L’année de notre transition

Publié le jeudi 3 mars 2016

En décembre de l’année dernière à cette période on rêvait, malgré les couacs de départ, à une transition exemplaire. En tout cas on se disait que les organisations de la société civile et les « forces vives  », pour reprendre un vocable de Zida à sa première parution publique, ne pouvaient que nous réserver le meilleur. Un gouvernement de la société civile et des forces vives aurait dû être forcément vertueux. Vertueux dans deux sens :
- Respectueux de la loi et scrupuleusement attaché à l’éthique dans tout ce qui devait être fait
- En même temps soucieux de se poser en exemple pour la postérité. La transition aurait dû achever ce que Sankara avait commencé et le léguer solidement à la postérité. Une façon qui aurait consisté à baliser les pratiques et la morale politiques qui obligent les politiques qui auraient à gérer ce pays pour des siècles et des siècles.
Le constat est que la transition n’a pas rompu avec Blaise et son système et plus elle s’évertuait à l’accabler, plus elle faisait pire que lui. A l’arrivée c’est une opinion publique à la morale au ras des pâquerettes qui compte les jours et croise les doigts pour que « ces gens ne provoquent pas le pire avant de s’en aller  ». L’équipe à Roch a eu tellement peur qu’elle a fait passer des messages pour que le gouvernement transitaire arrête « ses conseils de ministres désopilants ».
Il faut donc tout recommencer, alors que la demande sociale exige d’aller directement à des réponses urgentes. Le MPP et son régime se retrouve à gérer des exigences. Fixer les principes que la transition a échoué à établir et agir en déployant son programme et les solutions qui y sont contenues. Le slogan de la campagne, inspiré sûrement par celle d’un ADO de 2010, mais réadaptée, «  la réponse  » (les sorciers de la communication sont sûrement les mêmes) doit produire des effets.

« Aucun grand peuple n’avance sans avoir le courage de dépasser son passé. Eviter de se faire enchaîner par un passé douloureux. Mais s’en servir comme garde-fou pour ne plus reproduire les erreurs du passé et pour que cette fois et pour de bon « plus jamais rien ne soit comme avant ».

C’est sûr, le gouvernement de Roch n’aura pas une trêve sociale. Il ne doit même pas la demander. Par contre elle peut lui être donnée, incidemment si la composition du gouvernement rassure, si les premières «  réponses  » correspondent aux attentes sociales et enfin si la morale sociale et le rapport au bien public sont exemplaires. Le gouvernement de Roch devrait s’obliger à cette obligation de «  sobriété  » que les transitionnaires n’ont pas cru devoir s’imposer. Mais pas en des effets d’annonce à la Kafando, sur cette réduction du train de vie de l’Etat proclamée alors que son premier ministre logeait et voyageait dans les conditions les plus onéreuses, pour ne pas dire ruineuses pour l’Etat. Roch ne devrait pas commencer aussi en faisant bitumer la bretelle qui conduit à sa résidence privée. Il ne devrait pas non plus passer commande des meilleurs vins pour la cave de la présidence.
Il va lui falloir multiplier les symboles et montrer qu’il les vit vraiment. Président de l’assemblée nationale en dix ans, il avait su montrer que les lambris de la République ne lui tournent pas la tête. Il devrait le montrer encore plus.
2016 ne peut être que l’année de la transition. Elle doit montrer la rupture qui n’a pas pu se réaliser en 2015. Mais sans attendre. C’est pourquoi, le gouvernement aurait tort de se laisser lier par cet agenda débile que lui laisse la transition.
La première des choses à faire, notamment dans l’agenda judiciaire c’est de refaire un chronogramme plus conforme au devoir de justice. Il faut qu’il mette en avant la justice pour les martyrs en donnant les moyens à la justice d’instruire sur ce dossier et de le faire aboutir dans l’année 2016. Ensuite, il faut dépolitiser les autres dossiers en instruction et laisser le temps de la justice jouer pleinement. Il faut installer dès les premiers mois, cette structure de suivi préconisée par la Commission des réformes et de la réconciliation. Lui donner plein pouvoir pour trouver et imaginer la meilleure formule pour solder les comptes du passé. Que les sanctionnés acceptent et comprennent la sanction et que ceux qui sanctionnent réalisent que les décisions valent aussi pour eux. Aucun grand peuple n’avance sans avoir le courage de dépasser son passé. Eviter de se faire enchaîner par un passé douloureux. Mais s’en servir comme garde-fou pour ne plus reproduire les erreurs du passé et pour que cette fois et pour de bon «  plus jamais rien ne soit comme avant  ».

Par Newton Ahmed Barry


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