Mine de zinc de Perkoan : La population crie à l’arnaque

Publié le mercredi 10 février 2016

A Perkoan, village de la province du Sanguié, à 135 kilomètres à l’Ouest de Ouagadougou, la population crie à l’arnaque. Les centaines de millions alloués à son développement socio-économique, aux termes du contrat social qui le lie à Nantou Mining Burkina Faso S.A, exploitant du zinc ne sont pas arrivés à destination. Pourtant, de sources bien introduites au niveau de la mine, l’argent a été bel et bien versé. Où est-il donc passé ? A quoi a-t-il servi ? L’on pointe d’un doigt accusateur Nantou Fondation pour la condition humaine, interface entre les deux parties. Nos multiples tentatives d’entrer en contact avec les responsables de cette fondation pour en savoir davantage ont été sans succès.

40 millions en 2012, 175 millions en 2013, 162 millions en 2014 et 36 millions en 2015. En trois ans et quatre mois ce sont 413 millions de francs CFA qui ont été alloués au bien-être social. L’argent a été remis à Nantou Fondation pour la condition humaine connue dans la localité sous l’appellation « Fondation Nantou ». Comme son nom l’indique, c’est à elle que revient la charge de réaliser les actions de développement à Perkoan et dans le Sanguié. Sauf que pendant plus de trois ans, la population n’était même pas informée du financement que la fondation percevait. C’est au mois d’avril 2015, suite à une mission du Conseil National de la Transition qui devait échanger avec les responsables de Nantou Mining et la population dans le cadre de la relecture du nouveau code minier que la révélation a été faite. Ayant eu cette information, le village demande et obtient une rencontre avec la mine. A cette occasion, deux suggestions sont faites : la suspension du financement et la présentation du bilan de gestion de la fondation. Le bilan, présenté le 27 juillet 2015, n’a pas été approuvé. Selon plusieurs sources concordantes, il n’y avait aucune information financière. La réhabilitation des cinq forages mentionnée par la présidente, Rosalie Bassolé, a été démentie. Quant aux permis de conduire, seulement 40 jeunes l’auraient reçu sur un effectif de 200. Sur le terrain, aucune trace visible de réalisations si ce n’est le Centre de formation aux métiers de Réo (CEFORME) qui existerait depuis 2011 et aurait coûté 200 millions. Là aussi il y a un problème. Non seulement c’est l’ancienne auberge communale de Réo, réquisitionnée et transformée mais aussi les seuls éléments nouveaux sont les quelques hangars qui ne sauraient absorber même le quart des 200 millions.

Nantou fondation, du flou
Selon les statuts portant création de la fondation, elle a été créée par « Nantou Mining en collaboration avec les forces vives de la province du Sanguié ». L’idée serait venue de la société qui voulait s’occuper exclusivement de l’exploitation minière et confier les actions de développement aux forces vives de la localité. Par conséquent, chaque mois, elle verse des millions à la fondation dont la mission essentielle est « d’œuvrer à l’amélioration des conditions de vie de la population par le développement local  ». Cependant, d’après nos sources à Perkoan et Réo, les forces vives ignorent tout des attributions exactes de cette fondation, de son fonctionnement et de sa gestion. Selon les mêmes sources, Nantou Fondation est organisée autour de sa présidente, des membres de sa famille et des dix maires des différentes communes de la province, à l’époque tous de la majorité présidentielle, qui sont ses adjoints statutaires. Malgré ce que l’on peut qualifier de gestion chaotique de la fondation, elle continuait à recevoir des financements de la part de la mine jusqu’à ce que la population, se sentant arnaquée, exige l’arrêt du financement afin d’y voir clair.

