Sankara, la vérité sur ses derniers jours

Publié le mercredi 3 février 2016

C’est un ouvrage très intéressant que publie au bon moment le doyen Youssouf Diawara, l’un des pionniers de la gauche Burkinabè. L’homme a un parcours très atypique, très militant dans l’âme, Youssouf Diawara est une mine sur cette période de l’histoire de notre pays, les années de l’indépendance à la décennie 1980. La naissance des mouvements de Gauche dont, il est un des acteurs clés. Il est de l’aventure de la création du PAI, le Parti africain de l’Indépendance, dont le fondateur Amirou Thiombiano est à ses yeux le parangon de la vertu révolutionnaire. Il ne tarit pas d’éloges à son égard.
Le livre lui-même est évidemment consacré à la médiation infructueuse qu’il a tentée en trois jours, en octobre 1987, pour réconcilier les deux principales figures de la révolution du 4 août 1983. Mais la lecture conduit à des intrusions, savamment conçues, entre la période du CNR, l’instance dirigeante de la révolution et les moments importants de l’histoire de la gauche burkinabè. On apprend ainsi sur la naissance et l’évolution de la gauche en Haute Volta. Les personnes qui ont joué un rôle important et qui sont méconnus du public. L’enchaînement et la scissiparité du mouvement de gauche à partir d’un PAI, qui s’était d’emblée posé en opposition au MLN de Joseph Ki Zerbo, considéré plus «  social-chrétien  » que vraiment de la gauche. Mais en 1970 le PAI connait une scission importante qui donnera naissance au Groupe Marxiste-Léniniste Burkinabè (GMLB). Certains militants de ce Groupe iront former le PCRV, que beaucoup de Burkinabè connaissent aujourd’hui. Un des militants en vue qui a été de cette aventure est Hubert Yaméogo, le pharmacien et non pas «  le Baobab  » militant CDP et ancien directeur général de la SONABHY.
Youssouf Diawara est une vraie bibliothèque de cette période. On l’écoute sans se lasser.
Sa médiation dans la crise qui a finalement emporté Sankara éclaire la tragédie du 15 octobre sous un jour différent. Un Thomas Sankara totalement conscient que Blaise Compaoré prépare un complot, mais qui ne veut rien entreprendre pour le contrer. Il dit d’ailleurs à Youssouf Diawara qui le connaît de façon intime, puisque familier à Mariam Sankara et à ses propres parents dont il a été un bon voisin des années durant au quartier Paspanga, « que plusieurs complots ont été déjoués, parce que tout simplement éventés ».
Youssouf Diawara n’en revient pas que Thomas Sankara puisse parler aussi stoïquement d’un projet qui peut lui coûter la vie. Mais Sankara est d’un calme olympien. Quand le médiateur Youssouf Diawara lui suggère une proposition politique pour dénouer la crise, Sankara lui dit « qu’il peut toujours essayer ». Il lui rappelle que la seule chose qui intéresse Blaise Compaoré c’est d’être président.
Le médiateur s’en rendra compte très vite. Après le Ok de principe de Sankara pour une éventuelle solution politique, c’est en vain qu’il va tenter de rencontrer Blaise Compaoré qui, sûrement était informé des projets du médiateur. En tout cas le récit de l’échec de la médiation est poignant et la scène de la dernière entrevue avec le père de Thomas Sankara, le vieux Joseph l’exprime de façon déchirante : «  Que puis-je faire, s’interroge le vieux Joseph Sankara. J’ai élevé ces deux-là comme mes fils. Ils dormaient dans la même chambre et sur le même lit. On ne voyait jamais l’un sans l’autre. Je me serais attendu à tout, sauf à une telle histoire entre ces deux-là  ». La tragédie exprimée par un père qui sent le danger arriver, mais qui est impuissant à le conjurer.
Le livre est truffé de petites anecdotes qui permettent de mieux connaître le père de la révolution burkinabè.
En ce moment où l’ADN semble avoir échoué à dissiper les ténèbres dans cette affaire Sankara, si ce n’est une façon de dire que si les restes ne sont les siens, ce livre restitue l’ambiance des jours qui ont précédé le 15 octobre 1987. Mais aussi les jours après, quand l’auteur retrouve un Blaise Compaoré maintenant dans ses nouveaux habits de président du Faso. La scène de l’entrevue éclaire sur l’homme Blaise Compaoré.

Par Newton Ahmed BARRY


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