SNC Bobo 2016 : Pour une culture de paix et de tolérance

Publié le mercredi 20 avril 2016

La semaine nationale de la culture (SNC) pour son 18e anniversaire donne rendez-vous cette fois encore, pendant la période chaude de fin mars début avril (du 26 mars au 02 avril 2016), dans la belle ville de Bobo Dioulasso. Les amoureux de la culture seront gâtés ! Comme tout Homme est un être de culture par excellence, la SNC est le lieu de convergence d’hommes et de femmes de tout âge. Car, entre galerie marchande et prestations d’artistes à entrée payante et celles gratuites, chacun trouve forcement son compte. C’est dans un contexte de sortie de crise que se déroule l’édition 2016 d’où le thème bien à propos. « Culture et cohésion nationale ». C’est par la culture qu’il est possible de créer les conditions d’un mieux vivre ensemble. C’est pourquoi la SNC propose une multitude de nourriture pour l’esprit, afin que les cœurs s’apaisent pour un idéal commun. C’est dans ce sens qu’une conférence aura lieu sur la parenté à plaisanterie et un panel sur la tolérance religieuse. Promouvoir une culture de la paix doit être un leitmotiv permanent pour toute manifestation culturelle qui mobilise des hommes. L’article premier de l’acte constitutif de l’UNESCO stipule à juste titre : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix... » C’est du reste l’une des raisons qui ont motivé les organisateurs de l’édition 2016 à programmer une conférence sur « la culture facteur de cohésion sociale » .Celle-ci sera animée par le Pr Albert Ouédraogo de l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Pour renforcer les bases du mieux-vivre ensemble, les organisateurs n’ont pas voulu faire les choses à moitié. En effet, ils mettent aussi en débat les vertus de la parenté à plaisanterie par l’entremise du Dr Alain Joseph Sissao, directeur de recherche à INSS/CNRST, et le dialogue interreligieux par le biais d’imminents hommes de culte.
Au delà de l’esprit de compétition qui n’est pas à exclure pour certaines scènes, c’est le mot d’ordre du Baron Pierre de Coubertin, le rénovateur des Jeux Olympiques qui devrait primer. L’essentiel étant de participer à la biennale de la culture. L’impact de l’après Transition avec son lot de réduction drastique des finances publiques est perceptible sur l’ambiance festive, sans oublier tous les événements malheureux qui ont secoué le « Pays des Hommes intègres » depuis septembre 2015. Mais on fera avec. Les artistes et leurs accompagnants ont déjà pris d’assaut la ville de Bobo Dioulasso. Le charme de cette Semaine Nationale de la Culture, c’est l’engouement qui est créé autour des différents modes d’expression culturelles, depuis le Burkina profond en passant par les provinces et les régions. Logiquement il y a donc de cela plusieurs mois que la fête a commencé avant ce rendez-vous final de Bobo. Cet amour des communautés pour la promotion de leur patrimoine culturel mérite d’être soutenu par les pouvoirs publics dès qu’une embellie financière poindra à l’horizon. Les artistes commencent à être lassés des promesses toujours renvoyées aux calendes grecques. Cette année encore, les salles de classe serviront de dortoirs aux festivaliers. Et les récompenses en espèces sonnantes et trébuchantes ne sauraient dépasser le cadre du symbolique, car les temps sont durs. Sûr que le Directeur Général Sidi Traoré expert en patrimoine culturel immatériel « se démène comme un beau diable » (selon l’expression chère du regretté Jo Dabiré) pour faire comprendre aux uns et aux autres que « la plus belle fille du monde ne peut offrir que ce qu’elle a ». Des évolutions ont certes eu lieu dans le concept du déroulement de l’événement, mais comme les critiques ne s’intéressent qu’aux trains qui n’arrivent pas à l‘heure, pas évident que ces petits pas puissent convaincre les sceptiques. Quand est ce que nos Etats comprendront qu’il y a un domaine où il est important d’investir sans attendre forcement des retombées financières immédiates ? La promotion du patrimoine culturel ne peut être qu’une question d’engagement et d’orgueil national. Les amis au delà de nos frontières peuvent nous aider à résoudre des problèmes conjoncturels de faim et d’insécurité, mais pas la sauvegarde des éléments de notre identité. La structuration d’une société sur des bases culturelles héritées de nos pères. La construction d’une nation burkinabè, c’est l’affaire des seuls Burkinabés. Et puis lorsque la culture marche même l’économie marche, car c’est de là que chaque citoyen doit pouvoir tirer l’énergie nécessaire pour s’épanouir et aller fièrement et gaillardement à la rencontre de l’autre dans un esprit de partage sans complexe aucun. Le Japon, la Chine et des pays émergents d’Asie sont des exemples… palpables. La SNC ne doit donc pas être vue comme une foire culturelle ponctuelle et passagère, mais comme un facteur de valorisation et de sauvegarde des savoir-faire et savoir-être positif en lien avec l’évolution du monde. A bon entendeur…bonne fête !

Ludovic O. KIBORA


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