Sous la férule du terrorisme djihadiste

Publié le jeudi 18 février 2016

L’attaque du Splendid Hôtel a surpris, alors qu’elle était prévisible depuis les alertes au Nord avec le rapt de Tambao, l’attaque d’Oursi et Samorogouan à l’Ouest. Ce samedi 16 janvier, Ouagadougou s’est réveillé complètement groggy après une nuit d’insomnie, troublée par moments par des détonations. Dans sa déclaration à la Nation suite à l’attentat, le président du Faso, Roch Marc Kaboré invite les Burkinabè à intégrer désormais la donne terroriste dans leur quotidien. Les Burkinabé sont-ils prêts à se plier aux exigences qu’impose la situation ? Il y a incontestablement un prix à payer. Le quinquennat de Roch s’annonce plus compliqué que prévu.

2016 s’annonce déjà comme une année difficile au plan sécuritaire. Trois attaques terroristes dans la même journée du 15 janvier. Dans l’après-midi aux environs d’Ina Bao (province de l’Oudalan), attaque djihadiste contre une patrouille de gendarmerie. Bilan, 2 morts et deux blessés dont un dans un état critique. A 19H30 dans la soirée, le café-restaurant Capuccino était la cible d’un commando de trois hommes. Les clients attablés sur la terrasse et à l’intérieur du restaurant sont surpris par des salves de kalachnikov. L’Hôtel Splendid situé de l’autre côté de la rue est également pris pour cible. Les terroristes prennent le contrôle de tout le périmètre allant de ces deux établissements au maquis Taxi brousse juste à côté de l’hôtel Yibi. Ils y sèment la terreur une bonne partie de la nuit. Pendant ce temps à quelque 300 km de Ouagadougou, précisément à Djibo, un couple d’autrichiens établis dans cette ville depuis 1972 est enlevé aux environs de 2 heures du matin.
Alors que l’opération de Ouagadougou est revendiquée par Aqmi, celle de Djibo est signée Ançar dine. Trois opérations en l’espace de 24 heures avec un bilan extrêmement lourd : 29 morts et une soixantaine de blessés. Pour Roch Marc Christian Kaboré fraîchement installé au palais de Kosyam, le quinquennat démarre dans le sang. Si ce n’est un message ça y ressemble. Entre ces événements du 15 janvier et les échanges téléphoniques entre Soro et Bassolet, le lien est vite établi par certains burkinabé. Si on n’a pas pu empêcher l’arrivée de Roch au pouvoir, il faut lui compliquer les choses pour l’obliger à mettre la pédale douce pensent-ils. Que ces attaques soient intervenues au moment où on parle de mandat d’arrêt international contre Blaise Compaoré et Soro ne serait pas fortuit. Si les Burkinabè ont réussi à chasser Blaise, à capturer le général Diendéré et à démanteler le RSP, il reste que 27 ans de pouvoir confèrent de la capacité de nuisance bien au-dessus de tout soupçon. Et il faudra désormais compter avec. Roch qui a bien compris le message invite les Burkinabè à se « mobiliser pour apporter la riposte appropriée… dans l’unité et la cohésion nationale. C’est bien ce message qu’a repris Simon Compaoré devant le BEN du MPP le samedi 16 dernier qui n’a pas fait mystère sur les commanditaires de ces attaques qui surviennent en cascade. Pour lui ces hommes agissent pour le compte de certains dignitaires de l’ancien régime. Certes, il n’en a pas donné les preuves mais en tant que premier sécurocrate du pays, on imagine qu’il sait de quoi il parle.

