JNP 2016 Pour la rupture, il faudra revenir !

Publié le lundi 30 mai 2016

Les lampions de la JNP se sont éteints à Tenkodogo le samedi 30 avril dernier. Comme prévu les paysans ont échangé avec le président du Faso et ils sont repartis sans doute contents d’avoir eu l’occasion de lui serrer la main. Les constats, les recommandations et les engagements (toujours les mêmes) ont une fois encore été faits. Les acteurs ont pris date pour la prochaine JNP à Kaya. Mais d’ici là, il faudrait revoir la formule, efficacité oblige !

Installés sur le flanc sud de la tente géante climatisée qui accueillait l’événement, journalistes et communicateurs avaient pris place à gauche de la tribune officielle. Photographes et cameramen ajustaient leurs appareils attendant l’ouverture de la cérémonie. Pour tuer le temps, des confrères échangent sur le palmarès du dernier Koundé. Un d’eux fait une remarque qui retient notre attention. Avez-vous remarqué lance-t-il, que la marraine de l’événement est la première dame ? Rien n’a changé ajoute-t-il. Rires. Le sujet fera l’objet de débat jusqu’à l’arrivée du président du Faso. Habitué des JNP, nous avions hâte de noter les innovations apportées par le nouveau régime. Peine perdue. Le scénario est resté immuable deux décennies durant. Excepté quelques changements mineurs dans la présentation des documents où l’on semble avoir travaillé à réduire les improvisations. Et justement sur ce point, il est tout de même surprenant qu’à l’ère des TICs on en soit encore là. On aurait pu par exemple remplacer cette succession de présentateurs aux propos quelquefois soporifiques par une production documentaire sur les activités préparatoires de la JNP. Le procédé permet non seulement de faire une économie de temps et de prendre en compte différents aspects notamment pédagogique et sociologique. La dimension du direct peut être maintenue mais elle doit pouvoir se limiter à l’indispensable.
Au fil du temps, la JNP a pris un caractère populaire. Chaque édition draine beaucoup de monde des provinces et régions vers la ville organisatrice. On peut comprendre les motivations (essentiellement politiques) qui fondent cette approche. Salif Diallo doit en partie sa popularité grâce à l’ancrage qu’il a su nouer avec le monde paysan lorsqu’il était le grand patron de la JNP. On peut penser qu’un parti politique au pouvoir soit tenté par le populisme quand celui-ci s’avère électoralement payant. Mais les paysans sont eux-mêmes de plus en plus lassés par des gesticulations qui ne leur apportent pas grand-chose. Le président Roch Marc Christian Kaboré a reconduit le rituel cher à Blaise Compaoré qui consiste à serrer la main de tous les délégués à la JNP (les acteurs du monde rural). Il a ainsi serré plus de 3000 mains si ce n’est plus. C’est une performance dont il peut se flatter mais le caractère folklorique n’en est pas moins patent et il est bien conscient qu’il faut aller au-delà pour ne pas tomber dans le ridicule.
Autre fait notable dans l’organisation de la JNP, c’est le dirigisme excessif des services techniques sur les organisations paysannes. On est à peu près sûr que la plupart des textes présentés à la JNP ont été élaborés par les services techniques et conformément à leur propre vision. Mamadou Cissoko de la ROPA ne pensait pas si bien dire quand il dénonçait la condescendance de l’Etat vis-à-vis du monde paysan. Même les questions à poser au chef de l’Etat ont dû passer par les fourches caudines des managers étatiques pour être expurgées de leur tonalité « subversive ». Une des régions (le Centre-sud) appelée à décliner ses questions, a tout simplement renvoyé aux conclusions du forum régional. A quoi sert-il en effet de répéter des choses maintes fois ressassées au fil des JNP ? La crainte de se voir désavouer par des supérieurs ne doit pas amener certains acteurs techniques à empêcher la libre expression des paysans. Il faudrait d’ailleurs que les premiers responsables étatiques inventent des mécanismes idoines de suivi pour s’assurer de la remontée fidèle des expressions à la base. Pour l’heure, le constat est que le dialogue entre les acteurs du monde rural et le président du Faso a l’allure d’un dialogue fictif. Le président du Faso n’a pas intérêt à laisser perdurer un tel état de fait s’il veut faire du monde rural la dimension essentielle de sa politique économique. Les opportunités d’emplois sont en effet nombreuses dans des domaines divers tels : l’agriculture, les ressources animales, la pêche, la faune etc…
Il s’agit là de secteurs potentiellement producteurs de richesses et donc d’emplois. Le rôle de l’Etat ne sera pas de remplacer les acteurs ruraux mais de les accompagner comme l’a affirmé le président à la JNP notamment par la facilitation. Une des grandes contraintes du monde rural se trouve être la question de la sécurisation foncière. L’expérience des Attestations de possession foncière rurale (APFR) est toujours dans une phase pilote. Sur les 300 communes que compte le Burkina, seules 47 sont couvertes par le projet développé par le Millénium Challenge. Sa généralisation est encore bien loin. Or c’est une condition importante pour booster l’investissement notamment dans l’agriculture et l’élevage. L’autre grande contrainte se trouve être la question de l’eau. Les barrages et les retenues d’eau en général mais aussi les aménagements des bas-fonds relèvent de la compétence de l’Etat. Il faut certes accompagner mais il faut aussi orienter. 30% des terres aménagées reviendront aux femmes a affirmé le président du Faso et les terres non exploitées détenues par les prétendus agro-businessmen seront retirées pour être redistribuées. C’est une excellente chose mais il faut faire vite avant que la sclérose ne gagne le pouvoir nabal. C’est ce qui a perdu l’autre. Au début, il avait sans doute la volonté de prouver quelque chose. Blaise Compaoré est parti mais la 19e JNP reste inscrite dans la continuité. Il faut espérer que ce fut celle de la transition. La 20e qui devrait se tenir à Kaya doit être véritablement celle du renouveau. Des changements sont en effet nécessaires, dans la forme (organisation, périodicité…) mais aussi dans le fond. Quelques idées ont été avancées dans ce sens, notamment par le président de la confédération paysanne du Faso : Echanges tous les trois mois entre le président du Faso et les principaux responsables du monde rural ; évaluation des actions tous les six mois. C’est un moyen de ne pas se faire oublier. Le président du Faso n’a pas fait droit à la doléance sur le champ. Mais il a promis y réfléchir.

