Les Burkinabè, impatients d’une relance qui se fait attendre

Publié le mercredi 20 avril 2016

Il y a de la déception dans l’air. Passée l’euphorie de l’élection présidentielle, les Burkinabè sont revenus aux réalités de leur quotidien. Dans le camp du parti au pouvoir, on n’est pas loin de la désillusion. On attendait quelque récompense. Les militants ont mouillé le maillot. On leur a dit que Kosyam était avant tout la clé de voûte de tous les possibles, qu’il fallait travailler à installer le candidat au trône afin qu’il puisse ouvrir les vannes des emplois et autres avantages. C’est aujourd’hui chose faite. Malheureusement le signal fort qu’ils attendaient, ressemble fort à un pétard mouillé. C’est en tout cas comme ça que s’est ressenti. Le flux des marchés connait un net ralentissement sans doute parce que les nouveaux arrivants veulent voir clair avant de relancer la dépense publique. Le même phénomène est observé au niveau des importations. La COTECNA, chargée de la police des prix, se montre intraitable et semble faire peu de place au trafic d’influence et à la corruption. Il y a donc manifestement un tour de vis dans la gestion du monde des affaires, une rigueur qui ne semble guère appréciée dans ce milieu.
A la campagne, on observe également un certain ralentissement dans les flux commerciaux. Les marchés, notamment ceux de la volaille et du bétail sont sous stricte surveillance des Kogl weogo. Ces derniers montent des opérations de police sur les axes routiers dans le but de dissuader les trafics illicites. Cette dimension de leurs activités semble rassurer les populations jadis désemparées par l’ampleur des vols qui les dépouillaient du fruit de leur travail.
Mais dans le même temps leurs dérives ont fini par engendrer des sentiments de crainte voire de peur, à telle enseigne que le doute semble s’être installé sur la possibilité d’une coexistence pacifique avec les règles de la république.

« On attend de nos gouvernants qu’ils nous renseignent sur les leviers qu’ils entendent actionner pour impulser du mouvement à l’économie. Manifestement, les marges budgétaires semblent assez ténues pour autoriser une relance significative à partir de la dépense publique sans risquer d’engendrer des déséquilibres dommageables. »

L’un dans l’autre, les villes et les campagnes du Burkina sont entrées dans une nouvelle phase pour ne pas parler de dynamique, caractérisée par l’incertitude de lendemains qui chantent. Quand on ajoute à cela le sort d’une jeunesse toujours confrontée au problème de l’emploi, malgré les quelques éclaircies engendrées par les récentes mesures sociales du gouvernement, la situation de l’école dont le circuit est parsemé de goulots d’étranglement, on mesure l’étendue des attentes et la montée des inquiétudes.
On attend de nos gouvernants qu’ils nous renseignent sur les leviers qu’ils entendent actionner pour impulser du mouvement à l’économie. Manifestement, les marges budgétaires semblent assez ténues pour autoriser une relance significative à partir de la dépense publique sans risquer d’engendrer des déséquilibres dommageables. A un moment où les caisses sont vides et où paradoxalement des revendications pressantes d’ordre financier sont avancées par les travailleurs, la grande question est de savoir par quels moyens insuffler du dynamisme au secteur privé de sorte à soutenir les efforts globaux de croissance. Roch qui tourne au diesel prend son temps. Il n’a pas le tempérament du cravacheur qui impose à ses collaborateurs café et nuits blanches pour sortir des solutions rapides. Pendant que ça bouillonne à la base avec des menaces d’opposer à son parti un vote sanction aux prochaines élections de proximité, il ne s’en émeut pas outre mesure. A un de ses protégés mécontent de son rang dans les listes électorales d’un arrondissement de Ouagadougou qui menaçait de claquer la porte, il aurait simplement rappelé à ce dernier le serment qu’il avait formé de soutenir son action. C’est cela le style de l’homme. Reste à savoir combien de temps ça pourra tenir !

Par Germain B. Nama


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