Indignée !

Publié le mercredi 10 février 2016

C’est finalement un homme qui dirigera l’exécutif au pays des hommes intègres. Après avoir contribué à tourner une page de l’Histoire de notre vaillant et beau pays en chassant leur ancien ami et hôte-diable, l’équipe des trois mousquetaires n’a pas osé ouvrir une autre page historique en nommant une femme Première Ministre.
Ils ont laissé courir la rumeur qu’ils ont alimentée et fait plonger des collègues sérieux qui ont relayé et publié l’information dans leurs organes de presse que Mme Rosine Sory-Coulibaly serait la Première Ministre du Faso.
Pour finalement aller nous sortir M. Paul Kaba Thieba de l’UEMOA.
Misogynes, rétrogrades, féodaux, machistes, les nouveaux gérants du pouvoir au Burkina Faso ne sont pas prêts comme le reste de leurs compatriotes à voir une femme au-devant de la scène politique occuper le premier rang après celui du président. Ils n’ont donné aucune chance à la seule femme qui aurait pu faire la différence dans notre histoire politique et socio-culturelle lors des élections du 29 novembre passé.
Non, au Burkina, les femmes ne sont pas encore totalement des hommes au sens général du terme. Elles ne sont pas les égales des hommes au sens strict du terme et ne sauraient prétendre aux mêmes postes et privilèges qu’eux. Ils se la réservent.
Comme le disait ma petite sœur Marie depuis Kaya, les Burkinabè sont féodaux de naissance quel que soit leur niveau de culture et de connaissance.
Quel symbole fort cela aurait été, quelle puissance de rêve cela aurait donné à l’Afrique et au reste du monde de voir une femme nommée Première Ministre dans ce pays de tous les possibles qui a chassé en plein midi un dictateur de presque 30 ans, mis en débandade son bras armé et coffré ses deux généraux félons sans honneur ni dignité !
Mais hélas, le Burkina reste le Burkina, le Faso des hommes misogynes, rétrogrades, féodaux et machistes.
Sankara, seul féministe véritable au pays des hommes intègres est vraiment bien mort, lui qui a redonné à la femme burkinabè et africaine toute sa place, qui a lutté pour faire changer les mentalités à son égard et dont les discours et programmes sur les femmes sont étudiés dans les prestigieuses universités de Harvard et du MIT de Boston.
Au Faso, une femme peut être ministre mais pas Première Ministre.
Le trio des trois mousquetaires a promis dans son programme de campagne monts et merveilles aux femmes du Faso pour se faire élire. Mais une fois élus, c’est la cacophonie pour faire connaitre le nom du Premier Ministre laissant Radio Rumeur émettre librement dans tout le pays. Cela augure bien de la suite.
Pour ma part, je n’ai jamais été dupe pour croire à toutes ces promesses. Au Faso, on aime parler pour plaire, on aime les beaux discours mais quant aux actes, ma foi, vous pouvez revenir.
Une occasion historique donc vient d’être ratée par ceux-là mêmes qui ont promis le changement.
Changement vraiment ? Pas de rupture en tout cas !
Peut-on vraiment rompre avec des pratiques séculaires et des modes de pensées du temps de nos ancêtres quand on n’ose pas faire le saut nécessaire vers cette rupture ?
Sur le plan des lois, le Burkina Faso est un modèle en matière de défense et protection des droits des femmes mais ça, c’est sur le papier seulement car dans la pratique, c’est tout autre chose. On l’a encore vu récemment lors des élections couplées de la présidentielle et des législatives où des partis ont osé malgré l’existence de la loi du quota-genre aligner des candidats à la course sans respecter cette directive. Berner les femmes et les contenter est l’activité préférée des politiques au Faso. Comme de grands enfants, on les traite, comme du bétail électoral, on les considère.
Et le drame est la part complice que prennent les femmes elles-mêmes dans tout ce processus. Ce sont des femmes qui participent au préjudice subi par d’autres femmes. J’ai connu des associations de défense des droits des femmes où les responsables en charge de ces programmes venant en aide aux femmes spoliées par leurs époux étaient-elles-mêmes des femmes qui ont mis dehors d’autres femmes de leurs foyers pour prendre leur place. Comment des bourreaux pourraient-ils aider des victimes ?
Sur les réseaux sociaux ont circulé des posts faisant état du soulagement d’une femme influente de l’ancien régime (qui a longtemps rêvé d’être Première Ministre) face au fait que ce ne sera finalement pas Mme Rosine Sory-Coulibaly qui sera nommée.
Jalousies, envies, haines, la solidarité de corps n’est pas de mise au royaume des femmes du Faso. Ce sont des femmes qui séduisent et s’approprient les époux de leurs consœurs allant jusqu’à user du mystique pour éliminer la légitime. Alors comment être surpris que les hommes politiques du Faso ne fassent pas cas des femmes ? Ils préfèrent de mieux les avoir à leurs côtés comme accompagnatrices plutôt que comme leurs égales politiques. Les hommes du Faso ne veulent pas se faire commander par une femme. Leur égo d’hommes ne peut l’admettre tout simplement.
Il y a des hommes qui ont justifié leur fait d’adultère par le fait que leurs épouses voulaient les commander. Et ils ne s’en sont rendu compte que 30 ans plus tard de vie commune ! Qui veut noyer son chien l’accuse toujours de rage.
Vraiment indignée !

Angèle Bassolé, Ph.D
Écrivaine et éditrice
Ottawa, Ontario
Canada


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