Par Germain B. Nama

Promouvoir la création d’emplois dans le secteur agricole

La 19e édition de la journée nationale du paysan (JNP) a été célébrée les 29 et 30 avril 2016 à Tenkodogo. Placée sous le thème « Agriculture et lutte contre le chômage : développer et soutenir l’entreprenariat agro-sylvo-pastoral halieutique et faunique pour l’insertion socioprofessionnelle des jeunes », cette édition pourrait marquer la fin de la célébration en grande pompe de cette journée dédiée aux acteurs du monde rural.

Le dernier recensement général de la population et de l’habitat de 2006 fait état d’un taux de chômage de 2,3% au Burkina Faso. Des chiffres qui, bien que caducs concernent essentiellement les jeunes et les femmes. C’est donc dans l’esprit de trouver les moyens de lutte contre le chômage que le thème de la présente édition de la JNP amène les décideurs à prospecter dans le secteur agricole afin de trouver une alternative au chômage des jeunes et des femmes. Et au Ministre de l’agriculture et des aménagements hydrauliques, Jacob Ouédraogo de confirmer que le thème vient conforter « la ferme volonté du gouvernement de lutter contre le chômage des jeunes ». En effet, pour le ministre Jacob Ouédraogo, s’il y a un secteur qui est potentiellement en mesure d’absorber en grande partie les jeunes en situation de chômage, c’est le secteur rural, qui regorge d’énormes potentialités. Un secteur qui grouille d’atouts pouvant permettre aux jeunes du milieu rural et aux diplômés de se réaliser pleinement. Tout en saluant le choix du thème de la 19e édition de la JNP Naba Seydou Ouédraogo, président de la chambre burkinabè de l’agriculture, estime que « la question de la création d’emplois dans le secteur agro-sylvo-pastoral, halieutique et faunique représente un enjeu majeur qui constitue une des réponses plausibles pour la réduction de la pauvreté, la baisse du chômage, la préservation de la cohésion et de la paix sociale au Burkina Faso ». Cependant, il a été noté que plusieurs obstacles dissuadent les jeunes de travailler dans l’agriculture. Le chômage, le sous-emploi et la pauvreté qui affectent de façon chronique les jeunes sont en grande partie dus à leur accès limité à la formation professionnelle.

Il faut créer un environnement favorable au développement agricole et rural
À en croire le représentant résident de la FAO au Burkina, Aristide Ongoné Obame, dans de nombreux pays en développement, l’enseignement conventionnel ne parvient pas à doter les jeunes des compétences et des connaissances nécessaires pour saisir les rares opportunités d’emplois productifs et décents. En conséquence, ils ont du mal à trouver d’autres moyens d’existence viables, notamment en créant leur propre entreprise en milieu rural. A cet obstacle majeur, viennent s’ajouter, l’insuffisance des infrastructures agricoles et de développement rural, la faible rentabilité compte tenu des conditions de travail difficiles, les difficultés d’accès aux ressources productives, notamment la terre et les financements, et l’écart croissant entre les aspirations de la jeunesse et les perspectives offertes par l’agriculture. Au regard de la jeunesse de la population burkinabè, du rôle et de la contribution de l’agriculture dans le produit intérieur brut (PIB) du Burkina Faso, Naba Seydou Ouédraogo trouve qu’ « une politique innovante de création d’emplois s’avère impérative. Cette politique doit être partie intégrante des piliers des stratégies de développement de l’entreprenariat agro-sylvo-pastoral, halieutique et faunique ». Il est donc impératif pour le représentant résident de la FAO, de « créer un environnement favorable à l’implication effective des jeunes dans les politiques et programmes de développement agricole et rural par la prise de mesures appropriées ». Là-dessus, le Ministre de l’agriculture et des aménagements a son idée. Il s’agit pour lui de prendre des mesures et des initiatives en faveur d’une éclosion de l’entreprenariat pour les jeunes. Cela consistera entre autres à l’application effective de la loi sur le foncier qui offre une meilleure sécurité pour l’investissement agricole, la revalorisation du métier d’agriculteur qui n’est plus perçu comme une destination pour personnes sans qualification ou en échec scolaire, la mise en œuvre des projets, programmes et fonds qui soutiennent l’entreprenariat en milieu rural, les bonnes perspectives comme la banque agricole et le code d’investissement du secteur agricole, etc. Il est à noter aussi que la 19e édition de la JNP a été marquée par les instructions du Président du Faso à approfondir les réflexions pour donner un nouveau format à la JNP. Un format qui sera plus adapté aux aspirations des producteurs.

Wend-Tin Basile SAM


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