En matière de terrorisme : Posons-nous les bonnes questions ?

Publié le mercredi 20 avril 2016

L’attaque de Bassam, le 13 mars dernier, repose autrement les questions. Au Burkina, facilement, certains qui ne savent rien de ces questions, avaient fait des développements très loin de la réalité.
Nous disons que Bassam repose autrement cette question et devrait nous emmener au Burkina à introduire des éléments nouveaux. Mais avant d’en revenir il se pose la question de savoir qu’est-ce que nous avons fait depuis le 15 janvier ? Avons-nous évolué dans une meilleure connaissance de ceux qui nous ont frappés ? Avons-nous réussi à établir le scénario de l’attaque et l’enchainement des faits ? Aqmi nous a présenté trois photos. Où en sommes-nous avec une meilleure connaissance de ces trois individus ? C’est-à-dire pouvons-nous les tracer aujourd’hui ? Origine, pays, itinéraire et conditions de radicalisation et enfin pourquoi ce sont eux qu’on nous a envoyé ?
En réponse à ces questions, je prends le risque de dire non ! Ce qui a préoccupé nos services au lendemain du 15 janvier, ce sont des questions de structures, de moyens, de prérogatives, de hiérarchie et enfin de gain. A l’occasion d’une émission plateau sur la télévision BF1, j’avais répondu à la question de manque de moyens, par l’impératif de connaitre nos ennemis et de connaitre leur motivation. Si globalement le terrorisme a un objectif global sur l’ensemble de la planète, spécifiquement à chaque pays et région il y a des objectifs et des motivations spécifiques. En ce qui nous concerne, c’est quoi cette motivation spécifique ?

« Il est évident pour tous les spécialistes que le Burkina n’est pas à l’abri d’une « récidive » (pas façon Nathalie CSC évidemment). Le temps est dès lors compté. Dans la logique et le modus operandi de la nébuleuse, c’est la surenchère. La récidive doit être plus spectaculaire que l’action précédente »

Maintenant que le patron de l’ANR est connu et que les rivalités devraient s’estomper, ou du moins nous l’espérons, il faut s’atteler à trouver des réponses très appropriées à ces questions. Même mort, il faut ficher les djihadistes. Les trois devraient être fichés. Il faut aussi orienter autrement le contre-terrorisme. Les djihadistes viennent mourir et sont très déterminés. Il faut opérer autrement sur les unités spéciales, qu’en les « Ramboïsant » seulement.
Une concertation sous régionale va s’enclencher ces jours-ci. Au moins quatre pays (dont Mali, Burkina, Niger) devraient se retrouver à Abidjan, avec leur hôte ivoirien pour débattre de la question. Mais si dans l’urgence les Africains savent se réveiller, ils s’endorment tout aussi vite, à la première petite accalmie. Cette initiative louable de la Côte d’Ivoire est à saluer. Cependant, l’efficacité d’une mutualisation est conditionnée par le travail sérieux qui se fait au niveau de chaque pays.
Au Burkina, si nous sommes malins, nous sortons des théories vaseuses « de renouveau ou de rupture imaginaires » pour nous épargner d’inventer une roue qui existe déjà. Les systèmes ne sont jamais mauvais en soi. Tout dépend de l’utilisation que l’on en fait. Sous Blaise Compaoré, un système relativement efficace existait, au point que sur certaines affaires très importantes, nos services avaient damé le pion aux Français et aux Américains. Ouagadougou était devenu même une école qui inspirait les services de divers grands pays. Nous n’avons aucun intérêt à ne pas en tenir compte, d’autant plus que c’est un patrimoine national au même titre que les échangeurs dans la ville de Ouagadougou. Est-il venu à l’esprit des gens du « renouveau » le refus d’emprunter ces infrastructures ?
Il y a donc une urgence à reconstituer nos forces. A reprendre nos éléments les plus aptes pour gagner du temps. Il ne faut pas se leurrer, aucun spécialiste fût-il GIGN, ne peut connaitre mieux notre terrain que nous. D’ailleurs dans un milieu sahélien où les terroristes puisent dans la population autochtone, un GIGN blanc est plutôt une cible qu’une dissuasion. Enfin, en cette matière faisons comme Jean Marie Lepen « il faut préférer son cousin à son voisin. Et préférer son frère à son cousin ».
Il est évident pour tous les spécialistes que le Burkina n’est pas à l’abri d’une « récidive » (pas façon Nathalie CSC évidemment). Le temps est dès lors compté. Dans la logique et le modus operandi de la nébuleuse, c’est la surenchère. La récidive doit être plus spectaculaire que l’action précédente. Prenons le cas du Mali pour l’année 2015. Il y a eu d’abord le Bar la Terrasse (mars 2015), puis Radisson Blue (novembre 2015) et en ce mois de mars l’attaque très osée contre l’hôtel, très sécurisé, qui abrite les éléments militaires de l’Union européenne. Notre cas aussi le montre bien. En octobre c’était une brigade de gendarmerie, très loin, à Samoroguan, puis en janvier 2016 sur la grande avenue Kwamé Nkrumah contre Splendid Hôtel et Cappuccino. Quand on regarde l’intervalle entre deux attaques, c’est en moyenne quatre à cinq mois. Nous sommes donc entrés dans cette période critique au Burkina. La prochaine, si elle n’est pas déjouée à temps, sera double en simultanée et très spectaculaire.

Par Newton Ahmed Barry


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