Municipales 2016 : La sanction qui profite au sanctionné

Publié le lundi 20 juin 2016

Le message politique du dernier scrutin municipal est fort énigmatique. Le taux d’abstention faible est en soi un message. Mais lequel ?

C’est l’histoire du crapaud qui est violemment jeté dans une mare par quelqu’un qui ne lui voulait pas de bien. Or le crapaud dans la mare est bien chez lui. Les municipales du 22 mai sont-elles une sanction, par le minable taux de participation ? C’est l’expression, à tout le moins, d’une désaffection pour la politique telle qu’elle apparait aux yeux des citoyens. Il y a donc un problème avec le système. Par contre ceux qui l’incarnent le mieux, continue de tirer leur épingle du jeu. Le MPP sera, sans aucun doute, le grand gagnant de ces municipales. Il se produit la chose suivante ; le système ne satisfait pas les burkinabè, mais ceux-ci s’abstiennent d’en contrarier les effets. L’insurrection est passée et les gens sont retournés à leurs habitudes ; « vivre en marge du système ». Le système représentatif a visiblement du mal à s’ancrer dans notre pays.

Un taux proche de la moyenne !
A l’avant dernière municipale, celle avant les couplées de 2012, le taux de participation était d’environ 49%. Celle du 22 mai devrait franchir difficilement le seuil des 40%. Dans les deux grandes villes du pays, Ouagadougou et Bobo Dioulasso, la participation sera aux alentours de 25%. C’est-à-dire seul un électeur sur quatre est allé voter. Mais de façon globale donc, cette faiblesse du taux de participation à ce type de scrutin, n’est pas exceptionnel.
Un échiquier politique recomposé largement autour de la principale force politique qui a régenté le pays pendant près de 27 ans. Les scores cumulés MPP et CDP ramènent aux proportions des années Blaise. Il est symptomatique qu’en dehors du PDS/METBA, avec son fief de Dori, c’est le CDP qui a pu aussi conquérir un chef-lieu de région ; Ziniairé, le fief de Blaise Compaoré. L’opposition, dans son ensemble est à la traine. L’UPC pourrait diriger plus de mairies qu’en 2012. Mais aucun chef-lieu de région. Ni Manga, ni Tenkodogo pour Zéphirin. Zones qu’on peut considérer comme ses fiefs naturels. Comme lot de consolation, probablement quatre arrondissements de Ouagadougou, en alliance avec le CDP principalement. On le voit donc, le CDP reste une force politique de l’échiquier et un faiseur de roi.

Les insurgés « halal » s’effondrent !
Les municipales ne réhabilitent pas les « authentiques » insurgés. L’Unir/PS ne s’en sort pas. Même cette fois, il n’a pas pu conquérir Yako. Pourtant c’était l’occasion ou jamais. En terme de contrôle des communes, les résultats en notre possession, ce mardi 24 mai, au moment où nous bouclons cette édition, ne laissent pas entrevoir que le parti de Benewendé va faire mieux qu’en 2012. Le PAREN de Tahirou Barry ne profite pas de l’effet présidentiel. Il devrait récolter peu de conseillers et très probablement zéro commune. Au Kadiogo, c’est zéro conseiller pour le PAREN. L’AJIR de Kanazoé non plus ne va pas mieux. Le Faso Autrement s’en sort avec une commune, Sapouy. Mais aussi un conseiller de-ci, de-là, mais guerre mieux. Au Kadiogo, il a pu pêcher un conseiller à l’arrondissement 3. Pas plus.

Les endurants et les émergents
Les endurants, au Kadiogo c’est sans conteste l’ODT de l’insubmersible « Anatole Bonkoungou » de l’arrondissement 4, qu’il a toutes les chances de diriger encore. Il est en pole position et fait jeu égal avec le MPP.
Le CDP en position d’arbitre. Les émergents ce sont la NAFA, incontestablement qui remporte Réo, fief de son fondateur, le NTD, allié du MPP, qui engrange 3 postes de conseillers au Kadiogo. La NAFA, encore, dans l’arrondissement 7, celui de l’incident de la campagne électorale, s’en sort avec un conseiller. Bonne performance aussi à l’intérieur du pays, à Yagha et Gorom, le parti de Djibril Bassolé fait bonne figure.

