Etalons : L’effet Duarté

Publié le mardi 10 mai 2016

Le retour de Paulo Duarté, le technicien portugais à la tête des Etalons a divisé le monde sportif. Entre ceux qui pensent que le coach Duarté incarne le Messi du foot national et qu’il devait revenir et ceux qui estimaient que le Portugais n’avait plus rien à prouver. Les débats étaient si vifs qu’il fallait attendre les résultats sur le terrain.

La double confrontation entre les Etalons et les Cranes de l’Ouganda a donné l’occasion de juger le maçon au pied du mur. Les Etalons avant ce match n’allaient pas bien. Renvoyés à une 2e place après avoir été battus au Botswana, c’est une équipe en perte de confiance dont a hérité Duarté et son adjoint Narcisse Yaméogo. Il fallait en si peu de temps lui redonner une âme et une envie de jouer mais surtout de gagner. La tâche était d’autant plus ardue que le calendrier international n’a pas offert une date FIFA pour disputer un match amical qui serait l’occasion de tester les plans. Le match contre l’Ouganda faisait du coup office de compétition. La tension autour du match était d’autant plus forte qu’il n’y avait pas de place pour une contre-performance.
Le président de la FBF, le colonel Sita Sangaré a pris le pari de faire revenir Duarté malgré une opposition interne. En effet, certains membres fédéraux ne voulaient pas en entendre parler. Si l’on sait qu’une défaite des Etalons suffi à coûter à un entraineur sa place, on réalise le risque encouru par le président Sangaré. Evidemment Duarté allait être le premier qu’une contre-performance allait emporter. En prenant 4 points sur 6, Duarté à apporter la solution pour tous.
Evidemment, nous n’avions pas été fort réjouis de la copie du match aller à Ouagadougou au stade du 4 Août. Les Etalons étaient visiblement loin de leur niveau de 2013 quand ils ont surpris le monde entier en allant jouer la finale de la CAN. Devant un public curieux de voir l’impact Duarté, la bande de Charles Kaboré n’a pas rassuré. La victoire (1-0) face au Cranes de l’Ouganda avait un gout amer. Et le retour 96 heures plus tard était plus que redouté. Mais en arrachant le nul à Kampala, les Etalons ont apporté la preuve que quelque chose de positif est en train de renaitre en cette sélection. Dès lors on est en droit de se demander que s’est-il passé ? Enfin, nous devrions plutôt nous demander qu’a-t-il bien pu donner à manger à “ses chevaux” pour qu’ils retrouvent peu à peu le franc galop ?

Les raisons de l’embellie
La gestion professionnelle du groupe ramenée par Duarté explique le mieux-être des Etalons. Les Etalons souffraient du climat délétère autour d’eux. L’environnement de l’équipe était pollué et totalement non maîtrisé. Le technicien Portugais a su apporter des réponses au moindre besoin de son équipe. Il sait poser les problèmes de sorte à en avoir les solutions. En obtenant du Ministre des Sports un vol spécial pour convoyer le onze national en Ouganda le soir même du match de Ouagadougou, le staff a permis à son effectif d’avoir plus de temps de récupération que son adversaire qui lui, est arrivé le lendemain. Conséquence, on a vu une équipe des Etalons physiquement plus à l’aise alors qu’à Ouagadougou, la fraîcheur physique était plus du côté adverse.
Il est vrai que ce n’est pas une première que le Burkina envoie son équipe à bord d’un vol spécial pour une compétition. Mais le contexte actuel marqué par une austérité budgétaire est tel qu’il fallait être convainquant pour obtenir un tel privilège. Duarté a aussi trouvé les mots justes pour pacifier son groupe. Entre coéquipiers, de petites bagarres avaient créé in fine des dissensions. Et sans le vouloir, ces petits conflits avaient de graves conséquences sur le terrain. Et comment en apporter la preuve, le staff a fait la démonstration à travers des séances vidéo. Les matchs de 2010 à 2013 ont été opposés à ceux de 2013 à 2015. Les joueurs ont pu voir par eux-mêmes que sur certaines séquences, la cohésion du groupe a foutu le camp. Quand un joueur refuse de donner la passe à son coéquipier en situation idéale à répétition sans aucune raison sportive, il y a un problème.
La démonstration a convaincu les joueurs et le pardon des cœurs s’est effectué. Le maître à penser des Etalons a également instauré la concurrence au sein de son groupe. En titularisant Abdoul Razak Traoré au poste de latéral puis lors du match retour, en tant que milieu gauche, en donnant sa chance à un jeune pouce comme Patrick Malo, il a envoyé un message fort. Les joueurs ont tous compris que la place de titulaire se mérite. A preuve, il fallait voir l’engagement inhabituel de Jonathan Pitroipa dans les tâches défensives lors du match retour contre l’Ouganda pour se convaincre qu’un vent nouveau souffle sur les Etalons. Il a fallu peu de choses pour avoir cet état d’esprit. La bonne gestion du groupe. Les joueurs qui sont tous des pros vivent des organisations types dans leurs clubs en Europe. Là, ils savent que le staff technique s’occupe de tout. Le joueur n’a plus qu’à jouer. Duarté a compris cela. Sa méthode vise à épargner le joueur des questions d’intendance, d’organisation et de planification. Il n’a plus qu’à jouer. Sur fonds propres, le staff des Etalons a installé une équipe de pédicure-manucure, une équipe de coiffure à l’hôtel Silmandé qui avait pour seule mission de prendre en main les joueurs. D’aucuns diront que c’est d’une banalité scolaire. Sans doute. Mais il faut tenir compte du fait que les joueurs prétextent souvent des besoins de coiffure ou autres pour quitter l’hôtel et se retrouver en ville où ils peuvent disperser leurs énergies. En disponibilisant les services, ils n’ont plus besoin de sortir. La concentration pour le match a pu être maximale.
Sans chercher à “Messianiser” Duarte, force est de reconnaitre que sa science convient bien au contexte burkinabè. Evidemment que tout n’est pas parfait. En fait, on en est qu’au début de la renaissance que nous appelons de tous nos vœux. Mais nous savons qu’en football, les équipes se nourrissent de victoire. Elle n’a pas été éclatante la victoire des Etalons à Ouaga. Mais déjà, le match nul à Kampala avait un contenu bien meilleur. On peut souhaiter que les Etalons recouvrent ainsi leur forme d’antan au fil des matchs qui arrivent. Déjà, le fait de reprendre la tête du groupe est une performance à saluer. Désormais, la voie pour une qualification à la CAN 2017 ne dépend plus que des Etalons. Et ça c’est incontestablement un bon début.

J J Traoré


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