Joachim Baky, président de la Fédération burkinabè de basketball : « J’ai pris des coups mais j’avance »

Publié le dimanche 27 mars 2016

Porté à la tête de la fédération burkinabè de basketball en proie à une crise, l’élection de Joachim Baky au poste de président va tout de suite susciter de grands espoirs. L’historique qualification du Burkina à l’Afrobasket sonnait comme le réveil de la discipline. Mais la suite sera moins rayonnante. La balle au panier traversera une période de troubles. Accusé de voir trop grand, le président Baky a énormément eu de la peine à mobiliser les hommes pour ses projets. Au terme de son 2e mandat, nous l’avons rencontré. C’est un homme qui a de grandes ambitions pour le basketball national.

Comment se porte le basketball burkinabè ?
Nous sommes arrivé à la tête de cette fédération voilà maintenant 5 ans. Notre premier défi était de sédentariser la Fédé qui était sans siège. En 2011 déjà c’était chose faite. Nous avions aussi structuré nos clubs, district et ligues qui fonctionnaient juste avec une ou deux personnes. Nous avons œuvré à les étoffer et à leur donner plus de vie. Sur le plan du jeu lui-même, nous avons participé par deux fois à l’afrobasket, la CAN de cette discipline. Et l’histoire retiendra que nous avons réussi à qualifier le pays pour la première fois à cette rencontre au sommet du continent. Nous avons été présents à FIBBA-Afrique en prenant part aux réunions statutaires. Au niveau de FIBBA-monde nous avions également pris part à la réunion d’Istanbul, nous avions été invité à Barcelone pour les championnats mondiaux. Le championnat national s’est organisé. Des coupes sont offertes par ci et par là. La Coupe du Faso que nous avions créée est à sa deuxième édition. Et nous avions introduit une innovation majeure, les all stars qui permettent de désigner les meilleurs acteurs en vue de les accompagner. Il est à noter avec beaucoup de satisfaction que beaucoup d’universitaires officient, au niveau de la discipline en qualité de techniciens. Nous disposons aussi de deux arbitres internationaux. Ce sont là des atouts considérables.

La Ligue nationale de basketball est annoncée pour cette année. Que cache ce nouveau concept ?
La Ligue nationale de basket du Burkina est une tribune d’excellence. Seule les 8 meilleures du Burkina pourront la disputer. Nous voulons vendre la discipline. Elle est pratiquée en milieux scolaire et estudiantin. Pourtant, le basket regorge d’énormes potentialités. Il doit être vu. Et de la plus belle manière.

On a souvent l’impression qu’au basketball, les acteurs ont du mal à se parler, à se comprendre…
Non. Je vous arrête net. C’est une vue de journaliste. Le basket est une belle famille. De l’extérieur, on peut voir les choses autrement. Mais en interne, on se parle. Il n y a pas plus de cela 10 jours, on était en conseil de gestion. Tout le monde était là. Evidemment, chaque acteur a son ton, son tempérament. Mais le plus important ce n’est pas la manière de s’exprimer. Personnellement je ne connais personne au basket avec qui je suis en de mauvais termes. Je mets quiconque au défi de me dire le contraire. J’ai lu avec étonnement dans vos colonnes que Banère (NDLR : Mahamoudou Sawadogo) et moi sommes en rupture de parole. Banère c’est un jeune frère que j’ai connu avant de venir au basket. Il est d’un tempérament chaud bouillant. Mais il ne peut y avoir cette situation entre nous. D’ailleurs quand je l’ai vu au Conseil je lui ai dit « viens que je te salue devant tout le monde pour montrer qu’il n’y a pas d’animosité entre nous ». Et lui-même a dit qu’il ignorait d’où venait l’information du journal.

Vous aviez de belles idées, des ambitions énormes. Mais vu la rareté des ressources vous semblez avoir des ambitions surdimensionnées dont la réalisation est difficile. Ne pensez-vous pas que vous devez adapter vos projets aux ressources potentielles ?
Si on vous confie la gestion d’un secteur et vous venez pour rester dans les sentiers battus il vaut mieux ne pas y aller. Moi je ne suis pas réductionniste. J’ai de l’ambition pour le basketball national. J’ai des rêves pour cette discipline-là. Je ne crois pas que ces ambitions soient si démesurées. Organiser le championnat où les différentes équipes reçoivent et se déplacent n’est pas irréalisable. Le vrai problème à mon avis est qu’à l’annonce d’un projet tout de suite on met les moyens devant. Regardez cette année, la formule du championnat a donné droit à toute sorte de commentaires. Mais au finish, les finales se sont jouées avec tout le monde et de la bonne manière. On aurait pu faire l’économie de ce temps perdu.

