Attentes déçues !

Publié le mercredi 3 février 2016

Ce texte a été rédigé avant l’inculpation et le mandat d’arrêt lancé contre Blaise Compaoré. Certaines considérations sont dépassées mais le texte n’en conserve pas moins un certain intérêt

La Transition est en passe de finir et les nombreuses attentes suscitées au début sont loin d’avoir été remplies. Beaucoup de promesses ont été faites au lendemain de l’insurrection. Enivrées du désir de changement, les populations y ont cru.
Certains changements ont eu lieu et l’organe le plus visible de ces changements est le Conseil National de la Transition (CNT) sous la houlette du valeureux Sheriff Sy où de nombreuses lois ont été adoptées.
Par contre dans les ministères, après certains remous des débuts (contestations des désignés, démission et remplacement), les choses ne semblent pas avoir pris la couleur du profond sentiment de
changement porté par les insurgés. Gestion gabégique, corruption, copinage, nominations complaisantes, dérives de toutes sortes sont servis comme plats de résistance. Or, l’insurrection est née pour mettre fin à de telles pratiques. Comment expliquer que cela perdure ?
On a chassé Blaise Compaoré mais pas son système. On a renversé un régime mais pas ses agents. De nombreux intrigants ont continué à prospérer partout dans les hautes sphères de la société tant au niveau économique, politique que social. Les mêmes maux sévissent avec les mêmes acteurs. Le nettoyage espéré n’a pas eu lieu. Le ‘’plus rien ne sera plus comme avant’’ est resté un slogan vide. Des désordres de toutes sortes s’observent. L’insécurité demeure galopante à Ouaga par exemple malgré le couvre-feu. Certes, en un an, on ne pouvait pas s’attendre à ce que tous les changements espérés se réalisent surtout avec les soubresauts du désormais défunt RSP suivi du coup d’Etat le plus idiot du monde.
Mais on aurait voulu au moins un minima et ce minima reste celui de la justice avec les dossiers pendants. Notre confrère Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune ont disparu voilà maintenant 17 ans. Promesse avait été faite à la place de la Révolution que justice leur serait rendue. Un an après, tout le monde constate avec regret que le dossier n’a pas beaucoup évolué. Des inculpations viennent d’être faites mais c’est peu vers une résolution définitive du dossier avec condamnation des commanditaires et des exécutants. Loin de la coupe aux lèvres donc. Idem pour le dossier Thomas Sankara. Après l’exhumation des corps et le constat que le corps du président criblé de balles était bien celui qui reposait au cimetière de Dagnoen, ce n’est que maintenant que le général putschiste Dienderé vient d’être inculpé pour complicité dans cet assassinat. Le commanditaire² et celui à qui a profité ce crime continue de se la couler douce à Abidjan sans être nullement inquiété. Où est la justice promise ? Et que dire des victimes de l’insurrection et du putsch manqué ? Une grande déception donc dans la conduite des dossiers judiciaires alors que beaucoup d’espoir était né à ce sujet surtout avec la Garde des sceaux, égérie de la Révolution d’aout 1983. Peut-on s’attendre à une résolution de ces dossiers avec les convives du diable au pouvoir ? Personnellement, j’en doute fort car ces convives quoiqu’ils s’en défendent sont comptables de toute la gestion du régime Compaoré y compris de ses crimes de sang. Ils ont rejoint Blaise Compaoré au lendemain du 15 octobre 1987 et ils étaient encore avec lui dans les sphères du pouvoir lors de l’odieux assassinat de Sapouy. Ils doivent donc savoir des choses. Coopéreront-ils pour faire luire la vérité ? On devra attendre pour le savoir.
L’Insurrection a eu lieu pour faire renaitre la morale qui avait agonisé au Faso. Peut-on dire vraiment que l’intégrité est devenue la chose la mieux partagée au Faso depuis ? Je ne crois pas. Car certaines habitudes ont la vie longue. Et des loups sont demeurés dans le pâturage avec les agneaux. Ceux qui n’ont pas intérêt au véritable changement se tapissent toujours dans les arcanes de l’administration publique et tirent les ficelles. A voir les récents remous au sein du ministère des affaires étrangères, où un certain syndicat a fini par avoir la tête du SG et trainé dans la boue l’un de leurs collègues, on ne peut pas dire que l’intégrité ait prévalu quand on sait que ce syndicat défendait becs et ongles son ancien responsable en fonction à Copenhague et que l’actuel doit son poste à l’ancien. Le copinage et des intérêts personnels égoïstes ont bien prévalu ici. Ceux qui ont crié plus fort en se faisant entendre dans la presse et ailleurs et par des sit-in ont eu gain de cause. Et voilà comment on parvient à renverser des situations et réussir la prouesse de faire passer une injustice pour une cause juste, un bourreau en victime et la victime en bourreau. Car qui dit syndicat pense toujours à la défense de causes justes et légitimes. C’est ainsi que le SG de l’UAS s’est porté solidaire du mouvement. Or, dans le cas d’espèce, des manipulations de la vérité ont eu lieu. Et des faits incriminants de la prétendue victime ont été passés sous silence tandis qu’on jetait l’opprobre sur le collègue sans-voix en l’accusant de toutes sortes de crimes dont celui de refuser de rentrer au pays. Le non-respect des textes régissant le fonctionnement du ministère a été évoqué comme grief mais seulement en faveur de celui qui était défendu alors qu’on a passé sous silence le non-respect d’autres textes qui l’ont fait arriver à son poste comme deuxième personnalité de l’ambassade alors que c’était sa première expérience d’ambassade. Pire, au rappel de l’ambassadeur Monique Ilboudo suite à l’insurrection, il sera bombardé Chargé d’Affaires et responsable d’assurer les affaires courantes de l’ambassade alors qu’il y avait sur place des conseillers plus anciens en grade. Deux poids deux mesures donc. Où est l’intégrité ?
La prudence et la vigilance doivent donc rester de mise. La transition a suscité beaucoup d’espoir. En un an, elle a essayé de faire ce qu’elle a pu. Elle n’a pas répondu à toutes les attentes et elle a déçu par endroits. Elle passe la main à un nouveau pouvoir avec un nouveau gouvernement mais des personnalités anciennes qui ont la caractéristique d’avoir été les têtes pensantes du régime Compaoré. Pourront-elles faire mieux que la transition ? Elles y sont condamnées si elles ne veulent pas d’une autre insurrection.A bon entendeur, Salut, les convives du diable !

Angèle Bassolé, Ph.D
Écrivaine et éditrice
Ottawa, Ontario
Canada


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