.

 

Le bois fait de la résistance

C’est un constat que le foyer traditionnel fait de trois pierres disposées triangulairement est devenu plus rare. Si ces foyers sont encore très présents en milieu rural, ils ont été relayés en ville comme en zone semi-urbaine par des foyers de type nouveau, appelés des foyers modernes ou améliorés. « Roumdé », « Fait-tout » sont les foyers les plus en vogue. Ils ont bénéficié d’une campagne médiatique et publicitaire qui les a imposés dans les ménages. Ces foyers sont adaptés pour le gaz et pour le charbon. Quid du bois ? Malgré les efforts de promotion du gaz et ces avantages indéniables, le bois de chauffe demeure la première source d’énergie pour nombre de ménages, y compris en ville. Dans la famille Fofana située à Gounghin, secteur 8, le bois est le principal combustible. Selon Mme Fofana, après avoir reconnu les mérites du gaz, elle ajoute que « le gaz c’est pour les petites familles ». Dans sa concession, le gaz est utilisé uniquement pour chauffer de l’eau ou à la limite réchauffer les repas. C’est devant sa concession que nous l’avons trouvée le mercredi 8 mai pendant qu’elle achetait le bois. Pour ce jour, elle a acheté 5000F CFA de bois. Nous avons compté exactement 21 morceaux de bois, d’une longueur moyenne de 1.5m et d’un diamètre de 5 cm « pour une consommation de 10 jours maximum », dit-elle. M. Fofana qui l’a rejoint à côté du camion qui déchargeait le bois, renchérit, « 20 000F de bois, c’est pour un mois et demi maximum » d’utilisation. Mme reconnait cependant que « c’est le gaz qui est plus économique ». En plus, le gaz a un prix fixe. Avec les vendeurs de bois, c’est toujours un marchandage. Les vendeurs de bois précisent que le bois n’a pas de prix. Le plein du camion peut rapporter 200 000F CFA, selon Sourwema Boureima, un des transporteurs. Mais en ces temps de saison sèche et de canicule, c’est la même litanie de complaintes que ce que nous a servi le vendeur de charbon Yacouba Tabsoba. Le bois provient des provinces du Ziro et de la Sissili. Pour en transporter, il faut à chaque voyage prendre un permis de coupe qui coûte 5400f et un permis de circulation à 600 F valable pour deux jours. « Si vous faites une panne en route et que les deux jours expirent, vous ne pouvez pas bouger tant que vous n’avez pas pris un nouveau permis de circulation », nous apprend Boureima Sourwema. C’est la période des vaches maigres en ces moments mais les transporteurs de bois vont bientôt se frotter les mains avec l’arrivée de la saison des pluies, disent-ils. Selon eux, en saison sèche, il y a beaucoup de camions qui transportent le bois, mais quand la pluie va commencer, beaucoup de camions vont garer parce que la tâche sera plus difficile avec la boue qui ne manquera pas. Le bois deviendra rare et son prix sera davantage relevé.

 Par Boukari Ouoba

Réalisé avec l’appui de la CISV et du réseau des journalistes de la région du Piémont

 


Commenter l'article (5)