Gratuité des Soins : La nécessité d’une vraie politique publique de santé

Publié le mardi 10 mai 2016

Le gouvernement doit revoir sa politique publique de santé afin de donner plus de chance à la gratuité des soins maternels et infantiles dont il vient d’exiger l’application. En effet, les constats sur le terrain mettent à nu des failles. Pour le moment, osons dire qu’il n’y rien de si grave. Toutefois, il y a urgence à agir pour éviter un échec.

Le 2 mars dernier, le gouvernement décidait en Conseil des ministres de la gratuité du dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus, des soins pour les enfants de moins de 5 ans et des femmes enceintes, des césariennes, des accouchements. Chez l’enfant, les maladies et les prestations en rapport avec la prise en charge intégrée des maladies de l’enfance vise principalement le paludisme, les diarrhées, les infections respiratoires aigües, la malnutrition aigüe et les infections néonatales. Chez la femme, les pathologies courantes qui surviennent au cours de la grossesse jusqu’à 42 jours après l’accouchement et le dépistage des légions précancéreuses du col de l’utérus sont prises en charge. Ces différentes mesures sont effectives depuis le 2 avril 2016. L’on constate le mouvement de nombreuses personnes vers les centres de santé qu’elles avaient déserté à cause de leur incapacité financière à honorer les frais médicaux. Une grande partie de la population burkinabè vit avec 50 centimes par jour alors qu’une consultation médicale coûte en moyenne 1,5 francs CFA. Plusieurs centaines d’enfants de moins de 5 ans surtout meurent chaque année par manque de soins. La gratuité des soins se présente dès lors comme une solution aux problèmes de santé de la mère et de l’enfant.

Les premiers trébuchements
On ne peut que féliciter le gouvernement pour cette initiative. Cependant, une anomalie importante qui pourrait faire flop à sa volonté est à relever : le manque de certains produits dans divers dépôts pharmaceutiques des centres de santé. Cette situation oblige les patients à payer eux-mêmes les produits dans des pharmacies externes. Question. Le gouvernement a-t-il pris le soin de rendre disponibles les médicaments dans tous les centres sanitaires devant appliquer la nouvelle mesure. On en doute. Ce qui se passe sur le terrain donne l’impression qu’on retourne aux années 2000 où des mesures d’exemption de paiement des usagers ont été prises les unes après les autres sans une véritable politique publique de santé et sans un plan de développement sanitaire. Il faudra donc veiller à ce que les pharmacies soient bien fournies et à ce qu’il n’y ait pas de ruptures dans l’approvisionnement en médicaments gratuits. Sinon les agents de santé seront obligés de prescrire des médicaments payants. Le hic est que certains agents indélicats pourraient vendre de façon illicite des médicaments prélevés sur les kits officiels ou acquis par divers moyens. Une autre catégorie de difficultés auxquelles il faut faire face est le problème de logistique, de prévision, d’information et de financement. Bref, le dysfonctionnement en un mot. Pour être efficace, la gratuité des soins a besoin d’une politique adaptée à cette réalité de notre système sanitaire. Avec la gratuité, une baisse de la qualité des soins pourraient être remarquée si l’Etat ne met pas en place un système de veille et de contrôle. Cela paraît absurde mais on pourrait être biens surpris. On se rappelle qu’en 2012, une étude publiée en 2012 dans le N°243 de la revue Afrique contemporaine révélait que dans le cadre du récent programme de lutte contre le paludisme des agents de santé hâtivement formés donnaient systématiquement aux enfants qu’ils consultaient les associations thérapeutiques à base d’artémésinine (ACT) dans certains villages. Il faudra donc travailler à aiguiser la conscience professionnelle de certains agents.

Quelle pérennité ?
La gratuité des soins de la mère et de l’enfant au Burkina Faso est un programme pilote qui a besoin d’un processus de pérennisation. Pour ce faire, il faut avant tout un budget conséquent pour faire face à toutes les charges financières que la mesure impose à l’Etat. Il est connu que dans la plupart des Etats, la disponibilité d’un budget conséquent pour certains programmes de développement n’est presque jamais une réalité. Dans le cadre de cette mesure gouvernementale, il le faut absolument. A cela doit s’ajouter le renforcement des différents plateaux techniques (dotation en matériel médico-technique) des centres médicaux avec antenne chirurgicale (CMA), des centres hospitaliers régionaux et des centres hospitaliers universitaires. Un plateau technique suffisant sans un personnel compétant est cependant sans effet. Il est donc important de renforcer les capacités des agents de santé, sans oublier les comités de gestion dans les zones rurales par l’information, la formation et la supervision. Un autre élément tout aussi important est le renforcement de la collaboration entre l’Etat et les associations et organisations non gouvernementales intervenant dans le domaine de la santé. Ces organisations pourront alors améliorer l’accès de la population cible aux soins de santé conformément aux priorités nationales.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Mortalité maternelle : Le Burkina, un des pays les plus touchés

Selon des chiffres donnés en 2013 par la Revue humanitaire, 99% des femmes meurent chaque année en voulant donner la vie dans la région sahélienne de l’Afrique. Le Burkina Faso fait partie des pays les plus touchés. Il enregistre un risque de mortalité maternelle estimé à 300 décès pour 100 000 naissances vivantes. En 2010, on estime à 2 100 le nombre de femmes mortes pour des raisons liées à l’accouchement. « Les causes de ces décès sont principalement des hémorragies, des infections et des rétentions placentaires qui auraient pu être évitées dans la majorité des cas si les femmes avaient eu un accès adéquat et rapide au système de santé avec du personnel qualifié. Or, l’accessibilité géographique (distance, manque de transport, absence d’ambulances), économique (capacité de faire face au paiement des soins de santé) et sociale (genre, pouvoir décisionnel) sont les principales barrières auxquelles doivent faire face les femmes pour accéder aux services de santé », argumente la Revue. Au cas où elles réussissent à atteindre une structure sanitaire, elles font souvent l’objet de violence verbale ou physique par certains agents de santé. Ces derniers leur réclament des paiements abusifs. Toutefois, la plus grande difficulté reste les moyens financiers pouvant leur permettre de se faire prendre en charge.

GBS


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