Parcelles Ouaga 2000 : La part des prête-noms et les camouflages

Publié le mercredi 20 avril 2016

Comme Zida, l’ex premier ministre, dont l’épouse apparait sous son nom de jeune fille, beaucoup d’autres ministres ou personnalités de la transition, auraient utilisé le même procédé. Le décryptage de ces personnes écrans a commencé.

Au stade de l’évolution des enquêtes sur ce dossier il se dégage deux nouvelles informations. La première c’est que les attributions ont concerné plusieurs ilots dans la zone Ouaga 2000 et pas seulement l’espace situé face à l’ambassade des Etats-Unis. Il y a eu donc une exhumation des propriétés laissées en jachère sous la période Compaoré, probablement connues de quelques initiés, et le partage s’est fait sur cette base. Donc pour connaitre l’ensemble des implications, il faut donc élargir la recherche sur les possessions de 2015. A ce propos l’enquête de l’ASCE gagnerait non pas à se focaliser sur les espaces connus, mais sur l’ensemble des attributions effectuées par la SONATUR sur l’année 2015 et particulièrement sur le dernier semestre de 2015.
Il y a eu utilisation systématique des noms de jeune fille des épouses ou des prête-noms. Avec parfois la production de faux documents d’identité à l’appui. Cette opération a concerné un nombre important de personnalités de la transition, notamment au niveau des leaders d’OSC. Certains prête-noms sont éloignés du bénéficiaire réel, sauf qu’il ne faut pas longtemps pour remonter à qui de droit. Les prête-noms au regard du profil ne sont pas en capacité de posséder un terrain à Ouaga 2000 et de s’acquitter des coûts.
Ensuite on a transigé sur les coûts en fonction du client. Par exemple, dans la section B de la zone A, juste derrière le domaine El Fateh, (aux environs de l’hôtel Laïco) le prête-nom d’une des personnalités de la Transition dont nous parlions plus haut, a obtenu de pouvoir acheter le mètre carré à 12 000 f cfa exactement au prix pratiqué en 2001, au moment de la viabilisation de la zone. On se rend donc compte d’un vrai bradage du patrimoine public, en fonction de la tête du client. A Zida, premier ministre, on avait fait à 8000 f cfa le mètre carré. Mais comme on sait, Ouaga 2000 est compartimenté et les terrains sont cotés en fonction de leur emplacement. Ceux situés dans la zone A, autour de Laïco, la Salle de conférence et la salle des banquets ont plus de valeur ajoutée.

Le subterfuge utilisé
En ce qui concerne la parcelle 11, lot 47, section B, Zone A, un montage ingénieux semble avoir été perpétré. Sur le cadastre ordinaire de Ouaga 2000, il est inutile de chercher cette parcelle, elle n’existe pas. Dans la zone, comme le montre (la carte n°1) l’espace concerné est composé des parcelles (en face de la voie 4) ; parcelle 06 (1188 mètres carrés), parcelle 07 (2419 mètres carrés), parcelle 08 (2510 mètres carrés) et la parcelle 09 (2568 mètres carrés). Pour s’octroyer un domaine dans cette partie déjà lotie, les techniciens de la SONATUR ont procédé à la fusion des parcelles (07, 08, 09) et remorcelé l’espace en six nouvelles parcelles parmi lesquelles on a la parcelle 11 de 1289 mètres carrés (voir carte n°2).
Une autre astuce de camouflage, les épouses qui sont attributaires, utilisent leur nom de jeune fille. Outre Mme Zida, une autre dame, celle qui a bénéficié du montage expliqué plus haut, a utilisé son nom de jeune fille. Elle a pu donc acquérir, en 2015, le terrain d’une superficie de 1289 mètres carrés selon les caractéristiques suivantes (parcelle 11, lot 47, section B, Zone. D’autres éléments indiquent que cette attributaire a obtenu des faveurs proches de celles qui ont été faites à l’épouse du premier ministre Yacouba Isaac Zida. Le terrain a été acquis à 12 000 f cfa le mètre carré au prix du mètre carré en 2001, au moment de la viabilisation du site Ouaga 2000. Comme Mme Zida, elle a avancé un acompte. Sur un total de 15 486 000 f cfa, elle a versé 6 200 000 f cfa.

