Femmes et Politique : La femme toujours en marge des sphères de décisions

Publié le mercredi 10 février 2016

Bien que formant 52 % de la population burkinabè, les femmes sont quasiment sous-représentées en politique. Pourtant, la Constitution et le code électoral leur sont favorables. Le quota exigé sur les listes électorales est de 30% mais la réalité est tout autre.

« Tous les Burkinabè sans distinction aucune ont le droit de participer à la gestion des affaires de l’Etat et de la société ». C’est ce que stipule l’article 12 de la Constitution. A ce titre, tous les hommes et femmes sont électeurs et éligibles dans les conditions prévues par la loi.
La participation des femmes à la vie politique pourrait s’apprécier sous deux angles. Un angle quantitatif et un angle qualitatif
A l’issue des élections législatives du 29 novembre 2015, seulement 12 femmes arrivent à l’hémicycle sur 127 députés. Pourtant elles étaient au total 406 inscrites sur la liste nationales et 1668 sur les listes provinciales selon les données de la CENI. En 2012 on notait à l’Assemblée Nationale 24 femmes sur les 127 députés. C’est dire que leur nombre est même en baisse dans cette institution.
Au niveau des conseils municipaux la représentation des femmes est également faible. Elles étaient de 21% en 2012 et 2013 c’est-à-dire avant la dissolution des conseils municipaux. Pour ce qui est du gouvernement de transition en 2015 on a enregistré 4 femmes sur les 26 ministres. Le gouvernement Tiao III lui comportait 5 femmes ministres sur les 32. La composition du premier gouvernement de Roch Kaboré n’est pas encore connue pour l’apprécier sous l’angle du genre. Lorsqu’elles occupent les fonctions ministérielles, les femmes sont très souvent exclues des portes feuilles jugés « stratégiques  » pour occuper des ministères considérés comme étant le prolongement naturel de leur rôle de mère : ministère de l’action sociale, de la promotion de la femme ou de l’éducation. Il faut noter que depuis l’accession du Burkina Faso à l’indépendance, il n’y a jamais eu de femme premier ministre encore moins comme présidente du Faso. Tout cela témoigne de la sous-représentation de cette dernière dans les sphères de décision. Or «  la participation politique des femmes engendre des bénéfices tangibles pour la démocratie, notamment une meilleure prise en compte des besoins des citoyens, une coopération accrue entre les partis et les groupes ethniques, et une paix plus durable » selon Madeleine Albright, ancienne Secrétaire d’État Américain. Même analyse de Mme TASSE du National democratic institut NDI : « La participation des femmes dans la vie politique contribue à faire progresser l’égalité des sexes et a un impact à la fois sur la diversité des problèmes politiques pris en compte et sur les types de solutions proposées. Il est indéniable que plus le nombre de femmes élues est élevé, plus les décisions politiques prises vont dans le sens de la qualité de vie. Elles sont également le reflet des priorités des familles, des femmes et des minorités ethniques et raciales. La participation des femmes à la vie politique a de profonds impacts positifs et démocratiques sur les communautés, les organes parlementaires, les partis politiques et la vie des citoyens. Elle contribue également à l’avancée de la démocratie ».

Les obstacles à l’accession des femmes aux sphères de décision
Plusieurs facteurs empêchent la participation massive des femmes à la vie politique. Sont de ceux-là le poids socio-culturel, la culture parlementaire, les usages des partis politiques, l’analphabétisme et la pauvreté .En effet dans les traditions socioculturelles au Burkina Faso, la femme est perçue comme un être inférieur à l’homme. Si l’une est formée pour s’effacer et servir, l’autre est formé pour commander. Dans ces conditions, l’exercice de la citoyenneté qui suppose que l’individu soit libre et responsable devient extrêmement problématique. En plus de cela certaines femmes elles-mêmes sont persuadées qu’elles n’ont pas le droit de participer à la prise de décision publique. Celles qui essaient sont mal vues.
Le mode de fonctionnement des partis politiques et le système électoral ne sont pas également faits pour faciliter la tâche aux femmes. Certes le système électoral proportionnel de liste en vigueur est considéré comme favorable à l’accès des femmes à des postes électifs mais les électeurs se prononcent pour des partis et non pour des candidats. Or ce sont les partis politiques eux-mêmes qui, par la composition des listes électorales, ont le pouvoir de designer ceux qui seront à l’Assemblées nationale. Malheureusement les femmes sont pour la plus part du temps reléguées en queue de liste et n’ont donc pratiquement aucune chance d’être élues.
On note également le poids des traditions. Par le mariage, la femme ayant quitté sa famille, ses chances de gagner dans sa province d’origine sont minces. Or dans la province de son mari, elle est considérée comme une étrangère.
L’analphabétisme constitue en outre un frein à l’accès des femmes au niveau des sphères de décision. Ce qui fait qu’elles sont moins aptes à la lutte politique face à des hommes plus instruits et mieux informés.
Le manque de ressources financières est aussi un obstacle. Le clientélisme politique exige des moyens financiers que très souvent les femmes n’ont pas. Du coup, impossible de mobiliser un grand électorat.

Tentatives vaines d’amélioration de la situation
Des actions menées par L’Etat pour une meilleure participation de la femme à la direction des affaires publiques ne sont pas à la hauteur des attentes. L’Assemblée Nationale a adopté en 2009 la loi n°010-2009/AN portant fixation de quotas de 30% de l’un ou l’autre sexe aux élections législatives et municipales au Burkina Faso. Ce, pour promouvoir un développement participatif et équitable des deux sexes, en leur assurant un accès et un contrôle égal et équitable aux ressources et aux sphères de décision, dans le respect de leurs droits fondamentaux. Sauf que cette loi comporte des limites. D’abord elle ne précise pas que le système des quotas c’est par circonscription. Ensuite le positionnement des candidats n’est pas défini. Il y a un vide juridique qui défavorise la femme. En effet, elles venaient généralement en queue de liste et n’avaient pas la chance d’être élues. Enfin, «  les partis politiques qui ne respectent pas le quota sont privés de 50% de leur financement seulement » selon Martine Yabré la présidente de CBF. Le conseil Burkinabè des Femmes aurait voulu que ces listes soient tout simplement invalidées .Sur les 81 partis qui ont déposé des listes aux élections législatives de novembre 2015seuls 38 ont respecté la loi du quota genre selon Seydou Ilboudo chef de service du suivi des élections. C’est dire combien les politiques sont toujours réticents en ce qui concerne l’implication des femmes dans les sphères de décision
La loi du quota comportant des limites, elle avait été amandée et proposée au CNT mais la dite loi avait purement et simplement été rejetée sous prétexte qu’elle était trop contraignante. Ce qui fait dire à Martine Yabré, présidente du Conseil Burkinabè des Femmes que « le régime de Blaise Compaoré était plus favorable aux femmes que les dirigeants de la Transition  ». Qu’à cela ne tienne, les femmes ne se résignent pas. « Nous comptons nous battre jusqu’à ce que les choses évoluent  », confie-t-elle.

Assita Sanou


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