Moumouni Boly : Exproprié de sa parcelle, il « erre dans la nature » avec ses 3 femmes et ses 16 enfants depuis 2 ans

Publié le jeudi 3 mars 2016

«  Je demande au gouvernement de m’aider. Je demande à la justice de m’aider. Cela fait deux ans que j’erre dans la nature avec mes 3 femmes et mes 16 enfants. Nous ne survivons que grâce à de bonnes volontés. Je n’ai pas volé. Ça m’appartient. On m’a fait la force…  »

C’est le cri de désespoir de Moumouni Boly, habitant de Rambo/Foulbé dans la province du Yatenga. Nous l’avons reçu le 3 février dernier à notre rédaction. Il dit avoir emprunté une compagnie de la place avec tout l’argent qui lui restait «  juste pour venir demander au journal L’Evénement d’être sa voix auprès du gouvernement et de la justice  ». Dans ses mains, son ticket aller-retour, le dossier de sa parcelle, sa pièce d’identité et ses deux téléphones. Son accoutrement en dit long sur ses conditions de vie misérable. Ayant passé la nuit du 2 au 3 février à la belle étoile dans le quartier Laarlé, il a parcouru au moins 4 kilomètres à pied pour rallier le siège de L’Evénement situé aux 1200 logements. L’épuisement et le désespoir se lisaient sur son visage. «  C’est la deuxième fois que je viens », nous fait-il savoir. La première fois c’était en mars 2015.
Voici un extrait de ce qu’il a confié à l’époque dans notre numéro 299 du 10 mars : « (…). Pendant les opérations de lotissement … nous avons formulé des demandes de parcelles et nous avons été attributaires, mes petits frères et moi. Lorsqu’on nous donnait les parcelles, la décentralisation n’était pas encore en application. C’était plutôt les préfectures qui étaient en charge des lotissements. Avec la communalisation, quand le maire est arrivé, il a retiré ma parcelle pour la donner à un certain Tidiane. (…). Je suis allé expliquer l’affaire au préfet. Il m’a demandé si j’avais les papiers de la parcelle. J’ai dit oui. Il a pris mes papiers et a dit qu’ils sont en règle et qu’il n’y a pas de raison qu’on veuille retirer ma parcelle. (…). Lorsque je suis parti, le préfet les as rencontrés (Ndlr : les éléments de la partie adverse). Ces personnes lui ont dit qu’ils savent bien que c’est ma parcelle mais elles ont décidé d’y construire. Pourquoi, leur demanda le préfet, alors que vous n’avez pas de papiers ? Elles ont fait savoir au préfet que c’est leur canton et pour cela elles n’ont pas besoin de papiers pour construire. (…).  »
Ayant saisi la justice pour être rétabli dans ses droits, Moumouni Boly a dû s’enfuir du village pour sauver sa vie mais tous ses commerces ont été détruits et ses biens pillés. L’affaire a été jugée en premier ressort par le tribunal de grande instance de Ouahigouya. La décision, rendue le 21 mars 2014 lui a donné raison et ordonné «  l’expulsion de Ouédraogo Tidiane, tant de sa personne de ses biens que de tout autre occupant de son chef sur la parcelle numéro 06 du lot 14 de la section AI, d’une superficie de 500 mètres carrés sis dans la commune de Rambo  ».
Au jour d’aujourd’hui, non seulement Tidiane Ouédraogo n’a pas respecté la décision de justice mais aussi il a contraint Moumouni Boly à s’exiler dans un autre village où il doit sa pitance, celle de sa famille et la scolarité de 13 de ses enfants à des personnes généreuses. Aux dires de ce dernier, ce qui lui restait a été saccagé le 19 janvier passé. La misère, Moumouni Boly la vit. Au moment de prendre congé de nous, nous avons dû lui trouver de quoi se restaurer avant de reprendre son car.
Affaire à suivre.

Gaston Bonheur SAWADOGO


Commenter l'article (0)