2016 sera-t-elle l’année de Sankara ?

Publié le jeudi 3 mars 2016

Les prémisses ont été posées par l’insurrection populaire. Inspirés par la figure charismatique de la révolution d’Août mais aussi par celle de Norbert Zongo, les insurgés d’octobre ont trouvé ce supplément d’âme nécessaire pour vaincre le pouvoir grabataire de Blaise Compaoré.
Déjà au 20e anniversaire de la mort du héros en 2007, tout avait été fait pour étouffer la célébration de l’événement. On avait improvisé une activité des jeunes à Pô où furent célébrés des héros jusque-là inconnus de la révolution d’août, convoquer un colloque international à grands renforts d’experts, mobiliser les médias publics en vue de garantir le show, rien n’y fit. L’événement que l’on a voulu brouiller, à savoir l’hommage national à Thomas Sankara n’en a été que plus retentissant. Tout le monde avait été unanime à reconnaitre que ce fut un franc succès. Au point de provoquer l’ire du président du Conseil Supérieur de l’Information d’alors, Luc Adolphe Tiao qui déplora avec beaucoup d’amertume, ce qu’il appela le déséquilibre de l’information en faveur de l’événement qu’ils avaient justement cherché à brouiller.
En effet, toute la presse privée nationale renforcée par la presse internationale, en particulier RFI, la BBC ou encore la VOA avaient zoomé les activités entrant dans le cadre de l’anniversaire de la mort de Sankara tout au long de la journée du 15 octobre 2007. Les manifestations concomitantes du pouvoir célébrant le 20ème anniversaire de la prise du pouvoir de Blaise Compaoré n’avaient eu par contre que peu d’écho.

« Quoiqu’il en soit, l’absence de Blaise Compaoré à la barre n’est pas un obstacle au jugement de l’affaire. Il serait cependant dommage que l’exilé d’Abidjan joue les abonnés absents. Il y va de son honneur de soldat mais aussi de celui de l’homme d’état qu’il a été 27 ans durant »

Dès lors pour Blaise Compaoré les carottes étaient cuites. Il savait que tôt ou tard, sauf si la mort en décidait autrement, il allait un jour répondre de l’ignoble tragédie du 15 octobre. Et tel un oracle, l’inévitable est en train de se produire, suivant un processus bien difficile mais inexorable. La machine judiciaire est aujourd’hui en branle. Sa mise en accusation est déjà chose faite, des acteurs importants de la tuerie sont aux arrêts, l’instruction est fructueuse, à en croire des sources proches du dossier et nous nous acheminons vers la convocation d’assises criminelles pour connaître du dossier.
La présence effective de Blaise Compaoré à ces assises est aujourd’hui en débat. Le mandat d’arrêt adressé aux autorités ivoiriennes va-t-il prospérer ? Rien n’est moins sûr. Le commissaire du gouvernement lui-même ne semblait pas très optimiste quant à son éventuelle extradition au regard des arguments de droit susceptibles d’être invoqués.
Quoiqu’il en soit, l’absence de Blaise Compaoré à la barre n’est pas un obstacle au jugement de l’affaire. Il serait cependant dommage que l’exilé d’Abidjan joue les abonnés absents. Il y va de son honneur de soldat mais aussi de celui de l’homme d’Etat qu’il a été 27 ans durant. A ce haut niveau de responsabilité, la redevabilité est un impératif moral auquel il ne saurait se soustraire, faute d’apparaitre comme un lâche. Les ministres de son dernier gouvernement sont tous sous inculpation. Nombre d’entre eux attendent d’être jugés.
Et bien qu’ils savent qu’ils risquent gros, beaucoup n’ont pas fui et attendent de subir la justice de leur pays. Ces considérations doivent faire réfléchir l’ancien timonier. Après tout, qu’a-t-il à craindre de la justice d’un pays qui a su montrer sa grandeur ? Ce n’est pas en se payant la tête de Blaise Compaoré que le Burkina va résoudre ses problèmes. Juger Blaise Compaoré est un symbole dans sa quête de justice et de refus de l’impunité.
De son attitude dépendra le sort qui lui sera réservé. Ce qu’il a refusé à Sankara, Lengani, Henri Zongo et tous les autres, le peuple magnanime est prêt à le lui pardonner. Mais cela doit passer par la justice. Refuser cela c’est s’engager dans une vie d’errance qui l’expose à des aventures qui peuvent lui être fatales. C’est dire que son sort est entre ses propres mains. Il ne doit pas s’y méprendre !

Par Germain B. Nama


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