UA /CPI : Contrer la forfaiture des chefs d’Etat africains

Publié le jeudi 3 mars 2016

Les chefs d’Etat ont ressorti la vieille rengaine sur la CPI à l’occasion du 26e sommet de l’Union africaine tenu à Addis Abeba du 30 au 31 janvier dernier. Depuis que la Cour s’est intéressée aux Kenyans Uhuru Kenyatta et William Ruto et à l’Ivoirien Laurent Gbagbo, il y a comme un vent de panique au sein de l’Union africaine. Tout se passe comme si s’attaquer à des hauts dignitaires africains était un crime de lèse-majesté. Après avoir couvert d’opprobre la CPI en la taxant de raciste ou encore d’instrument impérialiste, voici que des chefs d’Etat font campagne pour le retrait pur et simple des pays africains de cette Cour. Qu’un syndicat de chefs d’Etat en veuille à la Cour pourrait être à la limite normale si ces derniers n’étaient les représentants de leurs peuples. En revanche, que des citoyens africains embouchent la même trompette que ces hommes poursuivis en raison des tragédies qu’ils ont causé à leurs peuples est tout de même navrant. Il est bon de rappeler que les peuples africains ont été particulièrement actifs à travers des structures citoyennes et notamment la coalition pour la CPI qui regroupe plus de 2000 organisations de la société civile, pour accompagner le processus d’élaboration, d’adoption et de mise en œuvre du fameux statut de Rome qui a donné naissance à la CPI. Halidou Ouédraogo, icône nationale des droits de l’homme, à l’instar de nombreux autres africains issus de structures citoyennes se sont particulièrement investis pour que cet instrument voit le jour et surtout pour qu’il prenne en charge les violations massives des droits humains qui ont cours sur le continent africain. Faut-il le rappeler, l’Afrique s’est illustrée et continue de s’illustrer comme le continent de l’impunité. Le Burundi en est un exemple récent et patent de cette incapacité des pouvoirs africains à enrayer le phénomène de l’impunité. Et justement le statut de Rome fonctionne selon le principe de subsidiarité.

«  Le discours africain contre la CPI n’est ni anti-impérialiste ni nationaliste. Il s’agit d’une infâme escroquerie destinée à couvrir et donc à perpétuer l’impunité des crimes sur le continent. Les peuples africains et surtout leurs organisations représentatives ne doivent pas se laisser abuser par les discours soporifiques de prétendus leaders accrochés à leurs intérêts égoïstes.  »

Ce sont les défaillances des juridictions nationales qui fondent précisément la légalité des recours à la CPI. Il faut bien qu’il y ait un mécanisme de recours juridictionnel, une sorte de dernier rempart, pour sauver les peuples des génocides des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. L’argument selon lequel la trentaine de dossiers pendants à la CPI sont tous africains ne saurait prospérer. Il ne prend pas en compte l’intérêt des victimes, car ils n’ont pas d’autre choix. Et il pose mal le problème de l’incapacité de la CPI à protéger tous les peuples de manière égale. Il est certes déplorable que la CPI ne puisse rien faire contre les crimes commis par l’Etat hébreu à l’encontre du peuple de Palestine, ou encore les crimes commis par les yankees comme en Irak. Toutefois la solution à cette impuissance de la CPI n’est certainement pas pour les pays africains de se retirer, mais plutôt de la renforcer, afin qu’elle ait la crédibilité et les moyens d’aller toujours plus loin. En effet, les moyens de la CPI, ce sont en effet ceux que les Etats acceptent d’y mettre (matériels, financiers, diplomatiques, militaires et sécuritaires etc…)
Le discours africain contre la CPI n’est ni anti-impérialiste ni nationaliste. Il s’agit d’une infâme escroquerie destinée à couvrir et donc à perpétuer l’impunité des crimes sur le continent. Les peuples africains et surtout leurs organisations représentatives ne doivent pas se laisser abuser par les discours soporifiques de prétendus leaders accrochés à leurs intérêts égoïstes. L’heure doit être à l’intensification de la campagne d’adhésion des pays africains à la CPI. Seuls 24 sur les 54 que compte l’union africaine sont actuellement parties au Traité. Une vingtaine d’Etats restent toujours à la marge.
C’est le 16 avril 2004 que le Burkina a déposé son instrument de ratification aux Nations unies, devenant le 93e Etat partie à la CPI et le 23e pays africain à accepter la compétence de la Cour. Les Burkinabè attendent du gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré non seulement qu’il se démarque des sirènes hostiles à la CPI mais mieux qu’il en soit un des meilleurs défenseurs.

Par Germain B. Nama


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