Campagne Contre l’Hépatite B : Une offensive de médecins bénévoles

Publié le jeudi 3 mars 2016

C’est sous la présidence du docteur Kam Madibélé, médecin pédiatre que le Centre pour la promotion de la vaccination lance une offensive contre l’hépatite B, une pathologie fortement présente au Burkina. Le docteur Kam nous explique ce que c’est que cette pathologie.

Evé : Docteur, pouvez nous dire ce que c’est que l’hépatite ?
Docteur Kam : Les hépatites globalement sont des pathologies infectieuses qui attaquent le foie. Ça fait une inflammation au niveau des cellules du foie et ça peut lui créer des dommages. Donc nous avons ces hépatites infectieuses et celles qui ne sont pas forcément liées à des infections notamment l’hépatite alcoolique qui existe. Mais ce qui nous intéresse ce sont les hépatites infectieuses comme l’hépatite A, l’hépatite B, l’hépatite C, ou l’hépatite delta.

Votre Centre ne s’intéresse qu’à l’hépatite B. Pourquoi ce choix ?
Ce choix est guidé par le fait que cette hépatite est plus répandue dans notre contexte de travail. Nous avons une forte prévalence de l’hépatite B au Burkina dont environ 10 à 12 % de la population infectée. Ensuite, c’est l’hépatite où la prévention existe. Ce n’est pas forcément le cas pour les autres hépatites. Et certaines d’entre elles sont moins dangereuses comme l’hépatite A qui n’évolue pas vers des situations chroniques. L’hépatite C peut évoluer vers des situations chroniques mais elle est très peu fréquente dans notre pays qui s’évalue autour de 1 ou 2%.

Un problème de santé publique, avez-vous dit ?
Je parlais tantôt de la prévalence qui est très élevée. Vous savez, il y a des normes au niveau international qui classent les pays au-dessus de 8% comme étant des pays à très haut niveau par rapport à la pathologie. Et le Burkina est effectivement au-delà de 8%. Dans nos statistiques par rapport aux activités que nous menons, nous avons autour de 10% de taux de prévalence de l’hépatite B.

Comment la maladie se manifeste-t-elle ? C’est quoi les symptômes ?
La question symptomatique est assez compliquée parce que c’est une maladie qui a ce qu’on appelle des symptômes assez polymorphes. Donc, il y a plusieurs cas de figure. Cela veut dire qu’on peut être infecté de l’hépatite B et ne faire aucun signe particulier. Et c’est une situation assez fréquente. Nous avons beaucoup de porteurs chroniques de l’hépatite B qui n’ont aucune manifestation particulière. Ce n’est que lors d’un dépistage systématique qu’on peut savoir qu’on est porteur de l’hépatite B. Donc, certaines personnes peuvent développer certains signes cliniques qui peuvent être des douleurs au niveau du flanc droit, des parties où il y a des grattages. Nous avons également la coloration des yeux qui peut devenir jaune.

Comment s’infecte-t-on de l’hépatite B ?
L’hépatite est une des pathologies les plus contagieuses qui soit. Il faut noter que l’hépatite B est 50 à 100 fois plus contagieuse que le VIH.

Le VIH Sida ?
Exactement. Les voies de contamination de l’hépatite B sont la voie sexuelle. Il faut noter aussi que tous les fluides corporels sont contaminants à moindre degré certes, mais ils sont contaminants. On peut citer la sueur, la salive et comme je l’ai dit à un moindre degré. Donc ça veut dire que le partage par exemple des mêmes objets dans la famille peut être cause de contamination de cette maladie. Quand un membre de la famille est infecté, les autres sont d’une certaine manière exposés parce qu’il y a énormément de partage qui se fait dans une famille.

Si je vous suis bien, on peut être porteur de l’hépatite B sans le savoir ?
Tout à fait, l’hépatite B on peut le porter sans le savoir. Et c’est là où réside tout le danger parce que la maladie peut évoluer à bas bruit jusqu’à atteindre une situation de non-retour. Parce que lorsque ça évolue vers des cirrhoses de foie ou vers des cancers du foie, en ce moment ça devient assez difficile de proposer une prise en charge. Donc la politique qui consiste pour certains de ne pas vouloir savoir est une politique dangereuse parce que par rapport à l’hépatite B lorsqu’on commence à atteindre les cancers en réalité il n’y a plus grand-chose à faire, pourtant si on le savait au départ il y a des possibilités d’accompagnement pour éviter que l’agression du foie soit telle qu’il ne soit détruit et qu’on arrive à des situations de cancer.

Comme vous le dites, l’hépatite B est une maladie très dangereuse mais aussi très méconnue dans notre pays, est-ce que votre champ d’action ne se limite qu’à la vaccination ?
On essaie de faire de la sensibilisation à la limite de nos moyens. Donc lorsque nous organisons des campagnes de vaccination, nous commençons avec un mois d’information et de sensibilisation sur l’hépatite B. Cette sensibilisation se fait essentiellement à travers les médias, des conférences-débats, on partage également des dépliants et nous avons également les membres de notre équipe qui sont disposés à répondre au maximum de questions par rapport à l’hépatite B. De façon permanente au siège de notre structure nous disposons des dépliants pour tout passant.