Quelles réponses à la menace terroriste ?
Jusque-là le Burkina ne faisait pas partie des premières cibles de l’islamisme sahélien à l’instar du Mali, du Niger, du Nigéria ou du Tchad. Pendant longtemps notre diplomatie a semblé donner dans la complaisance avec les djihadistes depuis que Blaise Compaoré s’est découvert une âme de médiateur. Durant ces deux dernières décennies, il a en effet joué les missi dominici dans les conflits touaregs du Niger et du Mali, au point d’apparaître parfois, particulièrement en ce qui concerne le Mali, comme faisant partie du problème. Cette posture singulière du Burkina a sans doute été une des raisons fondamentales pour laquelle le terrorisme est resté à la lisière de nos frontières. Depuis 2015 la donne a changé. Les djihadistes maliens ont perdu leur parrain Blaise et Ouagadougou ne semble plus réserver à ses hôtes d’hier ni le même accueil, encore moins la même hospitalité. Nombre d’entre eux sont partis vers des cieux plus cléments. Il n’y a donc plus aucune raison objective pour que le Burkina échappe à la stratégie d’expansion du djihadisme, d’autant que ce pays abrite les bases «  ennemies  » d’où français et américains lancent des opérations parfois conjointes dans le Sahel contre des cibles terroristes. A cela s’ajoute le fait que le Burkina s’est clairement inscrit dans le G5 Sahel. Il aurait le contingent le plus important au sein de la MINUSMA. Les jeux sont donc clairs. Frapper des cibles au Burkina procède aujourd’hui de la légitimité terroriste. Le Burkina est d’ailleurs depuis quelques années engagé dans une logique de protection et de défense de son territoire. Les garnisons de Kaya, de Ouahigouya et de Dédougou ont reçu pour mission de se projeter dans l’Ouest et le septentrion, c’est-à-dire là où la menace est la plus crédible. Mais l’efficacité de la couverture sécuritaire du pays se trouve remise en question par les attaques terroristes de ces derniers mois. Elles ont mis en relief les failles à la fois du renseignement et de la logistique. A chaque fois les djihadistes ont frappé à nos frontières par surprise et ont pu replier sans coup férir. L’attaque de Ouagadougou est assez singulière en ce qu’elle pose un problème supplémentaire. Comment le commando a pu pénétrer au Burkina, si tant est qu’il vient d’un pays étranger comme peuvent le laisser penser les immatriculations de leurs véhicules et progresser jusqu’à Ouagadougou avec armes et bagages ? La réponse à cette question pourrait être trouvée dans les aveux des membres survivants du commando s’il s’en trouve. Mais la question inspire une autre sur l’existence de cellules dormantes dont le rôle serait de préparer le terrain à des combattants entraînés hors du Burkina et acheminés sur place où tout serait déjà prépositionné. Autant de questions qui donnent à la question de la riposte au terrorisme une certaine complexité.
Le chef de l’Etat en a donné une réponse dans son message à la Nation en invitant «  les populations à une franche collaboration avec les forces de défense et de sécurité pour dénoncer toute personne ou toute situation suspecte dans les meilleurs délais  ». Mais dans une société ouverte, «  open society  », la question se pose en effet de savoir quelle est la solution citoyenne au terrorisme. Quelles en sont les conditions au regard de la nécessité de sauvegarder les libertés si chères aux Burkinabè ? Des questions qui ne sont pas simples dans un contexte démocratique où la compétition partisane peut apparaître comme un frein aux initiatives inclusives.

La question de la réconciliation nationale
On présente la réconciliation entre les Burkinabè comme une panacée aux défis auxquels le pays est confronté, y compris celui du terrorisme. Or la notion comporte bien des confusions. Pour beaucoup, la réconciliation consiste pour tous les Burkinabè à faire table rase du passé, en particulier à oublier ce qui nous divise pour nous concentrer sur ce que nous avons en commun. Dans cette logique, nous devons renoncer à la justice et même pour certains, à la vérité puisqu’elle rouvre les plaies. Ce serait le prix à payer pour éviter le cycle des rancœurs et des vengeances. C’est une grave erreur de le croire. Rien de durable ne peut se construire sur le déni de justice encore moins sur le mensonge. Il s’agirait alors d’une réconciliation fondée sur le socle de l’hypocrisie qui est une faiblesse de la conscience morale. Les Burkinabè gagneraient donc à s’engager dans une réconciliation véritable qui exige humilité et bonne foi. Plus que jamais, la justice doit s’efforcer de liquider le passif en termes de droits humains tant dans leur dimension sociale et économique que du point de vue des violations du droit à la vie. Il faut commencer par soulager les consciences, en rendant une vraie justice. Le pardon qui précède la réconciliation en deviendrait une simple conséquence. Le Burkina qui doit relever plusieurs défis concomitants devrait envisager la nécessaire riposte au terrorisme sous ce rapport. C’est un combat patriotique et civique, tant sur le plan collectif que personnel. Le rôle des politiques est d’en définir les formes et modalités d’appropriation. Les Burkinabè sont un peuple volontaire. Seulement chacun doit être mis dans son rôle et à sa place. L’attaque terroriste du 15 janvier dernier a donné à voir des scènes cocasses. Beaucoup de Ouagalais ont accouru sur les lieux, déterminés à franchir les barrières sécuritaires pour en finir de leurs mains nues avec les terroristes. Quelle inconscience ! Le combat contre les terroristes ne revêt ni la même nature ni la même forme que celui qui a eu raison de l’ancien régime. Ne pas le comprendre, ce serait provoquer des drames inutiles. Les sociétés démocratiques sont assez mal outillées dans la lutte contre le terrorisme. Comprendre pourquoi et en chercher les remèdes idoines, c’est à cela que les Burkinabè doivent tous tendre.

Par Germain B. NAMA


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