Les promesses électorales du Timonier

Publié le jeudi 18 février 2016

Nous sommes de ceux qui ont décrié la longue gestation du premier gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré. Les événements récents qui ont secoué le pays renforcent davantage notre sentiment qu’il n’y a pas une minute à perdre, tant les défis sont nombreux. Peut-être les djihadistes ont-ils cherché à tirer avantage en frappant à un moment où ils savaient que le gouvernement n’était pas opérationnel. Nous sommes témoins des flottements au sein de l’exécutif dans la gestion des événements tant dans la coordination de ses actions que dans sa communication de crise. Nous répétons donc que le gouvernement n’a pas de temps à perdre et nous osons croire que les promesses de campagne ne pâtiront pas d’un manque de vision anticipatrice.
Les attaques du 15 janvier sur notre territoire ont mis les problèmes sécuritaires au premier plan. Pour autant, ce ne sont pas des problèmes nouveaux qui pourraient perturber un programme de gouvernement, si tant est que celui-ci est adossé à une évaluation pertinente des réalités nationales. Sur le plan de la sécurité, le candidat Roch Kaboré a promis de développer les capacités stratégiques et opérationnelles de notre défense par l’accroissement des effectifs et des moyens matériels et par la formation des hommes. Et chose importante, la politique de sécurité sera fondée sur la collaboration entre populations et forces de sécurité. Par conséquent, les Burkinabè sont impatients de voir quel contenu sera donné à ces déclarations d’intention. Conscient sans doute que la menace terroriste est élevée, le candidat, aujourd’hui président s’est engagé à mener une «  lutte implacable  » contre ce fléau. Nous lui en savons gré. Mais Roch a été élu pour engager d’autres actions qu’il a chiffrées à environ 7086 milliards de nos francs durant le quinquennat. En voici quelques-unes.

D’abord l’emploi des jeunes
Les djihadistes qui ont mené l’opération de Ouagadougou étaient tous très jeunes. Comme on le sait, le désœuvrement fait des jeunes des proies faciles pour des vendeurs d’illusions. Ayant perdu tout espoir d’échapper à la galère sociale, ils se laissent facilement convaincre par l’extrémisme religieux d’autant qu’il laisse entrevoir une possibilité de rédemption. La question de l’emploi des jeunes est donc très importante. Et si nous avons bien compris, le candidat Roch a promis de recruter tous les diplômés afin de résorber les déficits en personnels notamment dans l’enseignement et la santé.

«  Les Burkinabè sont un peuple intelligent, modeste et compréhensif mais vigilent. Mais quand nos gouvernants font mine d’avoir perdu la mémoire, il s’en trouve toujours des gens pour leur rappeler les promesses du Timonier. Si chacun tient bien son rôle, le Burkina continuera son petit bonhomme de chemin ».

Et pour être précis, la progression du recrutement dans un secteur comme l’enseignement a été fixé à 13% l’an. Ce chiffre a sans doute été retenu en raison de l’évolution démographique. Les villes et villages où persistent les classes sous paillotte (il y en a 3600) ont reçu la promesse qu’elles seront normalisées, tant sur le plan des infrastructures que sur celui des effectifs. Le seuil officiel de 50 élèves par classe qui est retenu dans le programme, relèguera au rang de souvenir les classes pléthoriques de 120 élèves. Mieux, sous le quinquennat à venir, ce sera un village une école. Une école obligatoire et gratuite jusqu’à l’âge de 16 ans. Youpi !

Deux choses pour en finir sur ce registre
Dans un pays où la mortalité de la mère en couche ainsi que celle de l’enfant atteint des proportions élevées, la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans est une promesse pertinente. C’est dans le délire qu’elle a été accueillie dans la cuvette du stade du 4 août au dernier meeting de campagne du candidat Rock Kaboré.

Enfin, la question de l’eau
Autre constat relevé dans le programme de Roch. 36% des Burkinabé vivant dans les zones rurales et 23% des populations urbaines n’ont pas accès à l’eau potable. Le slogan «  zéro corvée d’eau  » se veut donc une réponse appropriée à cette situation. Dans 5 ans explique un cadre du MPP, personne ne doit marcher 5 minutes pour avoir accès à l’eau. Eh bien qu’il en soit ainsi ! Ce sont des choses réalisables. Et elles devraient l’être sous le quinquennat. Alors certains nous diront qu’il faut accorder un état de grâce à Roch Kaboré. Cette question a reçu une réponse fort pertinente de Bassolma Bazié, Secrétaire général de la CGTB : « le malade ne connaît pas d’état de grâce. Il veut être soigné. » Ajoutons que les Burkinabé ne demandent pas plus que ce qui leur a été promis. Si le gouvernement s’engage clairement dans une démarche de satisfaction des préoccupations des populations, il peut être tranquille. Les Burkinabé sont un peuple intelligent, modeste et compréhensif mais vigilent. Mais quand nos gouvernants font mine d’avoir perdu la mémoire, il s’en trouve toujours des gens pour leur rappeler les promesses du Timonier. Si chacun tient bien son rôle, le Burkina continuera son petit bonhomme de chemin.

Par Germain B. Nama


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