L’enquête de l’ASCE devrait faire diligence
Jamais rapport de l’ASCE n’a été autant attendu. Celui sur les parcelles de Ouaga 2000 est assurément attendu. Il est peu probable qu’on découvre encore des choses inédites. Luc Ibriga aura le devoir de confirmation et probablement aussi de dévoiler l’identité des 17 bénéficiaires de ce qui reste des 50 000 mètres carrés du terrain en face de l’ambassade des Etats-Unis. Mais au moins après le rapport l’accusation de complot contre la transition n’aura plus de prise. Du moins, il faut l’espérer.

Par Newton Ahmed Barry

L’ennemi de la transition, c’est la transition elle-même !

Dans cette phase apparait une nouvelle posture absurde ; le refus de l’inventaire. Le développement de la rhétorique du complot bien usitée par une certaine idéologie qui au lieu d’exécrer les défauts et les erreurs criminalise leur dénonciation. Que reste-t-il moralement à une transition qui a tous les mérites mais qui a agi en dehors des règles et de l’éthique politique ? Il n’y a pas dans une société une répartition définitive des citoyens dans deux camps, celui du bien et celui du mal. Entre les deux il n’y a pas d’étanchéité irréversible. Dans l’estime des peuples on peut passer de héros à zéro et vice-versa, en fonction des inconséquences et des turpitudes des uns et des autres. Les zéros d’hier peuvent devenir les héros d’aujourd’hui et vice-versa.
En fait les pires ennemis de l’exemplaire transition burkinabè, ce sont ses principaux acteurs. Ceux qui ont cru l’incarner. Ils se sont présentés en parangons on a découvert de pauvres imposteurs. La théorie aussi belle soit elle a un seul ennemi ; la réalité.
Cette affaire met beaucoup de monde mal à l’aise et l’on comprend bien pourquoi. La transition aurait dû instituer une rupture avec l’ancien régime, elle se révèle sa pâle copie. Avec l’inconvénient des copies, qui comme les caricatures, exagèrent les défauts. La transition a exagéré les défauts du régime Compaoré. Probablement parce que la gestion de la transition a échoué entre les mains des avatars du régime Compaoré. Isaac Yacouba Zida et Michel Kafando après avoir été les meilleurs serviteurs du régime Compaoré, ont naturellement reproduit ce qu’ils ont fait le mieux des décennies durant sans « murmure ni contestation ».
Il reste le cas des dirigeants des OSC, qu’on a connu intraitables combattants des valeurs. Comment ont-ils pu muer en si peu de temps ? Pourquoi n’ont-ils pas pu jouer leur rôle de veille ? Comment certains ont pu carrément succomber à défaut de dissuader ?
Mais probablement que c’est sûrement un mal pour un bien, toutes ces turpitudes de la transition. Les grands prétentieux vont descendre sur terre pour comprendre certaines réalités. Chez les humains, face au pouvoir et à l’avoir, très peu résistent. C’est pourquoi il faut mettre l’accent sur les garde-fous plutôt que de s’autoproclamer « infaillible ».
Ce serait perpétuer la faute en s’enfermant dans la posture de victime. Personne ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes. Sur les valeurs , la transition a vraiment merdé. Elle a raté complètement le coach. Ses partisans devraient faire preuve de discernement. Défendre la transition c’est justement se montrer intraitable sur ses manquements. Car la transition en elle-même n’avait autre intérêt que d’instaurer des valeurs. La transition en soi n’est pas un regroupement idéologique. La preuve depuis les élections du 29 novembre, les grands partis de la transition, l’UPC et le MPP s’opposent. Ils vont même s’affronter d’ici là, parce que l’épreuve de la gestion du pouvoir va les y contraindre. Alors faut-il s’autoproclamer gardiens de reliques qui n’existent plus ? Ou faire « les idiots utiles » en s’appropriant une volonté populaire qui n’a de force et de légitimité qu’en englobant tout le monde. L’insurrection a triomphé les 30 et 31 octobre parce qu’elle était l’expression d’une volonté populaire qui a transcendé le cercle des seuls « engagés ». La transition a commencé à s’étioler quand elle est progressivement devenue la chose des seuls « insurgés et résistants ». La défense de la transition si elle devait être le fait des seuls « insurgés et résistants », prendrait un caractère mafieux. Des coquins qui défendent Des coquins.

NAB


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