Karaté-do : Voilà comment sortir de la crise

Publié le lundi 20 juin 2016

Le karaté-do Burkinabè brille par la difficulté à résoudre la crise qui l’a secoué. Depuis sa naissance sous l’ère du ministre André Tiendrébéogo, personne n’est parvenue à l’éteindre définitivement. Souvent, elle s’en dort comme une cellule d’Al-Qaïda. Puis, elle se réveille. Même dans la structure transitoire, la guerre continue. Comment résoudre cette crise entretenue pendant 20 ans ? Une piste.

Pour comprendre le mal du karaté, il faut remonter à l’origine de la crise. Au début était un bureau exécutif placé sous la gestion de Mathias Kahoun. Les choses semblaient bien aller. Mais au renouvèlement du bureau, Adama Galbané inspirateur d’une autre vision décide de déposer, par les urnes le président en poste. Ce qui fut fait. Mais le vieux sage, Rémy Kiénou porté au pouvoir aura toute la peine du monde à tenir le gouvernail. Déjà, sa proximité avec Adama Galbané a braqué le colonel feu Jean Simporé qui était en guerre ouverte avec le premier cité. Et pour ne pas arranger les choses, entre temps, Omar Yugo, un jeune intellectuel qui se trouve être un pratiquant regagnait le bercail après un long séjour à Paris. Dès son arrivée, lui le pratiquant s’enquiert de l’organisation du karaté au Faso. Les informations reçues le révoltent. Car il réalise, pour reprendre son expression de l’époque que le patron de la maison karaté était “un bac moins 20” ! Sous son instigation alors, Yugo s’allie avec Simporé dans une sorte de rébellion qui met en mal le président élu et conduit au blocage puis sa chute. Le karaté va, dès ce moment, connaître une longue période de crise. Car le camp du président Kiénou ne va non plus croiser les bras et laisser leurs adversaires s’installer. Les ministres André Joseph Tiendrébéogo, puis Toundoun Sessouma vont, tour à tour, imaginer des plans Marchal pour sortie la discipline de là. Mais rien n’y fit. Il a fallu attendre le ministre Jean-Pierre Palm pour réussir la paix que d’aucuns ont qualifié de paix par la terreur. En effet, le ministre Palm était d’une grande autorité au point que là il n’arrive pas à imposer ses idées par la négociation il utilisait son pouvoir autoritaire. Pendant les 6 ans de gestion du ministère par le ministre Palm, le karaté et son monde se sont “tenus au carreau.” Mieux, le casting pour le choix du président de consensus porté sur la personne de Yaméogo Souleymane a été d’une excellente inspiration. L’homme s’est montré à la hauteur et a géré le quotidien jusqu’à son départ. Mais il fallait être naïf pour penser que les démons étaient définitivement enterrés. En fait, la crise s’est simplement mise en mode sommeil.
Car les haines n’ont jamais pu être aplanies. Les acteurs ont mis en veilleuse leur esprit de revanche. Pour succéder au président Yaméogo qui a décidé de s’arrêter à deux mandats, Yugo Omar s’active et favorise l’arrivée au pouvoir d’un avocat, l’ancien bâtonnier Me Mahamadou Savadogo. Neutre, “intello” et disposant d’un carnet d’adresse fourni, tous ont applaudi l’arrivée de cet oiseau rare. Mais très vite, la tension va monter entre les deux hommes, Yugo et son homme. Pourquoi ? Me Savadogo est parti avant la fin de son mandant sans jamais qu’on ne sache ce qui l’a opposé à son allier d’hier. Tout juste sait-on qu’il est reproché à Yugo, nommé Directeur technique national, de se donner trop de libertés au point d’entreprendre au lieu de se contenter de mettre en application le programme du président élu. Et la tension va vite monter à ce niveau. Le président Savadogo va juger nécessaire de démettre son DTN et procéder à son remplacement. C’était sans compter avec les fidèles lieutenants de Yugo qui vont contester la décision dans sa forme et son fond. Les deux camps vont se radicaliser. Le président élu va décider de s’en aller replongeant ainsi la discipline dans ce qu’elle sait le mieux faire, la palabre.
Aujourd’hui qui pour sauver la discipline ? Comment s’y prendre. Le ministère a de la peine à trouver la solution définitive. Le CADRE, la structure créée pour gérer la transition le temps d’aplanir les différends et d’aller aux élections peine à se faire accepter par tous. Certains acteurs menacent de ne plus se soumettre à l’autorité de cette structure. Les acteurs refusent le débat.
Aux dernières nouvelles, Souleymane Yaméogo, chargé à tort ou à raison par une frange du monde du karaté aurait jeté l’éponge. On se souvient qu’un camp a boudé l’émission débat que la télévision nationale a cru bon initier afin de crever les abcès de se tourner vers l’avenir. Comment pacifier un monde si petit mais si complexe ? Dès qu’une solution intervient et si elle est porteuse d’avantage si léger soit-il pour un camp, l’autre se transforme en tireur de flanc et la remet en cause. Pendant longtemps, les acteurs ont cru qu’il fallait aller chercher des dirigeants neutres pour les placer la tête de la Fédération et le tour était joué. C’est ainsi que Tiemtoré Juste et Me Savadogo ont été appelés aux affaires. Mais très vite, ils sont taxés de se laisser marquer. On note aussi qu’un seul acteur majeur a traversé toutes les multiples crises du karaté de par sa présence fort remarquable. Il s’agit du puissant homme d’affaires, Omar Yogo. Il était là au début quand les choses s’envenimaient. Il est là aujourd’hui encore alors que tous les matures majeurs sont passés à autres choses. Le vieux sage, Kiénou, Juste Tiemtoré, Souleymane Yaméogo et à présent Me Savadogo. Galbané et le col feu Simporé entre temps sont eux aussi rentrés dans l’ombre. Pour nous, la solution définitive à la crise est entre les mains de Omar Yugo. Elle peut se faire avec ou sans lui. Il a la décision de faire taire à jamais cette crise n

J J Traoré


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