Attention danger, les Burkinabè sont trop pressés !

Publié le lundi 30 mai 2016

Difficile de garder la sérénité par ces temps difficiles. Les Burkinabè sont un peuple digne et respecté. Leur histoire récente les a portés au zénith de la gloire en tant que peuple intrépide et combattant. Ils ont su montrer leur talent de guerrier mais ils ont aujourd’hui beaucoup de mal à prouver qu’ils savent aussi gagner la paix. La situation au Faso est aujourd’hui caractérisée par une incroyable morosité. L’argent circule très peu et la machine économique ne semble guère pressée de s’emballer. Les conséquences, on les lit dans les visages des Burkinabè. Ces derniers n’ont visiblement pas le moral. Et c’est justement là où est le problème. Au plus fort moment de la crise politico-sociale, on sentait le peuple, celui-là même qui a érigé les barricades et troublé le sommeil du prince, singulièrement serein. L’optimisme de ces hommes et de ces femmes était étonnant, face à un régime réputé invincible. Aujourd’hui, nous avons à faire face à une autre bataille, celle du développement dans la paix sociale. Elle est infiniment plus difficile, mais les Burkinabè peuvent aussi la gagner. A condition de reconstruire le moral de vainqueur qui leur a permis de mettre fin à 27 ans de règne sans partage de Blaise Compaoré et sa cour. Rosine Sori Coulibaly à qui nous avons demandé comment elle compte s’y prendre pour renflouer les caisses de l’Etat nous a tout bonnement renvoyé la balle. Le Burkina, a-t-elle dit, recouvrira sa santé économique et financière, si tous les Burkinabè s’y mettent, en payant par exemple à l’Etat ce qu’ils lui doivent. Il faut en effet commencer par maximiser voire épuiser les possibilités de recouvrement de nos ressources internes et nous constaterons que les moyens disponibles ne sont pas si négligeables.

« … l’attentisme actuel du gouvernement source de la morosité ambiante au sein du peuple, alimente un sentiment de déception qui se traduit par une défiance qui confine parfois à l’aveuglement. Ce qui se passe actuellement sur le front social peut laisser perplexe. Mais il appartient au gouvernement de faire preuve de lucidité et de sérieux, tant dans sa lecture globale de la situation que dans l’orientation qu’il propose pour le règlement des sujets querellés. Entre gens sérieux, il n’y a pas d’impasse possible. »

Il faut ensuite travailler à débarrasser l’outil productif (surtout privé) de tous ses archaïsmes, à accroître les opportunités de son élargissement et de son développement. C’est le moyen sûr d’offrir des emplois aux jeunes, en même temps que l’on créera des richesses pour le pays. Le gouvernement de Paul Kaba Thiéba semble avoir fait de cette vision, sa profession de foi. Il l’a encore montré à la dernière JNP et plus récemment encore lors de son discours sur l’état de la Nation. Naturellement, les Burkinabè veulent voir si le discours sera suivi d’une impulsion forte qui témoigne d’une réelle volonté politique de faire bouger les lignes. Car, l’attentisme actuel du gouvernement source de la morosité ambiante au sein du peuple, alimente un sentiment de déception qui se traduit par une défiance qui confine parfois à l’aveuglement. Ce qui se passe actuellement sur le front social peut laisser perplexe. Mais il appartient au gouvernement de faire preuve de lucidité et de sérieux, tant dans sa lecture globale de la situation que dans l’orientation qu’il propose pour le règlement des sujets querellés. Entre gens sérieux, il n’y a pas d’impasse possible. Le président Roch Marc Christian Kaboré hérite d’un budget qui n’est pas le sien. La loi rectificative qu’il vient de faire voter, même utile ne peut cependant en changer l’orientation fondamentale. On attend donc impatiemment la réforme annoncée du budget (on parle de plus en plus de budget programme) pour saisir les orientations nouvelles ou novatrices qu’il entend apporter. Tout indique que l’année 2016 sera marquée au niveau de la présidence du Faso du sceau de l’activisme à l’international. Notre président jouera à fond les VRP dans le but d’attirer des investisseurs. Il a d’ores et déjà commencé par l’Arabie Saoudite. On en attend les retombées. A Tenkodogo, les interventions des ministres donnent à penser qu’il faudra attendre 2017 pour commencer à voir réellement les résultats des actions du nouveau gouvernement. Les Burkinabè eux sont pressés. Très pressés. Mais ils doivent savoir qu’ils marchent tel un funambule sur une corde raide au-dessus d’un précipice.

Par Germain B. Nama


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