Municipales 2016 : En attendant le vote insurgé !

Publié le lundi 20 juin 2016

Les électeurs ont boudé les urnes. Mais le peu qui s’est donné la peine d’y aller a majoritairement voté MPP. Une abstention qui ne sanctionne pas les gouvernants s’appelle comment en démocratie ? Un désaveu de l’ensemble de la classe politique.
L’opposition peut-elle se réjouir du taux record de l’abstention observé durant ces municipales ? A priori non. Puisque c’est elle qui n’en a pas profité. Elle peut se réjouir de la faiblesse de la légitimité des élus de cette élection. Mais c’est quand même un bien maigre consolation, parce que même cette légitimité « douteuse » ou « faible » ne s’est pas portée sur elle.
Les contestataires de la société civile, surtout ceux qui ont appelé à ne pas aller voter, peuvent s’en réjouir d’avoir été entendu. Il y a eu peu d’électeurs aux urnes. Mais le régime en place n’a pas été sanctionné en nombre d’élus. Pire, il a été plébiscité. Evidemment si c’est pour préparer les conditions d’une insurrection future, il y a de la matière. L’argument de la faiblesse de la légitimité c’est du « béton armé ». Maintenant faut-il imaginer un pays, en perpétuelle insurrection ?

La grande erreur !
C’est pas méchant, mais ça ne manquera pas de faire bondir, les susceptibles pour un sou. Les démocrates burkinabè, ou ceux qui se proclament tels, « sont-ils suffisamment entrés en démocratie » ? Le parallèle rappelle le mauvais discours de Dakar d’un certain Sarkozy, parlant de « l’homme noir » et de l’histoire. Mais admettons donc que même s’il n’est pas méchant, il vaut son pesant de provoc.
C’est quand même une bien curieuse espèce de démocrates qui ne croient pas à la force du suffrage. Des démocrates de « l’insurrection permanente ». Le changement par la révolte et donc forcément l’arrivée spontanée des « gens tamponnés par la chance » au pouvoir. Donc des opportunistes qui ne savent rien d’autre que de « ressembler autant que possible à ceux qui ont été remplacés et faire pire qu’eux ». Si l’insurrection fait faire de grandes avancées aux peuples, en général le changement espéré ne se produit immédiatement que très rarement. Il advient toujours sur le long terme. Il y a toujours deux temps dans l’insurrection et/ou la révolution. Le long temps de la gestation et le long temps de l’effectivité. Un exemple banal, celui du Faso danfani. Sankara qui en a eu l’idée était seul et pour les nombreux autres Burkinabè, c’était une « camisole de force ». Confère la raillerie de l’époque : « Faso danfani égal Sankara arrive ». En 2014, soit trois décennies après, il est devenu, sans que personne ne l’impose, le porte-étendard d’une façon d’être fièrement burkinabè.

« L’histoire politique du Burkina, de façon générale, montre que le vote n’est pas la chose la mieux partagée dans ce pays. Les élections dernières, les couplées présidentielle/législatives auraient dû être un moment de ferveur électorale. Il n’en a rien été. Une participation de 57% où les ivoiriens en 2010, au premier tour de leur présidentielle, ont titillé les 90% de participation »

Il est donc établi que l’insurrection ne se produit que plusieurs décennies après. Si on prend les trois grandes insurrections de l’histoire de notre pays ; 1966, 1983 et 2014, la moyenne c’est vingt ans. Donc ce ne sont pas les générations qui pensent les insurrections qui les réalisent. Il est aussi établi que celles qui les réalisent ne sont pas celles qui les contrôlent et les dirigent. On constate aussi, hélas, que le temps ne bonifie pas toujours les générations. C’est ce que disait fort à propos De Paul Bourget : « une révolution est toujours inaugurée par des naïfs, poursuivie par des intrigants, consommée par des scélérats ». Quand on considère le récent haut fait d’arme de notre défunte transition avec « le carjacking » « le braquage de voitures par dizaines de l’Etat » de la présidence du Faso, on réalise combien, était haut, le niveau moral moyen, des « transitaires ».
Donc nous voilà repartis dans nos inconséquences. L’histoire politique du Burkina, de façon générale, montre que le vote n’est pas la chose la mieux partagée dans ce pays. Les élections dernières, les couplées présidentielle/législatives auraient dû être un moment de ferveur électorale. Il n’en a rien été. Une participation de 57% où les Ivoiriens en 2010, au premier tour de leur présidentielle, ont titillé les 90% de participation.
On peut donc, à souhait, lire dans le taux de participation minable aux municipales du 22 mai, une claque au pouvoir en place. Sauf que les résultats de cette maigre participation disent tout à fait le contraire. Si claque il y a eu, c’est au minimum à l’ensemble de la classe politique. Les Burkinabè ne se retrouvent donc pas dans cette forme de démocratie et dans ce personnel politique. Ils considèrent qu’aucun ne peut rattraper l’autre, autrement le vrai vote sanction aurait été, outre le faible taux de participation, une défaite cuisante du régime aux affaires. Faut-il croire que les Burkinabè ne savent pas manier le langage du vote ? Le débat, me semble-t-il, se situe davantage à ce niveau.

Par Newton Ahmed Barry


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