Attention au syndrome Gbagbo !

Publié le jeudi 18 février 2016

Roch Marc Kaboré, s’il avait espéré, 90 jours de «  grâce sociale  », sait depuis le 15 janvier qu’il ne l’aura pas. Ce qu’il était loin d’imaginer, c’était qu’on allait le lui signifier avec autant de brutalité et de cruauté. 72 heures après une formation laborieuse de son premier gouvernement, le vice-président du MPP avait été contraint à une explication express devant un bureau politique courroucé avant que la liste ne soit rendue publique au petit matin. Le nouveau Président du Faso était loin d’imaginer qu’il allait si brutalement se retrouver sous les feux djihadistes.
Effet de surprise totalement réalisé. La nouvelle équipe gouvernementale ne s’était pas installée et l’ancienne était quasiment déjà en vacance. Mais le pire c’est que l’ancienne équipe n’avait rien mis en place pour faire face à une telle conflagration qui pendait au nez du pays depuis l’attaque du 9 octobre 2015 de Samorogouan. Il y a eu donc deux surprises en une. La surprise, compréhensible, des nouveaux arrivants qui ne s’y attendaient pas, même si on peut faire grief au nouveau président de n’avoir pas fait montre de perspicacité sur cette question sécuritaire dès son investiture, et la surprise de savoir qu’au fond le pays «  était nu » et totalement nu face à une telle menace. Et on se demande ce que le gouvernement «  patriotique  » de la transition a bien pu faire pour protéger le pays. Il me semble que les députés sont fondés à convoquer Zida et Kafando pour les entendre. Ils peuvent même instituer une commission d’enquête parlementaire sur cette question pour comprendre et éclairer le peuple.
En partant de cette nouvelle donne du quinquennat, il est difficile de faire des projections sur l’évolution du mandat de Roch Marc Kaboré. Mais à contrario, c’est aussi l’occasion inespérée pour le nouveau président de montrer qu’il a le profil de l’emploi. Pour l’instant, à en juger par ses déclarations, il a la tête froide. On attend seulement les décisions. Parce qu’en l’espace de 92 heures, l’enchainement des faits révèle qu’outre l’impossibilité dans lequel se trouve le pays de réagir adéquatement à une attaque terroriste, il est aussi incapable de protéger ses arsenaux. L’attaque, avec une relative facilitée, de Yimdi en est le témoignage éloquent. Une situation qui complique d’avantage la gouvernance des nouveaux venus. Un nouveau front s’ouvre avec cette casse de Yimdi, puisqu’il est certain que ceux qui ont fait ça, n’ont pas agi de la sorte pour aller faire du «  djandjoba  ». Maintenant qui sont-ils ? Les sources officielles parlent «  d’ex-RSP incontrôlables  » sans pouvoir en donner le nombre exact. Dans la journée du 23 janvier, soit le lendemain de la casse, certaines indiscrétions faisaient état de l’arrestation de six éléments appartenant à l’ex RSP. Ces six éléments étaient-ils membres du commando qui a réalisé l’attaque ? On ne sait pas vraiment. Il se pourrait que ces interpellations aient été opérées au sein des éléments de l’ex RSP qui continuaient d’assurer la garde de la poudrière. En soit, ce fait lui-même indique trop d’incohérences dans la manière dont cette affaire du RSP avait été gérée par le généralissime Zida. Ce qui fait dire qu’en réalité il y avait deux RSP. Le RSP de Diendéré et le RSP de Zida. Le RSP de ce dernier ayant pris le dessus sur celui du premier, ses membres ont continué à rester dans les positions initialement tenues par le régiment.

« Parce qu’en l’espace de 92 heures, l’enchainement des faits révèle qu’outre l’impossibilité dans lequel se trouve le pays de réagir adéquatement à une attaque terroriste, il est aussi incapable de protéger ses arsenaux. L’attaque, avec une relative facilité de Yimdi en est le témoignage éloquent »

La question de fond reste celle-là ; qu’est-ce que Zida voulait et veut en faire ? Ce n’est nullement une obsession du personnage que de se poser ces questions et l’actualité pourrait rapidement confondre les incrédules. Il faut se demander de façon claire qu’est-ce que le RSP de Zida fait aujourd’hui pour compliquer la donne sécuritaire au nouveau pouvoir ? Refuser de s’interroger c’est oublier une partie du problème actuel. En tout cas l’attaque de Yimdi et la relative facilité avec laquelle elle a été réussie interroge.
Roch Kaboré entame son quinquennat sous des auspices qui rappellent celles de Gbagbo en 2000. Un environ voisin immédiat hostile, qui a les moyens de déstabiliser le Burkina, et un front intérieur totalement confus et pas sûr. Surtout au niveau interne, certains et pas forcément ceux à qui on pense de prime à bord, ne rêvent à rien d’autre, en se rasant le matin, qu’à l’échec de Roch. C’est pourquoi il appartient au nouveau président de «  savoir s’envoyer  », pour emprunter la formule de Gbagbo lui-même. Car les peuples ont cette caractéristique d’être «  amnésiques  » dans l’échec. Si le 15 janvier devait se répéter dans un horizon proche, alors les Burkinabè vont commencer à se souvenir que pendant le règne de Blaise Compaoré, ils avaient au moins la tranquillité. Mais pas seulement. Ils vont regretter aussi la transition puisqu’elle avait pu contenir les djihadiste hors de Ouagadougou. C’est pourquoi Roch Kaboré est condamné à assurer cette tranquillité. A quel prix ? C’est laissé à son appréciation. C’est lui qui est redevable et non une certaine opinion, très forte dans «  l’agite pop  » mais qui n’est pas en mesure de donner la majorité dans les urnes à ceux des politiques dont ils chérissent les opinions. C’est au président et à sa majorité de savoir prendre les bonnes décisions. Certaines seront indicibles, comme toujours en des situations aussi complexe, mais si elles produisent des résultats peu s’en offusqueront. A l’opposé si le président et sa majorité devaient échouer, même ses partisans ne se souviendront pas qu’ils ont été fidèles à la ligne. En vérité c’est à une «  NEP politique  » que Roch est invité, le temps d’avoir une bonne maitrise de la situation.

Par Newton Ahmed Barry


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