Ceux qui s’effondrent !
L’ADF/RDA globalement s’effondre. Aucun conseiller dans les douze arrondissements de la capitale. A Ouahigouya, l’activiste Tass-Tass passe les mailles du filet, presque en solitaire. Dans le Yatenga, dernier bastion de l’Eléphant, aucune commune conquise. A Bobo Dioulasso, l’autre place forte de ce parti, les résultats n’ont pas été bons. L’UPR disparait du paysage. On ne trouve pas trace non plus de l’UNDD.

Une nouvelle législature et pas encore de rupture !
La première législature municipale de l’après Blaise, reste marquée par la domination de ses ex ouailles. MPP et CDP mènent la danse. L’UPC n’a pas réalisé de percée. Les insurgés « authentiques » non plus. Les bastions n’ont pas été renouvelés. Le PDS/METBA garde Dori. Le CDP s’emmure à Ziniaré.
Le MPP est le grand gagnant de cette élection. Il devrait contrôler 11 chefs-lieux de région sur les treize que compte le pays. Seuls Dori et Ziniairé lui échappent. Mais disons plutôt Ziniairé, puisque Dori est resté entre les mains d’un parti allié. Bobo Dioulasso, la deuxième ville du Burkina, lui a fait totalement allégeance. Tous les six arrondissements sont MPP. Salia Sanou, accueilli triomphalement après sa libération de prison n’a pas pu conserver la capitale économique dans le giron du CDP.
Koudougou la rebelle a aussi succombé. Il faut dire que le MPP a pu débaucher un gros poisson local, Beréwoudgou Boukaré. C’était l’auteur de la bonne performance du CDP aux législatives à Koudougou. Mais l’intéressé lui-même s’en défend. Il n’était pas présent pendant la campagne des municipales et cela a été « difficile pour ses camarades » admet-il.

Par Newton Ahmed BARRY

Tout de même un bon point !

Le pouvoir du MPP aurait pu ne pas organiser ces municipales à cette échéance et personne ne lui en aurait tenu rigueur. L’argument des « caisses vides » aurait été imparable. Mais malgré tout, il a fait l’effort de tenir ces municipales qui clôturent le cycle des élections de l’après insurrection. C’est sans conteste un bon point pour le nouveau pouvoir.
Ailleurs d’autres pouvoirs n’ont pas pu ou voulu en organiser, après les sorties de crise. C’est le cas par exemple de la Guinée de Alpha Condé. Jusqu’à présent les municipales ne sont pas à l’ordre du jour. Idem aussi au Mali, dont l’expérience de la décentralisation faisait florès pourtant.
En cela, le pouvoir de Roch Kaboré, en seulement cinq mois a fait une prouesse. Sur un tableau globalement non satisfaisant, la tenue des municipales constitue un bon point.
Il y a la question de la faiblesse du taux de participation. Mais cela est-il directement une défaillance du nouveau pouvoir ? Oui si on considère que l’abstention est le fait du mécontentement des électeurs. Or en même temps, ceux qui sont allés voter ont choisi majoritairement le MPP. Alors à qui sont ces électeurs boudeurs ? Au MPP ou aux partis de l’opposition ? Dans l’hypothèse où ce serait des électeurs MPP mécontents, l’opposition devrait s’inquiéter.
Mais globalement l’étape des Municipales est désormais derrière nous. Le MPP n’a plus de raison de ne pas déployer ses actions.

Les arrondissements susceptibles d’être UPC

Arrondissement 3 : avantage en alliance avec le CDP
Arrondissement 5 : alliance avec le CDP
Arrondissement 6 : alliance avec le CDP
Arrondissement 11 : alliance avec le CDP.

