Ministère des sports et loisirs : Les envies maladroites

Publié le lundi 16 mai 2016

Le gouvernement de Paul Thiéba a innové en privant l’armée de ce qu’il était convenu d’appeler le portefeuille ministériel taillé sur mesure pour la grande muette. Un civil à la tête du sport ? On en était arrivé à ne plus s’y attendre tant le régime de Blaise Compaoré ne recrutait ses ministres des sports que dans les rangs de la troupe. Sur les neuf (09) ministres des sports qui ont été nommés par Blaise Compaoré, seuls 3 sont issus des rangs des civils. Il faut dire que le changement a été possible depuis que le vent de l’insurrection a soufflé au Burkina. Dans le respect du mot d’ordre actuel, « les militaires à la caserne », on ne pouvait que faire appel à un civil pour prendre ce poste. Le choix du Premier ministre, Paul Thiéba s’est porté sur un universitaire bardé de diplômes. Un cerveau dans un monde de muscles pourrait-on tenté d’en rire. A priori, le casting n’est pas mauvais. L’élu, Taïrou Bangré n’est pas un inconnu de la planète sport. Lui, l’ancien joueur de l’ASFB connait le foot national et celui d’ailleurs. Alors pourquoi ne réussira-t-il pas ? Le ministre Jean Pierre Palm avait un brin de folie qui l’aidait à obtenir les moyens nécessaires pour faire tourner la maison du sport de plus en plus insatiable. Le colonel Yacouba Ouédraogo avait ses entrées à la Présidence. Et quand un dossier corsé se présentait à lui, il activait ses réseaux et parvenait à débloquer la situation. Tant que c’était des militaires, chacun avait sa botte secrète. Mais à la fin la solidarité de corps entre frères d’armes aidait toujours. Avant le ministre Jean Pierre Palm, le locataire de la maison du sport national était un certain Sessouma Toundoun. C’était un civil, venu d’ailleurs. Il a hérité du poste à la faveur de la mise en place d’un gouvernement d’ouverture. Mais le portefeuille n’était qu’une peau de chagrin. Déjà, le régime en place, à l’époque avait scindé le poste en deux, retirant du sport la jeunesse. Stratégiquement, on trouvait suicidaire de confier la gestion de la jeunesse à un parti allié ou mouvancier soit-il. Le gouvernement actuel a confié le sport à un technocrate, un intellectuel. A priori, il n’y a pas de méfiance. Bangré n’est pas un politicien qui voudrait profiter de la tribune du sport pour se positionner. Mais alors pourquoi tente-t-on de réduire son domaine de définition ? D’abord le Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat a fait savoir au patron du sport que le volet réalisation des infrastructures était sa chasse gardée et qu’il lui revenait le droit de construire les stades, les plateaux omnisports, les terrains de jeu, les pistes qu’il allait ensuite les rendre disponibles aux sportifs. Autrement dit, le ministre Bangré devrait simplement s’occuper de coordonner les sauts, les courses, les coups, les frappe… et que savons-nous encore. Il devra se contenter d’animer les sports. Pour les autres questions, il n’a rien à y voir. Les autres collègues travailleraient pour lui. Ainsi, nous voyons venir le ministre des finances qui dira, « c’est à moi de gérer le budget ». Le patron de la Santé dira, « laisse moi-m’occuper des soins des sportifs » Quand le ministre des infrastructures estime être le mieux et le seul qualifié pour les réalisations des infrastructures sportives il est sans doute dans son bon droit. Mais le ministre Maurice Dieudonné Bonané est-il prêt à laisser son collègue des finances venir planifier et exécuter ses dépenses ? Le parc auto à sa disposition sera-t-il placé sous la gestion du département en charge du transport ? Et dire que la lettre de mission du ministre Bangré est axée sur le développement des infrastructures sportives. Si donc un autre collègue s’arroge ce droit que restera-t-il au ministre des sports ? Pendant qu’on s’interroge sur cette volonté de réinventer la gestion des postes ministériels, un autre cas survient. Le ministère de l’alphabétisation nationale fait savoir qu’il n’entend plus organiser le sport en milieu scolaire avec la complicité du ministère des sports. Ainsi donc, l’USSUBF modèle ressuscité par François Compaoré voit ses jours comptés. En effet, le sport en milieu scolaire était jusque-là organisé par les trois ministères concernés. Le département de l’enseignement de base, celui de l’enseignement supérieur et le département en charge du sport mettaient en commun leur intelligence et leur savoir-faire pour réussir cette organisation. Il est vrai que les élèves-sportifs en compétition au niveau de l’USSUBF viennent du monde de l’éducation. Mais vu que la pratique du sport est organisée par un département, nous ne voyons pas comment l’USSUBF peut survivre, une fois déconnectée du Ministère des sports ? La pratique du sport n’est pas la finalité de l’école classique. Partant, il ne fait pas de doute, le sport n’aura plus toute sa place si le ministère des Sports s’en lave les mains. A preuve, il n’y aura pas de compétitions sportives cette année en milieu scolaire. Motif ? Les examens sont proches et le temps manque pour le faire. L’argument n’est pas faux. Sauf qu’il est facile. La pratique du sport n’a jamais était antinomique à la réussite scolaire. Les délais sont certes devenus courts. Mais il y avait encore de la place pour organiser l’USSUBF. Mais encore fallait-il lui donner toute sa place. Fallait-il se laisser convaincre qu’une année blanchie sur le plan sportif n’est pas du temps gagné pour les études. Il est établi qu’une bonne pratique sportive libère l’enfant et facilite la concentration. Vu les délais, il était possible d’écourter les temps de compétition en optant pour une formule appropriée. Car nous restons convaincus que la perte d’une année dans la vie d’un homme ne se rattrape plus. Mieux, la relance du sport en milieu scolaire a été si difficile que nous replonger dans un contexte de re-relance nous inquiète. En effet, avant d’en arriver à réveiller le sport en milieu scolaire, il a fallu que cet intérêt coïncide avec ceux d’un homme qui voulait charmer le milieu des élèves. En effet, nous avions appelé, pendant des années de tous nos vœux le réveil du sport à l’école en vain. Tous savaient que l’école avait pourtant formé, à travers l’OSEP et l’USSUBF de grands champions à l’époque. Puis, il y a eu un coup d’arrêt. Plus d’activités sportives dans les écoles. La relance a mis du temps à trouver une locomotive. Il a fallu que François Compaoré s’y intéresse, non sans calcul pour que le sport reprenne vie à l’école. Aujourd’hui l’arrêt imposé n’augure rien de bon. Dans ce Burkina post insurrectionnel où les attentes, les priorités sont à tous les niveaux, que personne ne se trompe en pensant qu’il épargne l’état d’un effort, il pourra reprendre ses droits. Les lignes budgétaires supprimées cette année seront difficilement rétablies les années à venir. C’est en cela que la décision de sursoir à l’organisation de l’USSUBF cette année est une erreur. Même s’il fallait le faire avec le tiers du budget, il fallait éviter l’annulation. Hélas !

J J Traoré


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