Pour revenir sur la campagne dont l’une est en cours actuellement, quelle est sa périodicité ?
Il faut savoir qu’on se protège de l’hépatite B après trois injections. Les deux injections espacées d’un mois et la troisième se fait cinq mois après la deuxième injection. Donc, en fonction des zones et de notre capacité de mobilisation on essaie d’aller dans les régions où nos moyens le permettent. Voilà un peu la réalité. Et chaque campagne prend environ 6 mois mais lorsque nous allons sur un terrain et que nous commençons la campagne, nous n’attendons pas l’aboutissement des 6 mois avant de commencer sur un autre terrain. Il arrive des fois où nous avons deux campagnes simultanément donc sur deux terrains différents. L’idéal aurait été d’avoir les possibilités d’organiser plusieurs campagnes à la fois pour pouvoir avoir un impact réel au plan national.

Avez-vous les ressources humaines disponibles pour être opérationnel sur toute l’étendue du territoire ?
Au niveau de l’équipe, le problème ne se pose pas en termes de ressources humaines parce que nous sommes une association assez âgée qui a environ 160 membres. Donc le problème ne se pose pas en terme d’effectif et de la capacité de l’équipe mais c’est surtout un problème matériel et financier pour pouvoir étendre ces actions.

Est-ce qu’il y a de l’affluence à cette campagne ?
Affluence ! Tout dépend de comment l’information est passée. Les gens sont vraiment concernés par l’hépatite B chacun ayant probablement dans la famille, un voisin qui a eu des problèmes avec la maladie. Donc quand l’information passe les gens se mobilisent pour venir à la campagne de vaccination. A titre d’exemple, à Ziniaré lorsque nous avons organisé notre campagne avec la forte participation des structures de santé locales nous avions autour de 240 personnes qui ont participé au dépistage.

La campagne ne se limite donc pas à Ouagadougou ?
Tout à fait. Nous essayons d’étendre notre activité avec justement l’accompagnement du ministère de la santé qui n’a ménagé aucun effort pour nous appuyer sur le plan technique. Donc nous essayons d’aller un peu partout dans les provinces… Au fur et à mesure nous espérons qu’un jour nous pourrons couvrir tout le Burkina.

Quand vous dépistez l’hépatite B chez une personne, est-ce que vous intervenez également dans le traitement ou dans sa prise en charge ?
Une chose est de dépister, mais l’autre chose également est d’accompagner dans la prise en charge. Actuellement quand nous dépistons, nous orientons les patients auprès de médecins gastrologues, de médecins infectiologues et de médecins généralistes qui les accompagnent dans la prise en charge. Mais actuellement nous sommes en train de réfléchir sur la production de documents qui seront validés certainement par des personnes habilitées qui pourraient aider à ce que la prise en charge commence partout où les personnes se trouveront au Burkina Faso parce que ce n’est pas évident de dépister à Falangountou et que le patient se déplace jusqu’à Ouaga pour un accompagnement. Certaines choses peuvent être faites au niveau des médecins sur place et nous sommes en train de produire un document de consensus qui pourrait être validé par les spécialistes du domaine pour que la prise en charge soit faite jusqu’à un certain niveau et que lorsqu’il y a des éléments de complication qu’on puisse se référer au gastrologue, au médecin infectiologue.

On constate que vous travaillez avec des moyens limités, quel peut être l’apport des bénéficiaires de cette campagne ?
Vous avez raison, effectivement les moyens sont limités de telle sorte que nous sommes obligés de faire en sorte que les bénéficiaires contribuent. C’est ainsi qu’on est obligé d’instituer des coûts à certaines activités notamment le dépistage que nous arrivons à faire. Nous avons une participation financière de la population et pour les vaccins qui sont achetés, là également nous demandons une contribution. En moyenne c’est 2 000f CFA qui est demandé pour le dépistage et autour de 7 500f pour la vaccination pour ce qui est des personnes adultes de 16 ans et plus. 4 500 pour ce qui est des enfants de 15 ans et moins.

Ces différents coûts couvrent-ils les trois doses de vaccination ?
Nous nous donnons les moyens lorsque nous allons sur un site pour la première vaccination. Nous donnons les possibilités de repartir pour la deuxième dose et la troisième dose. Donc ça se fait toujours là où ça commencé.

Et comment faites-vous pour retrouver ceux que vous aviez vaccinés pour leur administrer les autres doses ?
Il faut dire que pour une traçabilité fiable, toutes les personnes qui sont vaccinées sont enregistrées sur notre base de données avec les contacts et donc surplace ces personnes reçoivent des carnets de vaccination avec le vaccin noté dessus ainsi que le lot du vaccin. Et lorsque nous partons pour les autres doses, ces personnes sont toutes appelées pour leur donner rendez-vous pour la deuxième et ou la troisième dose.

Mais en dehors des campagnes, est-ce qu’il y a des possibilités pour bénéficier de votre service de vaccination ou de dépistage ?
En dehors de la campagne, on peut se faire dépister et/ ou vacciner au siège de l’association tous les jours ouvrables de 08h à 13h et tous les samedis de 08h à 18h.

Pour conclure ?
Il est important que les gens s’intéressent à se faire dépister de l’hépatite B parce que se dépister c’est un acte de responsabilité. Une fois qu’on est dépisté, qu’on connait son statut par rapport à l’hépatite B si on est négatif on se vaccine on est protégé parce qu’il y a énormément de contexte où on peut s’infecter au Burkina. Et quand on est positif on prend des mesures pour éviter des situations compliquées. En même temps on fait le nécessaire au niveau de sa famille pour protéger ses membres. Tout le monde est concerné par l’hépatite B n

Entretien réalisé par Hamidou Traoré


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