Mpp : Faire face aux appetits internes

Publié le mercredi 10 février 2016

Ils sont venus nombreux grossir les rangs. Tous n’avaient pas la noble ambition de défendre la démocratie contre la patrimonialisation. Mais tant qu’en face il y avait Blaise et ses hommes, le discours de vérité pouvait être décalé. Il fallait coûte que coûte conquérir Kosyam. On verra pour le reste. Maintenant que Roch est au pouvoir, il va devoir trouver une solution aux problèmes épineux du parti qu’il a créé. Ce ne sera pas chose simple !

La mise en garde de Simon Compaoré à une des réunions du bureau politique du parti donnait la mesure du danger qui planait sur chacun des responsables du MPP : si nous échouons à faire partir Blaise, chacun devra se chercher. Ayant fait partie des hommes du sérail, il en connait bien les méthodes impitoyables. Face à un tel danger, le temps n’était pas au tri entre militants sincères et militants intéressés. Il fallait resserrer les rangs et c’est ce qui a été fait. Et comme on dit, à chaque chose son temps, il est maintenant venu le temps du partage des privilèges aux yeux de certains. Le MPP pourra-t-il se doter d’une stratégie pertinente face à la montée des appétits ? Beaucoup en doutent pour une raison bien simple. Les militants du MPP venus du CDP ont pour l’essentiel été pétris à la sauce clientéliste pendant 26 ans pour les plus anciens. Et les hommes par qui cette stratégie a prospéré sont ceux-là mêmes qui sont aujourd’hui à la manœuvre au niveau du MPP. Alors, pour les observateurs les plus sceptiques, on a beau chassé le naturel, il revient au galop ! Pourtant, c’est le pari fait par Roch Marc Christian et ses camarades. Ils jurent avoir jeté aux orties ces vieilles méthodes dont ils avaient fini par faire eux même les frais. Et même s’ils ont « dîné avec le diable », pour reprendre la formule de Salif Diallo, «  ils ne sont pas le diable ». Il est demeuré en eux suffisamment de vertu, ce qui leur a justement permis de rompre avec le «  diable  ». Mais on peut rompre avec le diable tout en reprenant ses méthodes. Au MPP, on semble faire le pari de la rupture. Pas seulement au niveau du discours. La vieille garde a été priée de céder la place à la nouvelle génération et on l’a vu au scrutin législatif où beaucoup de nouvelles têtes ont fait leur apparition sur les listes électorales. Les structures du parti sont prises d’assaut par les jeunes et les femmes. Mais l’engouement pour le parti n’est pas en soi une force. Encore faut-il que ce soit des éléments conscients. Les responsables du parti disent en avoir pris conscience, raison pour laquelle, ils ont créé une école du parti. Mais l’heure est à la gestion de la victoire de Roch Kaboré.

Gérer la victoire
La victoire du MPP aux élections législatives ne lui a pas donné une marge suffisante pour gouverner sereinement. Mais il a su se trouver des alliés à l’hémicycle pour garantir l’application du programme du président. Pour autant, on n’est pas à l’abri de tempêtes soudaines. La gestion des coalitions est une affaire délicate et il faut une ouverture d’esprit et beaucoup de doigté pour créer des synergies entre entités hétéroclites. Beaucoup d’observateurs s’accordent à dire que le MPP ne pouvait trouver mieux qu’un Salif Diallo pour coordonner l’action parlementaire. On attend de voir la configuration du bureau de l’assemblée nationale ainsi que la constitution des commissions pour apprécier l’alchimie qui a été concoctée. Dans le même registre, la composition du gouvernement est attendue. Si le choix du chef du gouvernement a donné lieu à une longue gestation, il faut espérer que c’est pour la bonne cause. Les Burkinabè sont devenus exigeants sur la qualité des hommes qui gèrent leur destin. Cette exigence ne semble pas freiner pour autant les appétits des « chasseurs de primes », ces hommes et femmes d’un nouveau genre qui se baladent avec leurs CV en poche espérant pouvoir décrocher le jackpot. Si on ajoute tous les assujettis qui écument l’entourage des nouveaux responsables, on devine l’équation à laquelle ces derniers sont confrontés. Il ne faut pas oublier que la grande attente du peuple qui a fait son insurrection, c’est la mise en œuvre d’une gouvernance vertueuse qui bannit le népotisme et la corruption et qui s’attèle à faire du vrai développement. Or la voie du développement n’est pas un long fleuve tranquille. De nombreuses embûches parsèment le chemin.

Surmonter les écueils
Le succès du quinquennat de Roch est fortement tributaire de facteurs à la fois externes et internes au groupe dirigeant. Ce qui nous intéresse ici ce sont les facteurs internes. Les plus grandes victoires remportées par la révolution sankariste l’ont été du temps où il y avait la cohésion entre les quatre responsables de la révolution. Quand la graine de la division est entrée dans la maison, la révolution a amorcé son déclin jusqu’à la fin que l’on sait. Mais ce qui est arrivé à la révolution peut bien se reproduire pendant le présent quinquennat si l’on ne travaille pas dès à présent à éliminer les facteurs favorables. On en voit déjà les germes à l’occasion de la nomination du premier ministre, si l’information relayée par notre confrère L’Observateur Paalga est avérée. L’image qu’aurait donnée l’ancien bourgmestre de Ouagadougou dans le cas y relaté est proprement désastreuse. On imagine ce que cela préfigure dans la bataille de positionnement, à travers le contrôle des nominations à venir. Si c’est de l’intox, il faudra alors intégrer la donne au titre des défis à relever. Il faudra du caractère à nos responsables pour ne pas tomber dans le jeu de la rumeur et de l’intox. Salif Diallo dont l’image publique est très forte se présente comme une cible naturelle de tous ceux qui forment des vœux macabres pour le quinquennat qui commence. La différence de style voire de méthode entre Roch et Salif n’est pas vue sous l’angle de la complémentarité mais comme une opportunité à saisir pour fomenter la division.
Autre écueil à surmonter, c’est la liberté de manœuvre du premier ministre. Que ce dernier soit choisi en dehors de l‘appareil politique ne doit pas être une faiblesse. Il ne sert à rien de lui confier une si éminente responsabilité s’il n’a aucune responsabilité sur ses ministres. Si ces derniers doivent rendre compte à leurs parrains plutôt qu’à lui, on n’aura pas changé le système Compaoré. Le premier ministre doit être un véritable chef d’orchestre, faute de quoi il ne pourra pas catalyser les synergies nécessaires pour le succès de l’action gouvernementale. Les règles du jeu doivent être claires dès le départ et respectées par tous, en particulier par le sommet. Le poisson pourrit par la tête dit-on. Il faut donc veiller scrupuleusement à la bonne santé de la tête si nous voulons continuer à épater l’Afrique et le monde. Et il ne faut pas l’oublier, les jeunes sont notre avenir. La classe politique vieillissante doit retenir cette vérité et travailler à ce que celle-ci vive et prospère.

Par Germain B. NAMA


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