L’incivisme à la sauce de nos turpides

Publié le lundi 30 mai 2016

L’incident de Dédougou, avec les violentes attaques contre les gendarmes et leurs familles, suite au décès d’un prévenu, au CHR, pris de malaises dans les locaux de la gendarmerie, repose le débat sur comment résoudre l’incivisme.
Les avis sur la question sont tranchés et nombreux. Mais retenons celle qui s’exprime avec le plus de véhémence. Pour mettre fin à l’incivisme, selon les tenants de cette thèse, il faut attendre l’avènement d’un gouvernement de « gens vertueux ». Où sont-ils ces oiseaux rares ? Pourquoi n’arrivent-ils pas au pouvoir ? Depuis 1958, avec le gouvernement de Ouezzin Coulibaly, le premier gouvernement de notre pays, tous les régimes et toutes les équipes qui se sont succédé ne sont pas assez vertueux à nos yeux. Pourtant ils émanent tous du peuple burkinabè. Aucun n’est venu d’ailleurs. Aucun n’est d’une autre nationalité.
Ces gens viennent de nous (plutôt, nous venons d’eux). Ils sont issus de nous. Pourtant ils ne sont pas parvenus à implémenter la gouvernance vertueuse qui nous est très chère. Où se trouve l’erreur ? Est-ce que le problème ne réside-t-il pas en chacun de nous ? Sommes-nous, individuellement pris, vraiment meilleurs à ceux que nous mettons itérativement au pilori ? Je vous livre mon sentiment après avoir passé assez de temps à retourner la question dans tous les sens dans ma tête.
Primo ; à la vérité nous sommes les parfaits clones de ces gens. Nous refusons de voir l’image trop ressemblante qu’ils nous renvoient quand nous les regardons.
Secundo ; C’est la psychanalyse qui nous l’enseigne, à trop détester l’image que nous renvoie le miroir, on sublime le déni, en nous en prenant au miroir.
Pourquoi j’en suis arrivé à cette conclusion ?
Les constats suivants :
Depuis le tournant des années 80, ce sont les élites issues des groupes politiques, de gauche ou se réclamant comme tel, ayant érigé la « vertu gouvernante » en règle de contestation, qui ont les rênes du pays. Les choses se sont-elles améliorées pour autant ? Hélas, elles ont empiré. On admet aujourd’hui que la génération des Gérard Kango Ouédraogo, ceux de la troisième république, sont des enfants de chœur, en matière de détournement de bien public, comparée à celle de la quatrième République. Et pourtant Dieu sait comment les Gérard ont été détestés. Haïs même !

« En rapport avec l’incivisme, il ne faut pas attendre l’avènement d’un gouvernement vertueux, pour le revendiquer et l’instituer. (…) Usons de notre devoir de citoyen, notre carte de vote, pour renvoyer les équipes gouvernantes incompétentes et amorales. A force de les changer, nous finirons par tomber sur les bonnes et les vertueuses ».

J’entends d’ici, certains rétorquer que les meilleurs de cette génération, ceux qui se sont repliés au PCRV, essentiellement, n’ont pas pu gouverner. Ils seraient de ce point de vue l’exception qui confirme la règle. Admettons. Mais pourquoi donc les gens biens, dans un pays totalement mu par le « bien, le juste et le vertueux », n’arrivent pas à accéder au pouvoir ? Ces gens n’y arrivent aucunement, ni par les urnes, ni par les coups d’Etat. Le grand soir attendu depuis 57 ans, ne pointe toujours pas le bout du nez. Que se passe-t-il ? Pour avoir pratiqué ces gens « présumés biens » dans les organisations démocratiques qu’elles ont géré, la bonne gouvernance n’était pas au rendez-vous, pour ne pas dire plus. Il n’y avait pas l’alternance non plus. Un exemple ? Au Centre de presse Norbert Zongo ; les organisations régnantes ne connaissent ni bonne gouvernance, ni alternance. Si les meilleurs de la génération de cette période avaient accédé au pouvoir, rien n’indique que le sort du pays s’en serait trouvé amélioré.
Dernier exemple, de cette série, la transition et notamment le cas particulier du CNT. Cette institution, plus que le gouvernement de Zida, symbolisait « le cœur de l’insurrection. Le foyer incandescent de l’insurrection ». Le CNT a-t-il fait mieux ? En attendant les rapports d’audit sur la gestion du CNT, je prends le risque d’affirmer (je me répète à la vérité) que c’était la pire des législatures depuis 1992.
Nous avons donc un problème. Nous détestons tous la mauvaise gouvernance. Mais ceux d’entre nous qui ont eu l’occasion, à l’exception de Thomas Sankara, de gérer le pays, ce sont révélés pires que ceux qu’ils ont remplacé.
En conclusion, en rapport avec l’incivisme, il ne faut pas attendre l’avènement d’un gouvernement vertueux, pour le revendiquer et l’instituer. Je propose que nous nous investissions à l’implémenter. Comme nous avons gagné le droit à l’alternance, usons de notre devoir de citoyen, notre carte de vote, pour renvoyer les équipes gouvernantes incompétentes et amorales. A force de les changer, nous finirons par tomber sur les bonnes et les vertueuses. Mais avant, faisons un travail sur nous-mêmes. Acharnons-nous à nous corriger, nous-mêmes. Jusque-là, pendant près de 57 ans, nous nous sommes acharnés sur ceux qui nous ont précédés. Plus nous les avons détesté et plus nous leur ressemblons en pire.

Par Newton Ahmed Barry


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