Recadrer le CSC, une urgence nationale

Publié le dimanche 20 mars 2016

Si l’intention était de faire passer l’idée que les animateurs de L’Evénement sont des hors la loi nullement préoccupés par la paix et la sécurité nationale, eh bien c’est raté. En traitant des poudrières du Burkina, sujet qui nous vaut l’ire du CSC, nous étions conscients de toucher là à un sujet délicat. On peut discuter de la pertinence de notre choix. Nous n’avons jamais du reste cherché à faire l’unanimité autour de nos options éditoriales, pas plus que nous n’avons considéré que les sujets que nous traitons suscitent le même intérêt chez tous les Burkinabè. En traitant des poudrières du Burkina, nous étions conscients de toucher à un sujet sensible. Mais contrairement à ce que pense le CSC et avec lui quelques militaires, pas tous (il y en a parmi eux et de très grands qui n’approuvent pas la mauvaise querelle que nous est faite), nous nous sommes appliqués à observer une ligne rouge, celle que nous dicte à chaque fois notre conscience de professionnels de l’information, au regard de ce qu’il est convenu d’appeler la responsabilité sociale du journaliste. Il n’y a que pour des ignorants (de bonne foi) que notre production pose problème.
A l’heure où plus de deux milliards des habitants de la planète ont leurs domiciles cartographiés au millimètre près, l’information livrée par notre journal apparait comme un secret de polichinelle pour tous ceux que l’information à caractère militaire intéresse. C’est seulement au bon peuple que l’on cherche à cacher la vérité sur notre armée. Si des gens ont pu quitter la Côte d’Ivoire pour venir attaquer Yimdi, c’est qu’il y a un réel problème dans notre armée. Faire croire que ce sont les journalistes de L’Evénement qui jettent notre armée en pâture est une vaine fuite en avant. Que des militaires veuillent cacher leurs faiblesses en faisant de la diversion est à la fois compréhensible et humain.

«  La régulation demande de la part de ses animateurs, une grande ouverture d’esprit, une éducation aux médias et une bonne compréhension du droit de la presse. Les Burkinabé doivent se réapproprier cet instrument des libertés qu’est le CSC, aujourd’hui en déshérence. »

Ce qui est par contre inacceptable, c’est quand l’institution chargée de veiller à l’exercice plein et entier des libertés en matière de presse se méprend aussi lourdement sur son rôle. Il est triste de voir notre gardienne des libertés se comporter en appendice de l’armée. Incapable de fournir la base légale de la sanction prise contre notre organe, le CSC s’est illustré de la pire des manières en reprenant la rengaine des militaires sur le prétendu viol de «  secret militaire  ». Quand le juge demande sur quoi se fonde ses certitudes, la réponse du CSC est affligeante : ce sont les militaires qui le disent pourquoi n’allons-nous pas les croire. Une croyance manifestement aveugle qui nous a valu une mise en demeure lorsque nous avions traité d’une question sociale se rapportant à notre contingent militaire à Bissau. Il apparait donc clairement que nul ne peut avoir raison devant le CSC quand il s’agit de militaires. Dans notre cas il faut ajouter les banquiers. Demain ce sera peut-être le gouvernement ou toute autre corporation… puissante. Eh bien, voilà le type de régulation qui nous est servie par le CSC. Consternant !
Les hommes et femmes du CSC ont en outre un credo qu’ils chantent à tort et à travers au fil des auditions : l’équilibre dans le traitement de l’information ! Une conception dramatiquement restrictive. L’équilibre en journalisme c’est le respect du principe du contradictoire qui, en droit a été érigé en principe général.
En journalisme, une série de dispositions comme le droit de réponse, le droit de rectification participent de cet équilibre recherché. On ne peut sanctionner un journal sur le simple fait que dans un article tous les acteurs n’ont pas été entendus. Le CSC doit s’affranchir de cet obscurantisme intellectuel ambiant. La régulation demande de la part de ses animateurs une grande ouverture d’esprit, une éducation aux médias et une bonne compréhension du droit de la presse. Les Burkinabè doivent se réapproprier cet instrument des libertés qu’est le CSC, aujourd’hui en déshérence. C’est un combat de principe auquel les journalistes en particulier, doivent impérativement s’atteler !


Commenter l'article (0)