Les trois tendances lourdes de la gouvernance Kaboré

Publié le mercredi 10 février 2016

Nous ne parlerons pas des attentes populaires. Elles sont nombreuses et bien connues. Ce qui nous intéresse ici, c’est comment s’organise-t-on pour les prendre en charge. Il y a en effet trois tendances lourdes qui risquent de gêner énormément l’action du nouveau pouvoir.
La première c’est le poids du copinage. Les trois dirigeants historiques du MPP ont tous leur histoire personnelle. Par la force des choses, ils sont devenus aujourd’hui le centre politique décisionnel de notre pays. Cela fait d’eux des hommes puissants. Comme tels, beaucoup de monde gravite autour d’eux. Le risque est fort que leur horizon ne se limite à leur milieu où, très souvent grenouillent de vulgaires chasseurs de primes dont la vision ne dépasse guère le cercle strict de leurs intérêts personnels. On imagine à quel train d’enfer sont soumis ces dignitaires dont les domiciles sont systématiquement pris d’assaut par des visiteurs qui y vont pour disent-ils les saluer. On ne refuse pas des honneurs même soudains, du moment que l’on est un homme public. Mais quand hier seulement, ces mêmes ignoraient jusqu’à votre existence, au simple motif que vous ne pouviez rien leur apporter, il y a lieu tout de même de réfléchir sur cette fameuse nature humaine. Et pourtant, il faut bien sûr tenir compte de tout ce monde quand on veut réussir en politique. L’essentiel, c’est de garder l’œil rivé sur l’autre Burkina relégué à la périphérie parce que les hommes et les femmes qui y évoluent n’ont pas accès aux bons tuyaux.

« Roch Marc Christian Kaboré arrive au pouvoir au lendemain d’une insurrection populaire au succès de laquelle ses camarades et lui ont largement contribué. Pour autant, le pouvoir issu des urnes le 29 novembre dernier dont ils sont appelés à en être les animateurs n’est pas un pouvoir insurrectionnel, encore moins révolutionnaire »

La deuxième tendance lourde c’est le discours populiste. Roch Marc Christian Kaboré arrive au pouvoir au lendemain d’une insurrection populaire au succès de laquelle ses camarades et lui ont largement contribué. Pour autant le pouvoir issu des urnes le 29 novembre dernier dont ils sont appelés à en être les animateurs n’est pas un pouvoir insurrectionnel, encore moins révolutionnaire. On a pourtant tendance à nous servir ici et là des discours aux accents ouvriéristes avec un recours abusif au peuple. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi mais alors il faut être sûr que ce que l‘on veut faire est conforme au discours que l’on tient. Autrement on est dans l’incantation et la démagogie.
Or il n’y a rien de tel que la démagogie pour entrainer des désillusions voire des révoltes. Les Burkinabé d’aujourd’hui ne sont pas les Burkinabè d’hier. Ils sont plus instruits et ont acquis beaucoup d’expérience dans la lutte sociale et politique. Si vous faites de la démagogie, ils vous prendront au mot et vous obligeront à rendre gorge. Le peuple attend certes beaucoup du nouveau gouvernement et on peut comprendre la tentation à vouloir faire plaisir. Mais il est dangereux de croire que ce sont les discours exaltants qui vont combler la quête des Burkinabé. Ils ont besoin d’eau potable, de nourriture, de santé et d’éducation, bref de tout ce qui est de nature à améliorer leur quotidien. On ne pourra pas les berner avec de l’idéologie même quand celle-ci prétend incarner leurs aspirations.
Troisième tendance lourde enfin, c’est le rapport à l’argent. L’argent doit cesser d’être un moyen de corruption. Quand nos hommes politiques parlent de la corruption, ce n’est jamais du pouvoir financier dont ils aiment eux-mêmes user pour endormir les citoyens.
Or il est important de reconnaître et de faire cesser ce phénomène si l’on veut que le retour à l’intégrité prônée par le chef de l’Etat ne soit pas un simple slogan mais une volonté en mouvement. Ce que l’on attend d’un dirigeant c’est d’indiquer la voie à suivre et d’en donner soi-même l’exemple de ce qu’il faut faire et c’est important aussi, de ce qu’il ne faut pas faire. Le reste viendra.
Bonne et heureuse année 2016 à tous les burkinabé, à nos lecteurs en particulier !

Par Germain B. Nama


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