Par-dessus la barre haute : Un livre de Jean-Baptiste Natama

Publié le mercredi 10 février 2016

Finies les élections présidentielles et législatives 2015 au Burkina Faso. Un seul élu pour le fauteuil présidentiel et les autres... Parmi ces derniers (honte à qui mal interprète !), un certain Jean-Baptiste Natama Toubo Tanam. Ex-officier de l’armée nationale, plus connu ces dernières années en tant que secrétaire permanent du Mécanisme africain d’évaluation par les Pairs (MAEP), puis directeur de cabinet de la présidente de l’Union Africaine. Depuis un certain temps, de nombreux observateurs de la scène politique burkinabé le voyaient venir, lorsque dans la discrétion, il harnachait sa monture en vu de prendre le départ pour Kosyam. En effet, en 2013 la sortie de son manifeste pour une jeunesse responsable avait éveillé bien de soupçons dans ce sens. Dauphin ou challenger potentiel du locataire de l’époque du Palais, les supputations allaient bon train lorsque les débats sur l’article scélérat de la constitution, faisaient rage de Zogona à Diaradougou. Après l’insurrection populaire qui a emporté le régime de Blaise Compaoré, en octobre 2014, son nom a encore circulé sur les réseaux sociaux, comme un ballon sonde. Le peuple cherchait alors son président pour la période de transition. Issu des rangs du prestigieux PMK (Prytanée militaire de Kadiogo), Natama s’est surtout fait remarquer grâce aux allées de la diplomatie africaine qu’il arpente depuis un certain temps. Dans un ouvrage plein de bonnes intentions, au style parole de l’interviewer, Natama sur 371 pages, parle de l’Afrique, de la démocratie, du développement. Il évoque tous les sujets qui, logiquement passent à la loupe de tout professionnel de la politique. Propos sans équivoque qui traduisent un désir certain de gouverner les hommes. C’est donc avec un enthousiasme légitime que le préfacier de l’œuvre, le Pr Elikia M’Bokolo écrit : «  Pas de doute, la relève africaine est bien là !  ». Au regard des résultats des récentes élections présidentielles, c’est à croire que si la relève est prête, son heure n’a pas encore sonné dans les cœurs des citoyens. De Thomas Sankara à Norbert Zongo, l’auteur de cet ouvrage qui se lit comme un journal, puise des mots et des convictions pour muscler sa profession de foi… politique. Le verbe est haut, philosophique et itératif : « A mon avis il faut rationaliser cette notion de développement. La désidéologiser un tant soit peu. Parce qu’elle doit s’inspirer, se concevoir à partir du vécu quotidien, du contexte socio-historique, de l’environnement dans lequel l’individu se structure. De l’environnement dans lequel la société s’organise.  » La théorie est noble, mais les voies pour la réaliser parsemées d’embuches. Ni « papa lion  », ni « enfant-roi  » le positivisme social proposé à travers cette autre expression du Ni–Ni (suivez mon regard !) version Natama, veut puiser dans les valeurs culturelles africaines pour bâtir grâce à l’éducation les cadres d’un nouvel ordre social. Solidarité, don et contre-don, intégrité, des concepts dont l’analyse ne peut se passer d’un retour aux sources de l’Afrique des pères. Au-delà de toute cette floraison de thématiques, l’auteur garde le plat de résistance pour la fin : le chapitre 9 de l’ouvrage. Le message qui oscille entre litanie de vœux et discours programme, dessine avec force conviction le model de gouvernance. Avec un ton militant par endroit, l’auteur entend partir de ses connaissances théoriques, des expériences vécues, pour construire un autre monde. Le propos a le sens de la clarté. Cependant, sa mise en œuvre reste problématique dans un monde en perpétuel mouvement où les consciences, obnubilées par l’essor du numérique, peuvent difficilement se satisfaire de l’endogène qui ne permet pas de faire mieux que ceux qui vont sur la lune. La lutte n’est pas gagnée d’avance, mais Natama croit dur comme roc que pour réussir ce développement réel, il faut organiser les troupes et les lancer dans la bataille. « Il faudra constituer un corps de volontaires pour diffuser dans tous les espaces de sociabilité et les sphères d’éducation, les valeurs de réussite par le travail et la persévérance et lutte contre la mentalité d’assisté et l’esprit de facilité ; gestion axée sur les résultats ; recherche de performance et de qualité dans l’esprit des opérateurs économiques (y compris les agriculteurs traditionnels) ; modèle de la technologie adaptée ou la thèse « du mieux faire avec ce qu’on a » Bel engagement qui ne sera malheureusement, pas lu, donc pas su, par une multitude qui n’est pas allée à «  l’école du blanc ». Certainement l’une des raisons qui explique pourquoi le contrat social proposé par l’auteur à ses compatriotes n’est pas passé le soir du 29 novembre 2015. Le peuple a cette fâcheuse habitude de penser comme Ben qui a écrit quelque part sur un mûr de Belleville (dans le 20ème arrondissement de Paris) : « méfions-nous des mots !  » A bon entendeur…Bonne lecture !

Ludovic O KIBORA


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