Kogl weogo : Le déni de justice

Publié le dimanche 27 mars 2016

Suite au meurtre de Mady Kanazoé, les membres de l’association Kogl weogo ont refusé toute idée de procédure judicaire au prétexte que la victime est bien connue dans la région du Centre-Ouest et même au-delà pour ses actes de vols, parfois avec mort d’hommes. Nous sommes donc dans un cas flagrant de défiance de l’autorité et de la loi. Que faire ?

Les faits se sont passés le 17 février dernier à Sapouy, chef-lieu de la province du Ziro. Interpellé dans la commune rurale de Bakata pour vol de bœuf et transféré au niveau central, Mady Kanazoé meurt entre les mains des membres de l’association Kogl weogo à son quartier général sis au secteur 4 de Sapouy. En pareille circonstance et comme le recommande le droit quand il y a mort d’homme, le Procureur du Faso instruit le directeur provincial de la police nationale d’auditionner les mis en cause. Il n’en fallait pas plus pour provoquer la colère des membres de Kogl weogo.
A la convocation de la police, ils ont opposé un refus catégorique. Ils avancent la raison selon laquelle le nommé Mady est un repris de justice bien connu dans la région du Centre-Ouest pour ses faits de vols, parfois au prix de la vie de certaines de ses victimes. Ils appellent en renfort leurs pairs des diverses localités. Des centaines de ‘’Kogl weogo’’ (appellation courante des membres) convergent vers Sapouy, armés de fusils de chasse calibre 12, de machettes, de lances et d’arcs. Des médiations initiées et conduites par le préfet de Sapouy, Lamine Sawadogo permettra enfin d’éviter la confrontation avec les forces de sécurité et de convaincre les responsables de répondre à la convocation de la police.

Justice, le mot qui irrite l’univers Kogl weogo
Justice ! L’évocation de ce mot peut exposer au courroux des Kogl weogo. Nous l’avons appris à nos dépens à Sapouy lorsque nous avons voulu savoir s’ils se mettraient éventuellement à la disposition de la justice dans le cadre du meurtre de Mady Kanazoé. « Justice ? Qui va nous convoquer ? Nous ne voyons pas. Si la police nous avait parlé de justice nous ne serions pas allés », nous rétorque-t-on avec agressivité. Ils soutiennent d’ailleurs qu’il n’y a pas de justice au Burkina Faso.
Cette attitude implique plusieurs observations. D’abord, un homme est mort suite à des sévices corporels. Fut-il un bandit réputé, le droit à la vie est un droit constitutionnel fondamental et donc inaliénable. Dans une république il n’y a pas de place pour la justice privée. Le meurtre de Mady Kanazoé est un acte répréhensible. Il est du devoir de l’Etat de mettre rapidement fin à de telles dérives. Ensuite, seule la police judiciaire a le droit et le pouvoir légal d’interpeller un suspect et il revient à la justice de le juger et de le condamner si nécessaire. Il est vrai, et cela est incontestable, que pendant longtemps la justice burkinabè s’est décrédibilisée aux yeux de l’opinion nationale à cause de la corruption en son sein. Depuis longtemps, l’Etat se montre incapable de garantir de la sécurité des personnes et des biens. Cependant, ce n’est pas pour autant que le citoyen peut s’arroger le droit d’être un justicier. Voilà un défi que doit relever le nouveau pouvoir. Enfin, reconnaitre le côté positif des associations kogl weogo, leurs exploits en matière de lutte contre l’insécurité dans certaines zones ne les met pas au-dessus des lois de la république. Il est indispensable de les organiser et de les recadrer en définissant clairement leurs missions. Un civil ne peut pas s’arroger le droit d’interpeller, de détenir, de juger et condamner d’autres civils à des peines en violation des lois de la république. L’accepter c’est prendre le risque de basculer dans l’anarchie !

