Le pacte budgétaire, est-ce un PAS européen ?

Publié le mercredi 16 mai 2012

Par Newton Ahmed Barry

Avec l’élection de François Hollande, les Européens devraient s’écharper sur la question de l’austérité financière, instituée par le pacte budgétaire. C’est Merkel et Sarkozy qui avaient institué cette austérité en Europe. Il a été dans un premier temps appliqué à la Grèce qui ne finit pas de se porter mal. Puis à l’Espagne qui s’enfonce chaque jour dans la récession. Au dernier pointage, sa côte crédit s’est encore dégradée et le pays devrait emprunter sur le marché à un taux de 6%, là où l’Allemagne obtient des taux presque nul, moins de 2%.

 

Pour le profane de la chose économique, c’est à ne rien comprendre. Ceux qui sont mal en point sont pressurisés et ceux qui vont bien reçoivent l’argent cadeau. C’est quand même une attitude absurde non ? Pas tant que ça répondent les économistes. C’est le système de récompense des meilleurs, ceux qui ont bien géré et la sanction pour les laxistes et les mauvais gestionnaires. Et dans cette affaire, la gardienne de l’orthodoxie, ce sont les marchés financiers. Ce sont eux qui sont chargés de veiller au respect des règles. Ils le font alors sans pitié, s’acharnant sur les faibles au nom d’un péché originel qu’ils doivent expier, jusque, à en crever, s’ils ne supportaient pas la thérapie. Plus l’état de santé se dégrade, plus les sanctions sont lourdes. Par contre, si le patient commence à se remettre, les charges s’allègent. C’est absolument absurde. Et il semble que la chancelière y tient et ne veut rien y changer.

 

En regardant comment les choses sont parties, il faut croire que seule l’Allemagne va rester dans l’Euro. Parce que jusque-là, le remède ne semble avoir réussi à personne. La Grèce contre qui on s’acharne ne supporte plus et les Grecs pensent que c’est préférable qu’ils reviennent à leur ancienne monnaie. Les dernières élections ont désigné les partis extrémistes (extrême gauche) et les nazis. Les partis traditionnels pro Europe ont été désavoués. Il est de plus en plus évident, que la Grèce va quitter la zone Euro. Le deuxième malade, l’Espagne, ne connait pas non plus l’amélioration de sa santé, malgré les coupes budgétaires sévères des conservateurs. Le gouvernement espagnol est dans un tel désarroi, qu’il demande maintenant aux citoyens de lui faire des suggestions de poste à raboter. Parce qu’il ne sait plus où couper. Il serre la ceinture, mais le résultat n’est toujours pas bon.

 

Madrid est aujourd’hui accroché à l’espoir qui viendrait de la France. Contrairement aux railleries de Sarkozy, contre le laxisme des socialistes, c’est bien une solution socialiste qui maintient aujourd’hui l’espoir en Espagne. L’évolution de l’économie mondiale a de quoi inquiéter.

 

Mais les Européens sont entrain de découvrir ce qu’on a appliqué aux Africains par le biais des PAS plusieurs décennies avant de se raviser et admettre que le « tout austérité » ne menait nulle part. Mais les pauvres africains n’avaient pas de voix. Ils ont dû mourir en silence. Les hôpitaux publics délaissés, l’agriculture abandonnée et les services sociaux de base déstructurés.

 

En Afrique, ce sont les dignitaires qui en ont profité. Ils se sont enrichis et sont devenus des hommes d’affaires en rachetant pour une bouchée de pain, les rares entreprises publiques existantes. Le monopole public, exécré, a été remplacé par un monopole privé. Les prestations ne se sont pas améliorées pour autant. Mais pour l’orthodoxie libérale, c’est toujours préférable un privé inapte.

Les Africains en ont soupé jusque à en crever. C’est au tour des Européens. Et comme en Afrique sous les PAS, les pauvres sont punis et les riches récompensés. En Europe aujourd’hui, c’est l’Allemagne qui rayonne et les autres bouffent la vache enragée. Un demi-siècle après, la seconde guerre mondiale, si cet itinéraire devait être maintenu, c’est l’Allemagne qui devra faire face aux « nazis » des autres peuples européens.

 


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