2015 : L’année du meilleur et du pire

Publié le mercredi 3 février 2016

L’année 2015 tire à sa fin. En guise de rétrospective, nous avons retenu un top cinq d’évènements marquants. Retour sur une année où tout a failli basculer dans le chaos.

1/ L’épisode Zida-RSP
Les Burkinabè ont fêté le nouvel an 2015 dans le suspense. En effet, le 30 décembre 2014, un groupe d’éléments du désormais ex-régiment de sécurité présentielle (RSP) a voulu régler par les armes leur refus de l’affectation de certains de leurs supérieurs au groupement central des armées, le Camp Guillaume en l’occurrence. L’Evénement titrait à la une de sa parution n°295 du janvier 2015 comme suit : « 30 décembre, le jour où Zida a failli perdre le pouvoir  » En clair, les hommes du RSP reprochaient au premier ministre son attitude «  confuse  » quant au sort de ce corps d’élite. Zida est convoqué de façon express par des éléments en colère. Dans un premier temps, il croit à une blague. Mais une sommation interpellative lui est envoyée par son aide de camp : soit il vient ou on vient le chercher. Le premier ministre était donc obligé d’abandonner le président Kafando et ses ministres pour répondre à un appel péremptoire. Sur place, Zida fut sommé de rendre ici et maintenant le tablier de premier ministre. Pour conserver son poste, il choisit de louvoyer. Il accepte de revenir sur les affectations. C’est le premier round d’un conflit qui ne fait que commencer.
Le 4 févier 2015, des soldats du RSP font irruption en plein conseil des ministres. Zida, prévenu par une source trouve refuge au palais du Mogho Naaba. Les éléments du RSP avec à leur tête le général Gilbert Diendéré exigent désormais que Zida et tous les autres militaires de la transition se retirent. Des organisations de la société civile appellent à la mobilisation sur toute l’étendue du territoire. Des négociations s’ouvrent, le statu quo est maintenu. Désormais le Burkina s’installe dans une situation de pseudo-accalmie où les parties belligérantes s’observent en chiens de faïence.
En juin 2015, nouvelle crise ouverte. Deux officiers du RSP sont interpellés sur la base d’informations faisant état d’un possible arraisonnement de l’avion du premier ministre de retour de Taiwan. La hiérarchie du RSP crie au faux complot et demande une fois de plus le départ de Zida mais ce dernier refuse catégoriquement. Un groupe de médiateurs entre en scène. Sur la base de son rapport, le président Kafando décide de maintenir son premier ministre. Il va en revanche se séparer de Auguste Denise Barry, alors ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité. Son ministère est scindé en deux et Michel Kafando prend en charge le volet sécurité. Le colonel Sidi Paré est nommé ministre délégué à la sécurité. Pour beaucoup, il est une imposition de Diendéré et du RSP. Il va se révéler être une taupe lors du coup d’Etat de septembre 2015.

2/ L’épisode du coup d’Etat « le plus bête du monde »
Le 16 septembre dans l’après-midi, une prise d’otages a lieu à Kosyam. Il est signé du RSP. Le lendemain 17 septembre, cette prise d’otages évolue en coup d’Etat, à seulement quelques quatre jours du début de la campagne pour l’élection présidentielle. Le général Gilbert Diendéré se proclame chef d’un conseil national pour la démocratie et chef de l’Etat. Tout le pays est alors débout pour barrer la route à cette « forfaiture  » Les mains nues, la population de Ouagadougou refuse d’abdiquer face aux éléments du RSP armés et qui tirent à balles réelles. Dans toutes les grandes villes du Burkina, la résistance s’organise. Des barrages routiers sont observés par les résistants au putsch. Une délégation de la CEDEAO arrive à Ouagadougou pour négocier. Un texte présenté comme celui de l’Accord par le président béninois est soumis aux différents acteurs de la crise à Ouagadougou. Il ne rencontre pas l’assentiment des organisations politiques ainsi que celles de la société civile à la base de la Charte de la Transition Elles organisent la résistance. Le président du CNT qui avait appelé le peuple à la résistance, lance un vibrant appel au ralliement de l’armée loyaliste. Celle-ci répond par la mise en route de contingents militaires à partir des principales garnisons du pays : Bobo, Fada, Kaya, Diébougou. Le 29 septembre 2015 l’armée républicaine lance un assaut victorieux sur le camp Naaba Koom II, caserne du RSP. Auparavant, le conseil des ministres avait procédé à la dissolution du RSP. Le 1er octobre 2015 le général Gilbert Diendéré est arrêté mettant ainsi fin à cet épisode malheureux.

