Coton OGM : L’entêtement sur le chemin du péril

Publié le lundi 30 mai 2016

Il y a environ un mois l’idée d’abandon du coton génétiquement modifié a défrayé la chronique. Les anti OGM avaient commencé à jubiler. Cependant, un communiqué de presse de l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) a coupé court leur élan jubilaire. Malgré la catastrophe commerciale constatée, elle n’est pas prête à rompre avec le coton BT (Bacillus thuringiensis).

« Il n’est pas question, à ce stade, de rupture avec la firme Mosanto, encore moins de remettre en cause la technologie OGM ainsi que l’efficacité du gène introduit dans le système défensif du cotonnier. » On l’aura donc compris. Il ne s’agit pas d’abandon définitif du coton OGM. Il s’agit plutôt d’une suspension momentanée en attendant un éventuel effet miracle qui va rallonger la fibre. Pour légitimer sa position, l’AICB se défend en ces termes : « La technologie OGM a permis un meilleur contrôle des ravageurs cibles du cotonnier de même qu’un confort dans le travail du producteur… ». S’il est vrai cependant que la forte pression des parasites est sous contrôle, le rendement et la compétitivité sur le marché international sont catastrophiques.

La théorie à l’épreuve du terrain
Quand le Burkina Faso autorisait l’expérimentation du coton BT en 2003, le taux de rendement a été évalué en hausse, soit une augmentation de 30% à l’hectare. Sauf que cette augmentation reste largement inférieure selon les constats sur le terrain. On s’est retrouvé plutôt avec des rendements largement inférieurs. Dès 2009 et 2013, l’augmentation de 30% prévue n’a pas été atteinte. Les chiffres enregistrés varient entre 14,5% et 19,7%. Pire, au cours des campagnes 2009-2010 et 2010-2011, le coton burkinabè connaît dans sa majeure partie un raccourcissement de sa fibre, jadis qualifiée de longue, résistante et uniforme. Elle mesure actuellement 26,98 millimètres. Parfois même moins que cela. Or, en 2007-2008, 94% de la fibre mesurait 28,58%. L’on constate donc une baisse minimale de 1,6 millimètres. On parle de la perte du « label coton burkinabè ». Il semble que la mauvaise qualité de la fibre a été soupçonnée dès l’entrée du coton BT dans les stations de recherche de l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) en 2001. Plusieurs chercheurs « lucides » auraient même tiré la sonnette d’alarme en son temps. Cependant, cela n’a pas stoppé l’élan de l’Etat burkinabè dans sa vulgarisation. Au contraire. Courant 2009, il est passé à la vitesse supérieure en autorisant la diffusion en plein champ. La conséquence logique de cet état de fait on la connaît : une catastrophe commerciale sur le marché international. Les sociétés cotonnières reconnaissent une perte cumulée estimée à 48,3 milliards de FCFA soit 73,6 millions d’euro lors des cinq dernières campagnes. Ce manque à gagner représente pour le producteur environ 24 000 FCFA (37 euros) par hectare soit presque le prix de la semence qui est de 27 000 FCFA (41 euros). Pour autant, les sociétés cotonnières ne ferment pas totalement leurs portes au coton génétiquement modifié. Elles promettent de lever la suspension si Mosanto ou tout autre partenaire parvenait à trouver une solution au problème qu’elles estiment être d’ordre technique. Notons qu’en avril 2011, Mosanto avait pris l’engagement de régler cette question. Cinq ans après, rien de concret n’a été fait. Pourtant, il avait été promis qu’une solution allait être trouvée en deux ou trois ans.

Un deal entre politiciens et chercheurs
A ce que l’on dit, c’est dans le plus grand secret que les premiers essais de coton OGM ont démarré au Burkina Faso, en violation de la convention sur la diversité biologique de 1992 et le protocole de Carthagène sur la biosécurité de 2000. Depuis 2001, Monsanto et les firmes de biotechnologies utilisent le Burkina comme une porte d’entrée des OGM en Afrique de l’Ouest. Dès son entrée sur le sol burkinabè, le coton BT a été introduit dans les exploitations agricoles de Farakoba (Bobo-Dioulasso) et Kouaré (Fada N’Gourma).
Les autorités politiques de l’époque ont joué de tout leur poids pour la mise à champ ouvert. Le régime de Blaise Compaoré aurait accepté le deal pour ne pas subir la furie des Etats-Unis pour crimes de guerre commis au Libéria et en Sierra Léone. L’actuel président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo qui était ministre de l’agriculture, de l’hydraulique et des ressources halieutiques à l’époque (2000) aurait bénéficié de la complicité de certains chercheurs nationaux et de l’Union nationale des producteurs du coton du Burkina (UNPCB). Ceux-ci auraient travaillé à l’adoption du coton BT sans mesurer véritablement son impact économique, sanitaire et environnemental. Le professeur Alassane Séré est cité comme la tête de proue de ces chercheurs. Les premières distributions importantes des semences du coton OGM ont eu lieu en 2008 où 8500 hectares ont été ensemencés.

L’urgence d’une étude d’impact sanitaire et environnemental
Treize ans que le coton BT est cultivé au Burkina. Treize ans que cela soulève des inquiétudes sur l’impact sanitaire et environnemental. Plusieurs activistes de l’environnement estiment que des études indépendantes doivent être menées dans les zones cotonnières pour évaluer les impacts environnementaux, sanitaires (l’innocuité ou non des produits dérivés comme l’huile alimentaire depuis l’introduction du gène BT). D’autres études sur la mortalité ou pas du bétail qui consomme des cotonniers, la vie microbiologique dans les sols à cause de la toxine BT s’avèrent également importantes il faut aussi évaluer ce qui a été fait et apprécier le rôle de chaque acteur : politiciens et chercheurs. Ces activistes dénoncent un copinage entre certains chercheurs burkinabè et Mosanto et n’accordent pas du crédit aux résultats des différentes études contenus dans le mémorandum de mai 2015.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Achoppement dans les négociations

Constatant les pertes financières liées à la mauvaise qualité de la soie, l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) demande que Mosanto indemnise d’une part les tiers et d’autre part qu’elle indemnise, défende et préserve la société cotonnière, son personnel et ses administrateurs pour les pertes, dommages, pénalités, débours ou dépenses liées à la technologie BT. Cependant, cette revendication n’a pas été acceptée par Mosanto. La firme a fondé son refus sur la non-conformité de ladite revendication aux dispositions de la loi n°05-2006 /AN du 17 mars 2006 portant régime de sécurité en matière de biotechnologie au Burkina Faso en ses articles 51 et 52. Ces articles disposent que la responsabilité du préjudice liée à l’utilisation ou à la dissémination accidentelle des organismes génétiquement modifiés est assumée par «  toute personnes physique ou morale procédant à la mise au point, l’expérimentation, la production, la commercialisation et la distribution d’organismes génétiquement modifiés ou des produits dérivés à l’exclusion des consommateurs directs ».

GBS


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