La mine complice de la fondation ?
Voici un fait qui interpelle tout bon sens. Depuis 2012, Nantou Mining investit des dizaines de millions pour le développement socioéconomique de la localité via la Fondation Nantou. Or, dans le même temps, la population qui, d’ailleurs, ignorait cela se plaint que la mine ne tient pas ses engagements. Des questions se posent : la mine octroie-t-elle ses financements sur la base d’un plan d’action clair et précis ? Les dépenses sont-elles justifiées avec des documents fiables ? La société, en tant que bailleur, a-t-elle un regard sur les réalisations d’autant plus qu’elle se définit comme «  une entreprise socialement responsable  » ? Pour les patrons de Nantou Mining, la «  fondation est indépendante de la mine ». Au nom de cette supposée indépendance, ils se refusent à tout commentaire sur sa gestion. Cela fait dire à de nombreuses personnes qui suivent la situation de près qu’il y a une complicité qui ne dit pas son nom entre la mine et la fondation.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Perkoan accuse, la mine récuse
La mine souterraine de zinc de Perkoan, le plus grand gisement en Afrique de l’Ouest, a été découverte en 1982. Nantou Mining en est le titulaire du permis d’exploitation. Il a trois actionnaires que sont l’Etat burkinabè, les sociétés Glencore International, géant mondial de négoce de matières premières, basée en Suisse et Blackthorn basée en Australie. Les réserves exploitables selon l’étude de faisabilité de 2006 sont évaluées à 6 300 000 tonnes de minerai dont environ 910 000 tonnes de zinc métal. Des études complémentaires ont révélé en 2012 l’existence de plomb et d’argent mais en faible quantité. Nantou, nom donné par le village sur demande de Blackthorn, signifie éléphant en Lélé, langue des Gourounsi-Lyélas, habitants de la localité, en raison de la richesse du sous-sol en zinc. C’est donc un nom symbolique. L’histoire raconte que quand un chasseur tue un éléphant, chacun vient avec son couteau et prend sa part. Par ce nom, le village invitait donc la société à ne pas l’oublier dès l’entame de l’exploitation du minerai. La mine a épousé cette philosophie dès le départ en affichant sa volonté de « rendre le projet accessible aux communautés par une appropriation participative ». Cependant, au fur et à mesure, la population se dit écartée du partage des fruits de leur sous-sol. D’après elle, l’engagement d’aménager les voies à l’intérieur du village n’a pas été respecté. Sur place nous avons pu constater des routes avec par endroit des crevasses où sont déposées des roches concassées. Les villageois se plaignent également d’une absence de consensus dans les dédommagements. Plusieurs sources confient que Nantou Mining a dédommagé les paysans comme elle l’entend. La mine réfute cependant ces accusations. Les dédommagements ont été étudiés par une commission dont le chef de Perkoan et des personnes ressources étaient membres et le paiement proportionnel aux dimensions de chaque terrain, rétorque-t-elle. Elle confie également qu’elle a construit et équipé un dispensaire, une maternité et une pharmacie entre 2013 et 2014 et réalisé des forages. Un collège d’enseignement général et une maison de jeunes seraient en outre en projet et devraient être fonctionnels courant 2016. Un autre point de discorde est la cité. A Perkoan, on raconte que l’initiative de reloger les riverains affectés par les travaux de la mine n’a pas prospéré. Las d’attendre, les déplacés ont construit ailleurs sur fonds propres. Ce n’est que plus tard que les logements ont été construits. Toutefois, les villageois boudent non seulement le site mais aussi les locaux composés chacun de deux ou trois chambres-salon selon que l’on a deux ou trois femmes. Là aussi Nantou Mining se défend. Elle dit avoir trouvé un consensus avec les bénéficiaires sur le choix du site. Sur les lieux, à l’exception de trois maisons qui sont occupées, la cité est actuellement abandonnée aux margouillats et aux lézards.

GBS

«  Quelqu’un qui aime son porc ne peut pas l’élever ici »
Notre interlocuteur parle de l’école primaire A de Perkoan. C’est une école à 3 classes. Nous l’avons visitée en mi-septembre 2015, deux semaines avant la rentrée des classes. Vu de l’extérieur, le bâtiment est totalement délabré. La porte et certaines fenêtres sont hors d’usage. A l’intérieur, on se croirait dans une porcherie sans entretien. Le toit coule de tous les côtés, des nids de poules et des immondices se disputent la décoration de la terrasse, les tables-bancs, disposés pêle-mêle, sont totalement abîmés. Témoin oculaire de ce décor désobligeant à deux semaines des classes, nous demandons à notre accompagnateur, un jeune de Perkoan, bien imprégné de la situation socioéconomique du village, qui me sert de guide : Est-ce qu’on continue de prendre cours dans ces salles ? Un petit temps de silence. Puis, une réaction sèche : «  Qui aime son porc ne peut pas l’élever ici  », lâche-t-il, avant de répondre à ma question par l’affirmative. Il ajoute : « Nous avons demandé à la mine de nous aider à la réfectionner ».
Début janvier nous l’avons joint par téléphone pour savoir ce qu’il en est. « Finalement nous avons fait passer la cotisation de l’association des parents d’élèves de 1100 francs à 1500 francs pour boucher les nids de poules et réparer le toit », m’apprend-il.

GBS


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