Gilles Thibault, ambassadeur de France au Burkina : « Il n’y a pas de guerre de communication entre les autorités burkinabè et moi »

Publié le jeudi 18 février 2016

Ce qui suit est une interview que l’ambassadeur Gilles Thibault a accordée à nos confrères de la radio Ouaga FM. Elle porte sur les attaques terroristes perpétrées à Ouagadougou le 15 janvier 2016. Au regard de la pertinence des points de vues qu’il défend nous avons décidé de le partager avec nos lecteurs. Lisez plutôt !

Quelle a été la contribution de la France dans le dénouement de la crise liée aux attaques terroristes dont a été victime le Burkina Faso ?
C’est une contribution qui a été importante, bien entendue, en appui des forces de défense et de sécurité burkinabè, avec l’aide également des militaires américains et dans un second temps, presqu’en même temps, un appui de la France via des pompiers qui étaient en mission ici, via également le centre médical international. Et puis très vite toutes ces personnes ont été rejointes par des policiers, des gendarmes, des enquêteurs venus de Paris. Je crois qu’ils sont venus à 17. Il y a également des enquêteurs du FBI qui sont là je crois, qu’il y a eu aussi des Canadiens sur le terrain très vite. Il y a eu la mobilisation d’un nombre important d’hommes et de femmes, d’abord des Burkinabè parce qu’on est au Burkina pour sauver d’autres hommes et d’autres femmes et moi en tant qu’ambassadeur de France, je ne peux que saluer la mobilisation des autorités burkinabè, de tous les Burkinabè sous l’uniforme, dans les services de santé qui étaient sur le terrain avec les personnes que j’ai citées précédemment.

On a beaucoup parlé de soldats français venus du Mali. Est-ce que vous le confirmez ou bien c’est uniquement les soldats qui sont stationnés au Burkina Faso qui sont intervenus ?
Le détachement français qui a intervenu est le détachement qui se trouve ici, et qui se trouvait, pour certains d’entre eux en opération au Mali. Voilà ce que je peux dire.

Il y a également cette guerre de communication entre vous et les autorités burkinabè, tout d’abord on est parti des djihadistes qui ont été tués. Les autorités burkinabè ont fait cas de la présence de femmes et vous avez démenti.
Evidemment, il n’y a aucune guerre de communication entre qui que ce soit. Il y a des gens, comme je l’ai dit, mobilisés sur un même objectif, c’était d’abord de sauver des vies, de réduire les postes de résistance des terroristes et ensuite de sauver la vie aux blessés et de s’occuper des différentes personnes traumatisées dans ce cadre-là. Vous n’imaginez pas une seule seconde qu’il y ait de rivalités. Là où on peut parler effectivement de guerre même si je n’aime pas ce terme, c’est entre le camp de la liberté auquel appartient la France, le Burkina Faso, et les Etats-Unis aussi et d’autres, et ceux qui sont, je n’aime pas utiliser ce terme non plus, qui sont des barbares. Il n’y a eu du tout un problème. C’est simplement une gestion à chaud au cœur de l’action par les autorités burkinabè totalement mobilisées moi également, à un certain moment je savais mais les autorités burkinabè l’ont su comme moi qu’effectivement il n’y avait pas de femmes parmi ceux qui avaient été abattus. Il y avait trois hommes, j’ai essayé d’avoir les autorités gouvernementales qui étaient comme moi totalement mobilisées en ce moment-là et je l’ai dit pour éviter que la rumeur gonfle sur les réseaux sociaux et ensuite sur les médias. C’était une information clé et c’était normal que je le dise parce qu’en ce moment je n’arrivais pas avoir les personnes avec qui je parlais toute la nuit, je veux dire le Président du Faso, le Ministre d’Etat, le ministre des affaires étrangères, le garde des sceaux dont je veux aussi saluer la mobilisation exemplaire, d’une certaine façon, ils ont connu leur baptême de feu et je l’ai dit d’ailleurs à mes collègues de la communauté internationale et devant tous les ministres, ils ont été plus qu’à la hauteur.

Un autre point c’est le tweet que vous avez eu à faire par rapport à l’arrivé du Premier ministre français Manuel Valls à Ouagadougou. Déjà Manuel Valls qui a semé le doute dans la tête des Burkinabè parce que devant l’Assemblée nationale française il a fait cas de 3 terroristes qui sont dans la nature, une information qui du reste n’a jamais été communiquée au plan local.
Oui, il n’y a pas de buzz en réalité que pour ceux qui ne sont pas dans l’action. Le Premier ministre français s’est exprimé sur la base des premières informations qui remontaient du Burkina Faso et également les différents médias qui étaient là lui ont posé une question à l’Assemblée, il faudrait surtout réécouter et lire tout ce qu’il a dit et ne pas se focaliser sur ce point qui compte tenu des circonstances revêt un caractère polémique inutile. Il y a des femmes et des hommes qui sont décédés, il y a des femmes et des hommes qui sont blessés, il y a des femmes et des hommes qui se sont engagés pour les sauver et ça n’a pas de sens de mettre en avant la parole d’une personne qui réagit à chaud à une question qui lui a été posée à un moment donné sur la base des informations qu’il détient. Pas de polémiques. La situation est claire au jour d’aujourd’hui puisque la seule personne compétente, habilitée à communiquer, qui sait ce qui se passe c’est madame le procureur du Faso.