3/L’élection présidentielle
Les signataires de la charte de Transition se sont réunis pour trouver une nouvelle date pour les élections couplées présidentielle et législatives. Le 29 novembre est celle qui a fini par faire consensus. Dès le 8 novembre, 14 candidats se sont lancés dans la course pour Kosyam. Les Burkinabè sont appelés aux urnes le dimanche 29 novembre afin de les départager. Aux dires des observateurs, ce scrutin a été des plus inédits et des plus ouverts jamais organisés au Burkina. Roch Marc Christian Kaboré a été élu président du Faso avec 53, 46%, face à son principal challenger Zéphirin Diabré qui a obtenu 29,65%. Ce dernier, avant l’annonce officielle des résultats, s’est déplacé au quartier général du parti du président élu pour le féliciter. Un geste sans précédent unanimement salué tant au Burkina qu’à l’international.

4/ Le nouveau code électoral
Certaines personnes pensent qu’il est la conséquence du coup d’Etat de septembre 2015. Le 7 avril 2015 le Conseil national de la Transition (CNT) votait la loi sur le nouveau code électoral. Du coup, le mercure est monté d’un cran du côté des défendeurs de l’ancien pouvoir. Cette loi qu’ils ont qualifiée de loi d’exclusion se fonde en effet sur la charte africaine pour la démocratie et les élections en son article 25 qui parle des changements anticonstitutionnels. Des partis comme le CDP, l’ADF/RDA, la NAFA, l’UBN, etc. n’ont pas pu présenter de candidats à l’élection présidentielle du 29 novembre 2015 pour cause d’invalidation par le conseil constitutionnel de leurs candidats, malgré l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO retoquant certaines dispositions du code électoral querellé.

5/ Les affaires Thomas Sankara et Norbert Zongo
Ces affaires ont marqué l’année 2015 au Burkina. Le 21 novembre 2014 lors de son discours d’investiture, Michel Kafando promet que des investigations seront menées pour identifier le corps du président Thomas Sankara tué le 15 octobre 1987. Le 25 mai 2015 marque la date d’exhumation des supposés restes de Thomas Sankara et 12 de ses camarades d’infortune. On procède alors à des tests d’ADN. Mais le 21 décembre dernier, les résultats de ces tests n’ont révélé aucun ADN. N’empêche que la procédure suit toujours son cours. Dans l’instruction du dossier, six personnes sont inculpées dont le général Gilbert Diendéré considéré comme la «  boîte noire  » du pouvoir de Blaise Compaoré. Ce dernier vient également d’être inculpé par le tribunal militaire et un mandat d’arrêt a été émis à son encontre.
Concernant l’affaire Norbert Zongo, le dossier a été classé en juillet 2006 suite à un non-lieu. On se rappelle que la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuples avait mis en cause l’Etat burkinabè dans ce dossier 28 mars 2014 à Arusha en Tanzanie et du même coup demandé sa réouverture. Les autorités de la Transition ont fait droit précisément le 30 mars 2015 à la demande de la Cour à travers la réouverture du dossier par le Parquet général près la Cour d’appel de Ouagadougou. Un juge d’instruction est nommé. Ce dernier inculper quelques jours avant le 17e anniversaire de l’assassinat du journaliste trois militaires de l’ex-RSP. Depuis la relance du dossier, plus « d’une dizaine d’auditions ont été faites et on a retrouvé l’épave du véhicule qui a été utilisé » dans la commission du crime. Depuis le 12 décembre 2015, une rue porte le nom de Norbert Zongo.

Par Basidou KINDA


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