Crise à l’UPC : Jusqu’où il ne faut pas aller trop loin !

Publié le lundi 16 mai 2016

L’UPC traverse manifestement une crise. Quand de hauts responsables, de surcroît membres fondateurs se trouvent soudainement sous la menace d’une sanction d’exclusion, le fait ne saurait être banal. Ce qui se passe à l’UPC ne peut laisser indifférent les démocrates burkinabè. Il ne s’agit pas de n’importe quelle organisation politique. Faut-il le rappeler, l’UPC est une organisation qui avec son chef, Zéphirin Diabré (pour ne pas le nommer), a joué un rôle majeur dans l’évolution politique récente de notre pays. De nombreux Burkinabè sont désemparés par les déchirements auxquels se livrent ses responsables éminents, desquels on était en droit d’attendre un peu plus de retenue. On peut être tenté de dire que l’essentiel a été réussi par les forces vives coalisées qui ont réussi à défaire le régime de l’immobilisme incarné par Blaise Compaoré et son clan. Mais non ! La défaite du régime de Blaise Compaoré n’était qu’une étape. L’enjeu immédiat, c’est plutôt l’instauration d’une démocratie vivante capable de porter les aspirations au progrès de la jeunesse et du peuple burkinabè tout entier. Pour de nombreux Burkinabè, l’UPC a un rôle important à jouer dans ce processus politique. Mais pour être en capacité de le faire, l’UPC doit travailler à se renforcer, dans le respect de la diversité de ses membres. Certes, les crises sont un phénomène social normal. Elles font partie de ces dynamiques sociales porteuses de progrès. Le Burkina vient justement de vivre l’une des plus graves crises de son existence. Et le pari c’est justement de faire en sorte que ce qui en sort ne soit pas pire que ce que les Burkinabè viennent de congédier.

« Il est de la responsabilité des premiers responsables de l’UPC de ramener le débat dans des cadres appropriés afin que des discussions politiques normées et utiles puissent se mener sans diabolisation, entre tous ceux qui ont à cœur de voir grandir et prospérer le parti. »

Des militants de l’UPC se sont permis de critiquer la gouvernance de leur parti. Parmi eux de très hauts responsables tels Bruno Kafando et Louis Armand Ouali. Ces critiques semblent avoir débordé les structures internes du parti. La question que l’on se pose, c’est pourquoi en est-on arrivé là ? A-t-on épuisé les mécanismes internes de dialogue ? Quoiqu’il en soit, il est de la responsabilité des premiers responsables de ce parti de ramener le débat dans des cadres appropriés afin que des discussions politiques normées et utiles puissent se mener sans diabolisation, entre tous ceux qui ont à cœur de voir grandir et prospérer l’UPC. Et Zéphirin Diabré a une responsabilité éminente dans la conduite et la réussite de ce processus de dialogue interne. N’en est-il pas d’ailleurs le principal bénéficiaire ? C’est lui qui a eu l’initiative de la création de ce parti dont nous avons tous suivi le processus et notamment dans ses principales étapes. C’est lui qui fut désigné comme le candidat du parti à la dernière présidentielle et qui sauf accident, devrait continuer à en être le principal porte-drapeau dans les compétitions politiques à venir. C’est donc à lui qu’il revient en priorité de se faire violence et en toute sagesse pour tenter d’unir ce qui peut encore l’être.
Pour ce faire, il devrait commencer à stopper net, les gesticulations infantiles des militants zélés prompts à se comporter en véritables matamores. Il est tout à fait indécent de vouloir présenter ceux qui ont une approche critique de sa gouvernance comme des alimentaires, impatients d’aller à la soupe. La politique au Burkina souffre de ces raccourcis qui font le lit de la pensée unique. Le respect de l’autre, de sa différence et de sa dignité est une marque de grandeur d’esprit. Il faut refuser les inclinations faciles à la grégarité. Ceux qui se laissent aller à de telles bassesses trahissent une fragilité d’esprit et de conviction. Il y a un effet boomerang de ces malheureuses sorties médiatiques sur l’image de l’UPC qui dispose pourtant de toutes les ressources nécessaires pour éviter de sombrer dans de telles dérives langagières.
On garde encore en mémoire tous les noms d’oiseaux qui ont été affublés à Roch Marc Christian et à ses camarades lorsqu’ils ont claqué la porte du CDP. Les grands camarades d’hier étaient soudainement devenus des moins que rien, au point que leur départ a été qualifié par certains de non-événement. De grâce qu’il nous soit épargné ces étalages qui n’ont pour conséquence que de faire saigner les cœurs de démocrates conscients que l’unité est leur force. Et ce sera le véritable enjeu du quinquennat qui s’ouvre !

Par Germain B. Nama


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