Municipales 2016 : Qui pour tenir les rênes de la capitale ?

Publié le lundi 20 juin 2016

Tous les observateurs ont signalé une participation faible dans le pays et singulièrement dans la capitale. Mais notre système électoral n’invalide pas de scrutin pour cause de participation faible. On va donc faire avec, tout en laissant aux politologues et aux historiens le privilège d’analyser les raisons de ce relatif désintérêt. Avec ce scrutin, prend fin la parenthèse d’exception qui plombait les activités de développement de nos communes. Les futurs exécutifs communaux pourront enfin, du moins pour les plus dynamiques, nouer ou reprendre des partenariats qui se sont révélés extrêmement utiles pour les populations. Et c’est tout l’enjeu de la prochaine bataille qui va s’ouvrir pour décrocher le perchoir dans les mairies. Les Ouagalais ont encore à l’esprit l’image de leur atypique bourgmestre qui prenait le malin plaisir à fixer ses rendez-vous dès 5 heures du matin. Et c’était moins par caprice que la volonté d’engager une course contre le temps, tant les défis qu’il s’était fixés pour booster sa capitale étaient à la fois nombreux et homériques.
La campagne électorale des municipales a été relativement morose, comme nombre d’observateurs l’ont constaté. A notre avis, on ne peut l’expliquer par le seul manque de moyens financiers. Certes, l’argent est une donne importante dans une compétition du genre où les activités de terrain sont multiples et souvent onéreuses. Mais l’on doit aussi regarder les formats des compétitions où les populations ont affaire plus à des équipes qu’à des individus bien plus aptes à créer du rêve dans l’esprit des électeurs.
L’UPC est le seul parti à avoir compris cela, même si ce choix ne semble pas fonctionner à la perfection. La figure de proue désignée pour booster la liste de la capitale n’a pas eu d’équivalent en face avec qui livrer des oppositions, à la fois de programme, de méthode et de style. La stratégie du MPP a consisté à ne pas dévoiler trop tôt son challenger en chef, histoire sans doute de le protéger des coups mortels. Mais à mesure que l’on avance dans la compétition, on voit pointer les visages que l’on a volontairement occultés. Une telle stratégie est risquée, lorsque l’on se trouve dans une compétition serrée où les jeux sont ouverts. Le candidat le plus connu aura une longueur d’avance sur les autres. Il est en mesure de prendre des initiatives pertinentes avant les autres pour rallier le maximum de suffrages. Tandis qu’en face, on sera toujours à négocier si ce n’est à intriguer pour être retenu.

« Chez nous, les partis politiques ont davantage tendance à promouvoir les médiocres. La valeur première, c’est l’aptitude à servir le chef, en tout temps et en tout lieu. On ne peut grandir qu’à l’ombre du chef. Ceux qui tentent d’émerger autrement verront leurs têtes coupées. Sans état d’âme ».

Pour le cas de Ouagadougou, le challenger de Nathanaël (UPC) pourrait être Armand Behouindé (MPP) que l’on se préparerait à sortir du chapeau. D’autres lièvres pourraient aussi émerger du même chapeau, mais ce serait sans doute juste pour créer une illusion démocratique. Evidemment le scénario ici décrit fonctionne bien plus dans des sociétés à culture démocratique, où les électeurs ne sont pas les otages des partis politiques. Où seules comptent la qualité des offres politiques et l’expérience des hommes qui les portent. Chez nous, les partis politiques ont davantage tendance à promouvoir les médiocres. La valeur première, c’est l’aptitude à servir le chef, en tout temps et en tout lieu. On ne peut grandir qu’à l’ombre du chef. Ceux qui tentent d’émerger autrement verront leurs têtes coupées. Sans état d’âme. Fort heureusement, des signes de changement sont perceptibles. Les Etats-majors politiques éprouvent de plus en plus de mal à contenir les velléités d’indépendance de leurs militants. Ils sont débordés de toutes parts par les initiatives d’essence citoyenne. La bonne gouvernance s’impose de plus en plus aujourd’hui comme une boussole. Et sa force d’attraction crée du dynamisme dans la société. On peut se féliciter que les choses commencent à changer au Faso. On a vu comment les premiers responsables du MPP ont transpiré lorsqu’il a fallu présenter la composition du gouvernement aux membres du bureau politique qui se montraient sceptiques. Et ce n’est que le début du commencement. C’est aux Burkinabè de faire en sorte que le plus rien ne sera comme avant, ne soit pas un slogan creux !

Par Germain B. Nama


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