Vous n’avez rien sur l’arrivée de Manuel Valls au Burkina Faso. Il viendra ? C’est confirmé ? C’est quand ? D’où vient cette polémique parce que le ministre de la communication a donné une date et sur votre Tweet, vous avez dit correctif.
Oui ce n’était pas absolument le terme correctif qu’il fallait lire, il faut le lire dans ce qu’il était. C’était une précision parce qu’effectivement il faut toujours mettre mes choses dans leurs contextes (…), nous sommes encore dans le feu de l’action, le cabinet du Premier ministre m’a appelé en me disant qu’il venait en me donnant probablement la bonne date, je crois qu’elle était encore en définition, et dans mon esprit c’est un appel très tard le soir et aussitôt après j’ai d’autres appels et j’ai pensé que c’était ce samedi. Je l’ai dit aux autorités, je suis allé trop vite et là encore ce qui est important c’est la solidarité manifestée entre les uns et les autres, les réactions extrêmement rapides du Président Hollande qui appelle le Président Kaboré, du Premier ministre, du ministre des affaires étrangères françaises, du Président Hollande qui ont déjà écrit à leurs homologues pour leur présenter leurs condoléances. Ce qui compte effectivement c’est pour la première fois depuis très longtemps, le Premier ministre français va se rendre en visite au Burkina Faso.

Finalement ce n’est pas ce samedi mais samedi prochain (du 30 janvier 2016) ?
Je suis allé trop vite dans un premier temps, vous avez compris que ça pouvait être un samedi. Vous avez probablement raison.

Un mot sur ce que demandent certaines ONG au Burkina Faso le départ des soldats français. A votre niveau est-ce que vous étudiez sérieusement cette question ?
Cette question qui est très minoritaire mérite d’être posée. Elle ne peut pas être posée aujourd’hui.

Retranscrit par Basile W. SAM

Les Etats-Unis aux côtés de l’armée du Burkina Faso

Dans un entretien accordé à L’Evénement le jeudi 21 janvier 2016 dans l’enceinte de l’ambassade américaine à Ouagadougou, madame Brenda Soya, directrice de la diplomatie publique a confirmé la présence de militaires américains aux côtés des militaires burkinabè et français lors de l’assaut lancé sur le Splendid hôtel dans la nuit du 15 au 16 janvier. Il s’agissait a-t-elle dit d’une opération de «  récupération  » des personnes bloquées à l‘intérieur de l’hôtel et de «  sécurisation  » de la zone de l’attaque djihadiste. Elle a ajouté qu’un appui aérien a été apporté dans le but de fournir des renseignements sur les mouvements des assaillants. «  Actuellement, nous avons des éléments du FBI qui aident dans le cadre des enquêtes  » ajoute la directrice de la diplomatie publique de l’ambassade des Etats-Unis.
L’apparition des mouvements djihadistes a entrainé le renforcement de la coopération militaire américaine au Burkina. Selon certaines informations les Etats-Unis disposent depuis 2007 d’une base militaire à Ouagadougou d’où partent des avions de surveillance de la zone sahélienne où sévissent les groupes djihadistes (Mali, Mauritanie, Sahara etc…) «  Une de nos principales missions en tant qu’ambassade, affirme Brenda Soya, est de renforcer la sécurité régionale et cela va de la formation des militaires à l’aide des organisations locales qui tentent de prévenir le terrorisme. Notre coopération militaire est très forte. L’an dernier, nous avons fourni de l’aide en équipements et plusieurs formations.  » En effet, plusieurs programmes de coopération sont en cours en matière de renforcement des capacités des militaires africains. C’est le cas notamment du programme ACOTA (African contingency operations, training and assistance program) qui porte sur la formation en maintien de la paix, le programme IMET (Military and Education Training Program) ou encore le PSI qui est le programme d’assistance militaire pour le Sahel. Il faut enfin noter que des formations sont données à la garnison de Bobo-Dioulasso aux éléments des contingents en mission au Mali ou au Darfour. La multiplication des incursions djihadistes au Burkina Faso et notamment aux frontières du Mali de la Côte d’Ivoire et du Niger signe définitivement l’entrée du Burkina dans les pays-cibles du terrorisme. Toutes choses qui justifient par ailleurs son entrée dans le G5 du Sahel.

GBN


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