L’exemple qui nous vient de Boutiourou
Environ deux semaines après la confrontation manquée avec la police à Sapouy, des individus se réclamant de l’association Kogl weogo de Boutiourou ont séquestré le catéchiste de la localité. Il lui est reproché d’avoir refusé de s’acquitter des frais d’adhésion, 2500 F CFA. Il a dû son salut après plusieurs heures à sa communauté chrétienne de base, contrainte de verser 112 500 F CFA en échange de sa libération. L’épouse de ce dernier a été violentée et a même été blessée. Leurs pairs de Léo, affirmant ne pas se reconnaître dans ces actes, ont procédé à l’arrestation du commando qui a planifié et opéré le rapt du catéchiste. En tout état de cause, ce précédent dangereux est illustratif d’un avant-goût des dérives auxquels on s’expose si toutefois l’action des Kogl weogo n’est pas encadrée. C’est à croire que n’importe qui pourrait débarquer chez quelqu’un à n’importe quel moment et s’offrir le luxe d’exiger ce qu’il veut au nom de Kogl weogo.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Un Kogl weogo tué à Boulkoum

Selon notre confère, Le Quotidien, un membre de l’association Kogl weogo a été tué par deux bandits armés dans le village de Boulkom, province de la Sissili le mercredi 2 mars dernier. La victime aurait conduit son fils malade au centre de santé et de promotion sociale de Boura. C’est sur son chemin de retour qu’il aurait tenté d’interpeller deux suspects. L’interpellation aurait tourné au drame. Le Kogl weogo aurait été abattu de 7 balles. Son corps aurait été découvert quelques heures plus tard dans les environs du village. Cette mort a entrainé la panique au village. Les villageois craignent d’éventuelles représailles de la part des Kogl weogo.

GBS

Approche collaborative en matière de sécurité communautaire : L’Association SAADON en atelier avec les acteurs de la commune de Saaba

L’association SAADON a organisé un atelier de formation sur l’approche collaborative des sécurités communautaires du 22 au 24 février 2016 dans la commune rurale de Saaba. L’atelier qui a réuni les forces de sécurité et de défense en plus des organisations de la société civile et de l’association Koglwéogo avait pour but de collecter des données et identifier les différents acteurs en vue de formuler des recommandations à qui de droit.

L’atelier est né d’un constat qu’ « aujourd’hui les communautés ont beaucoup d’attentes, elles sont exposées à un certains nombre de phénomènes qui ne sont pas suffisamment pris en compte par les gouvernants » à en croire Sandrine Nama, présidente de l’Association SAADON. Ce qui justifie l’organisation de l’atelier afin d’«  essayer de mettre en présence les différents acteurs de la communauté notamment les forces de sécurité et de la défense que sont la police nationale et la gendarmerie, ainsi que les organisations de la société civile puis l’association Koglwéogo question de créer un cadre de rencontre entre ces différents acteurs pour que tout un chacun dise ce qu’il ressent vis-à-vis de l’autre ». Cette démarche pour les organisateurs vise à collecter des données pour mieux comprendre les attentes et les ressentiments des uns et des autres face aux situations sécuritaires de la commune de Saaba. En trois (3) jours, «  l’atelier a consisté d’une manière générale à instaurer un dialogue entre les différents acteurs qui en majorité évoluent dans le domaine de la sécurité » nous a confié l’Adjudant-chef Major Dinni, commandant de la Brigade Territoriale de la Gendarmerie de Saaba. De son côté, Philippe Sawadogo secrétaire général de la coordination des jeunes de la localité pense que les acteurs ont donné le maximum d’informations et préoccupations relatives à l’insécurité. Tout en déplorant le fait que le nombre de participants soit limité, le souhait du commandant de la Brigade territoriale de la gendarmerie de Saaba est que «  l’engagement qui a été pris soit effectif sur le terrain et que les personnes qui ont pris part à l’atelier passe le message à ceux qui n’ont pas pris part pour que tout fait anormal, tout fait qui mérite d’être porté à la connaissance des forces de l’ordre, police, gendarmerie, soit fait le plus tôt possible  ». Rasmané Ouédraogo, commissaire de Police de la ville de Saaba n’en demande pas le contraire. Son souhait est celui de voir que tout ce qu’ils ont vu durant l’atelier soit mis en application sur le terrain, à travers des actes et des comportements. Toute chose qui va les aider à se comprendre avec la population. Abdoul Moumouni Nana, représentant de l’association Koglwéogo estime lui aussi qu’ils se sont compris avec les autres acteurs et pour preuve, tout fait ou geste suspects qu’ils observeront désormais, ils n’hésiteront plus à saisir la police et la gendarmerie afin qu’elles les aident à sécuriser les personnes et les biens. Comme recommandation la responsable de l’association SAADON demande aux autorités d’être attentives aux préoccupations des populations car ceci est gage d’un début de cohésion sociale pacifique.

Wend-Tin Basile SAM


Commenter l'article (0)