NAB

Cartographie des partis politiques à l’issue des législatives du 29 novembre 2015

Une excellente étude réalisée par IPERSO (Institut Panafricain d’études, de recherche et de sondage d’opinion) de BEMAHOUN Honko Roger Judicaël, Statisticien-Economiste, à la sortie des législatives du 29 novembre dernier, dessinait la représentativité des partis politiques sur l’échiquier national. Il se dégageait un trio de tête, le MPP, l’UPC et le CDP.
Les résultats des municipales du 22 mai épousent dans les grandes lignes, les contours de cette cartographie. L’étude indiquait « l’essor de nouvelles forces politiques au détriment de vieilles formations politiques ». Cette affirmation se vérifie avec les municipales. Nous vous proposons ci-après le déploiement du trio de tête, telle qu’il ressortait de l’étude de IPERSO. Une présence plus dense pour le MPP, moyenne pour l’UPC et le CDP.

Sources : Cartographie des partis politiques à l’issue del’électionlégislativedu29novembre2015
DOCUMENT DE TRAVAIL N°1 Mai 2016

Ouahigouya : Le MPP n’a pas fait de détail

La coalition des partis de l’opposition n’a pas fait le poids devant le rouleau compresseur du MPP. Là-bas on n’a pas encore oublié les raisons qui ont poussé à l’insurrection, avec les conséquences dramatiques que l’on sait. Les électeurs ont voulu sanctionner le parti de l’éléphant qu’ils tiennent pour responsable de ce qui est advenu.

Le MPP a raflé l’ensemble des 12 communes de la province du Yatenga à l’exception de Zogoré où il n’y a pas eu d’élections. A Ouahigouya, chef-lieu de province et de région, le MPP a emporté 82 sièges sur 114, ne laissant que 32 sièges à la coalition RDA-UPC-CDP-NAFA. Même victoire totale dans la région du Nord où le MPP s’approprie à lui seul et sans alliance, les rênes du conseil régional. La défaite est cinglante pour l’ensemble de l’opposition. Le sacro-saint principe de l’union fait la force n’a visiblement pas fonctionné. Les acteurs politiques de l’opposition devront tirer les leçons de cette défaite cuisante. Pour l’heure, c’est du côté de la majorité triomphante qu’on note des bribes d’explication. Gilbert Noël Ouedraogo ne doit pas oublier sa responsabilité personnelle dans l’avènement de l’insurrection. C’est lui qui a offert à Blaise Compaoré le subterfuge qui devait lui permettre de prolonger son règne. Un mandat de cinq ans renouvelable deux fois, c’était la trouvaille ! Evidemment, sans rétroactivité. Assortie tout de même de la promesse de Blaise de ne briguer qu’un seul mandat, le dernier disait-on. Comble de supercherie pour attrape-nigot. A Ouahigouya, cela a été vécu comme une suprême trahison d’un fils du terroir. Repêcher le régime moribond de Blaise c’est lui redonner les moyens de régler ses comptes. La riposte a été extrêmement violente à Ouahigouya. Et Gilbert en a payé un prix élevé au plan personnel. Il avait du reste fait son mea culpa. Mais il a mal estimé le niveau de redevabilité, en terme de repentance. Les électeurs ont sans doute voulu le lui signifier. Boureima Badini dont on dit qu’il a fait sa réapparition à l’occasion, devra pouvoir mesurer sa représentativité et celle de son parti, le CDP, à l’aune des scores obtenus aux municipales. Débarquer d’Abidjan, pour aller tout de go soutenir la campagne de son parti, ne pouvait pas améliorer son image. Lui qui est resté scotché au pouvoir de Blaise jusqu’au bout, alors même qu’il était profondément décrié par un peuple en quête de changement. Serait-ce donc en messager de Blaise Compaoré et de son ami personnel Guillaume Soro, qu’il est revenu ? Beaucoup l’ont sans doute cru à Ouahigouya et partout ailleurs au Burkina. Enfin, la grande erreur de Zéphirin Diabré, c’est d’avoir accepté figurer dans cette alliance profondément contre-nature. Elle brouille en effet son image de résistant, quand l’esprit du peuple burkinabé reste toujours hanté à la fois par cette résistance glorieuse et la répression sauvage que ses alliés d’aujourd’hui ont cautionné. On peut être dans l’opposition et marquer sa différence sur des questions de principe. Mais là, tout se passe comme si être en politique autorise toutes les compromissions. Eh bien, en voilà donc la rançon. Et l’histoire continuera en nous en livrer les enseignements !

Germain B. NAMA


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