Les moyens financiers ne sont pas à négliger non plus. Il faut assurer le déplacement des équipes, payer la restauration et l’hébergement.
On l’a toujours fait. Nous avions signé une convention avec une compagnie de transport pour faciliter les choses. Les équipes sont hébergées et nourries. Nous devons sortir des habitudes du passé. Lors du dernier conseil de gestion un ancien me reprochant de vouloir changer le système a dit que 1964 c’est comme ça. En 1964 je n’avais qu’un an. Je ne vais pas continuer à fonctionner sur cette base. Nous voulons créer une vitrine pour la discipline. Et là, il faut qu’il y ait de l’excellence. Les 8 clubs qui joueront dans la Ligue nationale vont avoir plus de moyens pour faire de bons recrutements. Ce n’est que par la qualité que l’on pourra attirer les sponsors. Nos matchs actuels où le vainqueur peut totaliser 80 points contre 20 au vaincu n’intéressent personne. Nos voisins aiment à dire sortons dans ça pour avancer. Si nous ne sortons pas dans ça, nous finirons par voir nos pieds pourrir.

Ne faut-il pas craindre que vous ne soyez en avance sur le temps du basket national ?
Un leader doit être en avance sur son temps. On m’a confié cette responsabilité pour tirer le wagon vers le haut. Je ne dois pas être à demander aux autres mais comment on fait. Auquel cas, je n’ai pas ma place ici.

Parlant de moyens, le basket à l’image des autres sports mis à part le foot ne bénéficie pas d’égard particulier en matière de moyens financiers. Où trouver l’argent pour réaliser vos projets ?
On peut développer la culture du sponsoring. Quand je suis arrivé, j’ai pu amener Kaizer à soutenir le basket. Mais au regard de l’engouement faible, le sponsor est parti.
Actuellement l’ONEA, OCODIS et les différentes identités de mon entreprise soutiennent le basket. Mais il faut de la visibilité pour avoir plus d’intérêt pour les annonceurs et la visibilité n’est acquise qu’à travers les performances.

Votre discours ne place pas l’Etat au centre du financement de vos activités. Est-ce à dire que vous n’y croyez plus ?
Si nous devions attendre de l’Etat une réaction, nous n’allons pas organiser le championnat 2015. L’Etat a ses prorogatives. Nous ne les remettons pas en cause. Mais nous devons trouver les moyens pour avancer. Pour moi dès que nous parlons de l’équipe nationale, c’est le domaine de l’Etat. Mais pour le reste, il faut mobiliser les fonds nécessaires ailleurs quitte à ce que l’Etat intervienne par la suite. Mais l’Etat nous a toujours accompagné.

Que voulez-vous dire en déclarant que 2016 sera l’année du basket ?
Pour moi, 2016 présente de grands défis pour notre discipline que nous allons relever. Déjà, il faut parvenir à organiser la Ligue nationale. Puis il nous faudra parvenir à qualifier le Burkina en dame et en messieurs à l’Afrobasket. En dames surtout on a beaucoup de potentialités. Les jeunes filles qui jouaient ici et qui sont parties sous d’autres cieux excellent. Une lecture de cette situation pousse à conclure que si ces mêmes filles attendent de partir pour exploser c’est bien parce que le niveau n’est pas exigent. Quand elles sortent et puis elles sont face à la concurrence, elles élèvent le niveau de jeu et deviennent meilleures. Nous pouvons citer l’exemple de Célia qui évolue aux Etats-Unis et qui fait partie des 5 majeurs du club, on a deux joueuses qui évoluent en Algérie, deux en Côte d’Ivoire, une au Niger, une au Sénégal et même une au Japon. Les moyens pour les faire toutes venir peuvent manquer mais le potentiel existe. Nous avons les moyens pour révolutionner les choses. C’est pour cela que nous disons que 2016 sera notre année.

Nous sommes en année électorale pour les structures sportives. Vous aviez pris des coups au point qu’on peut vous demander si vous avez encore la volonté de poursuivre l’aventure ?
Les coups font partie de la vie. Celui ou celle qui ne veut pas en recevoir doit rester un simple anonyme. C’est dans les coups qu’on avance. Celui qui t’en donne peut-être veut te réveiller, te pousser à aller encore au-devant. Moi j’évolue dans un domaine où la compétitivité est permanente. Il faut toujours se surpasser. Pour tout vous dire, je ne sais même pas que je reçois des coups. Moi j’ai géré une fédération pendant un mandat. Au terme, je dresse le bilan. C’est aux délégués d’apprécier. S’ils pensent que je peux poursuivre, ça viendra d’eux. Mais au cas échéant, je ne suis pas attaché à un poste. J’ai posé des actes, j’assume n

ITW réalisée par J J Traoré


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