Investiture de Roch Marc Christian : La pagaille a failli gâcher la fête

Publié le mercredi 10 février 2016

L’événement devait être grand. Le Burkina qui investit son président démocratiquement élu, après une chaude année de transition houleuse ! Une année pendant laquelle un peuple aux mains nues a tenu en échec des « soldats d’élite » du très redouté Régiment de sécurité présidentielle. Une campagne électorale menée tambour battant dans un contexte sécuritaire pourtant tendu, avec 25 000 hommes en armes et en alerte, voilà ce que le Burkina a réussi. Un beau tableau, n’est-ce pas ? Normal que ce petit pays démuni mais fier, célèbre dans l’enthousiasme l’investiture de son président. Comme un haut fait d’arme ! Mais la fête avait aussi hélas un arrière-goût amer, en raison des ratés de l’organisation !

Mardi 29 décembre, il est 9 heures. Je presse mon épouse de me rejoindre pour le départ vers le Palais des sports où a lieu l’investiture. Le début de la cérémonie est prévu pour 11H mais la mise en place terminée c’est pour 10H 30. D’expérience, pour ce type d’événement, mieux vaut y aller tôt pour espérer se trouver une place. Nous arrivons sur les lieux aux environs de 9H30 mn. Le ballet des véhicules était déjà infernal et nous sommes obligés de faire le tour de la clôture pour nous garer coté-Est du palais. Ça tombe bien, le portail Est est ouvert et nous nous engouffrons dans l’enceinte, non sans avoir été minutieusement fouillés. Au bas des escaliers qui mènent à l’accès du palais, deux files indiennes. La progression est lente mais nous parvenons tout de même aux issues. Deuxième séance de fouille. Je m’aperçois que mon épouse est dans une autre file plus courte réservée aux dames. Une bien mauvaise idée parce que je ne la reverrai qu’à la fin de la cérémonie. Quand je parviens enfin à me hisser à l’intérieur du palais, je me retrouve au niveau des dernières rangées tout en haut. Je me dis tout de même que le président Roch ne va pas nous envoyer personnellement des cartes pour que nous nous retrouvions logés à si mauvaise enseigne. J’entreprends de redescendre, convaincu que ma carte me permet de passer par les accès officiels. Je ne me suis pas trompé. Mais alors une fois parvenu dans les rangées officielles, impossible de trouver la moindre place. Les quelques places libres sont celles réservées aux institutions. J’appelle une connaissance du MPP et lui demande de me trouver une place. J’ai abandonné l’idée de rechercher mon épouse, une fois installé. Avec l’organisateur, nous scrutons les rangées. Point de place. Il finit par me dire de m’installer dans la rangée des officiers de notre Armée. Je m’y installe effectivement à la dernière rangée, à la suite de Me Baadhio dans la même situation que moi. Quelques instants après, les hauts gradés de l’armée ont commencé à s’installer devant nous : les généraux Lougué, Ibrahim, Brice Bayala et d’autres… Ce n’était pas notre place mais c’était la bonne place puisque nous étions à l’ombre de généraux !

Personne pour accueillir les invités étrangers
Au fil du temps, les choses se gâtaient. Première alerte : l’arrivée de la délégation ghanéenne. John Jerry Rawlings pénètre dans la cuvette. Il est suivi du président Obasanjo. Son épouse et une autre dame sont avec eux. Rawlings réalise tout de suite que la situation est compliquée. Il ne perd pas pour autant sa sérénité. Il prend le temps de saluer des connaissances, il distribue des accolades. On le présente au Moro Naaba. Ils reviennent et attendent quelques minutes, le temps qu’on leur trouve des sièges. Le reste de la délégation, (ils étaient nombreux) n’avaient d’autre choix que de faire le pied de grue. J’aperçois un monsieur de type asiatique qui va chercher un siège qu’il transporte lui-même. Mon voisin Me Baadhio me dit que c’est l’ambassadeur du Japon. Pendant ce temps le cœur de la cuvette est noir de monde. Invités et journalistes se disputent l’espace central. Je vois quelques membres du gouvernement de la Transition. Ils se débattent dans la mêlée.
Des officiels nigériens arrivent. Pas de place. Ça court à gauche et à droite pour trouver des chaises. Un ministre d’Etat nigérien visiblement dépité par cet imbroglio se dirige vers la sortie. Prévenu, Roch le fait rattraper et ordonne de lui trouver un siège. L’ambassadeur de France ne supportant plus sans doute le spectacle désolant, descend dans l’arène et joue au protocole. Pendant ce temps, maitre de cérémonie et responsables MPP (Abdoulaye Mossé notamment) appelés en renfort supplient les Burkinabé, en particulier les militants MPP de céder leur place aux étrangers, au nom de l’hospitalité burkinabé. Ils répèteront plusieurs fois le refrain mais le résultat n’a à aucun moment été à la hauteur des attentes.

La cérémonie démarre enfin !
C’est aux environs de 13 h que le cérémonial a démarré. Heureusement parce que la lassitude commençait à se faire sentir. Le cérémonial d’investiture, le discours du nouveau président, la présentation des hôtes notamment les chefs d’Etat (ils étaient 9 auxquels il faut ajouter deux anciens présidents et un vice-président, celui du Nigéria) ont redonné vie à cette foule qui a semblé oublier la fatigue pour communier avec son président. Roch Marc Christian a trouvé des mots forts pour tenir le monde en haleine. Son discours a été souvent interrompu par des applaudissements et des hourras. Finalement, la motivation des gens qui voulaient croire au succès de l’événement a eu raison du sentiment de découragement et de déception suscité par cette pagaille organisationnelle. Un mauvais point pour le protocole d’Etat qui a donné l’impression d’avoir totalement perdu la maitrise de son sujet. Le protocole du MPP n’est pas non plus sans reproche quand on voit la confusion qui s’est établie entre les cartes du MPP et celles délivrées par le protocole d’Etat. Sans compter que les militants MPP étaient en nombre dans la cuvette sans qu’on ne sache vraiment à quoi ils servent !
La fête est finie. Reste à en tirer les bonnes leçons.

Par Germain B. NAMA


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