Au CDP, on joue au chat et à la souris

Publié le mercredi 16 mai 2012

Par Germain B. Nama

Un parti au pouvoir en Afrique est rarement un parti normal. Pendant plus de deux décennies, le parti présidentiel a dominé la vie politique nationale au Burkina, au point de devenir un réel problème démocratique. Les jeunes de la génération 90 n’ont connu que les figures rondouillardes de ces caciques de l’ODP puis du CDP. Roch Marc Christian, Bongnessan Yé, Kanidoua Naboho, Salif Diallo, Simon Compaoré, Léonard Compaoré, Dim Salif. Celui-là, on s’en souviendra longtemps tant il incarna l’arrogance d’un CDP sûr de sa force éternelle. Il avait dit à propos des ouvriers de la 25ème heure (il faisait allusion aux ralliés et autres mouvanciers), qu’ils étaient seulement autorisés à boire le lait mais pas à compter les veaux. Pendant longtemps, on a cru, et comment ne pas croire qu’ils étaient des demi-dieux. N’étaient-ils pas le moteur de notre histoire nationale ? Ils en donnaient en tout cas l’impression et il faut bien reconnaître que cette prétention était assez peu contestée. Le 5ème congrès qui s’est déroulé en mars dernier a brutalement chamboulé toutes ces idées.

La violence du choc qu’il a provoquée est telle que les Burkinabè aujourd’hui encore demeurent pour la plupart incrédules. Comment croire que tous ces moghos puissants qui jadis faisaient la pluie et le beau temps sont brusquement devenus de vieux lions édentés. C’est pourquoi beaucoup de Burkinabè, à l’intérieur comme à l’extérieur du CDP, continuent de penser à un contre séisme qui pour l’instant tarde à venir. Certains se sont mis à imaginer des combinaisons qui pourraient redonner un peu de sel à la vie politique au Faso. Le ‘‘trio madjesi’’ Roch-Salif-Simon est dans toutes les lèvres et certains pensent qu’il peut faire mal s’il avait le courage de se jeter à l’eau. Mais faire mal à qui ? Certainement pas à l’opposition politique actuelle qui s’est mise à rêver de ce scénario qui entrainerait une implosion du parti-Etat. Cette perspective pourrait en effet être porteuse de dynamiques nouvelles dans la perspective des élections couplées qui s’annoncent comme les plus ouvertes de ces vingt dernières années.

 

Mais nous sommes plutôt pour l’instant dans un scénario-fiction, même si pour beaucoup, ce scénario est inscrit dans le registre du vraisemblable. Le gros obstacle cependant reste Blaise Compaoré dont le silence persistant sur ses intentions gêne énormément ses camarades tentés par le large. Cet homme malgré les entourloupes dont il est familier continue d’attirer les hommes et les femmes de sa cour, comme si un pacte secret vouait ces derniers à l’immobilisme. Pendant ce temps, l’équipe de Assimi Koanda construit prudemment son nid, s’employant à éviter les faux pas. Difficile en effet de faire autrement quand on est seulement à quelques mois d’échéances électorales capitales pour l’avenir du CDP. De nombreux anciens caciques de ce parti sont en effet à l’affût, espérant la prendre à la faute. Ses directives sont scrutées à la loupe dans le but d’y déceler des intentions malveillantes.

 

En effet, Koanda est arrivé à la tête du parti dans une armure de matador. La logique voudrait qu’il finisse le boulot en débarrassant le parti de sa vieille garde militante. Il ne peut avancer sans secouer le cocotier jusqu’à ses bases. Or toucher les bases, c’est enfreindre une directive antérieure qui recommandait de les garder pour le moment en l’état. Dans cette configuration, on peut penser que les anciens ont choisi de s’inscrire dans une stratégie de victimisation, afin de légitimer leur riposte éventuelle. Dans le même temps, ils travaillent à verrouiller les structures de base afin d’empêcher leur élimination complète. Mais à ce jeu du chat et la souris, rien n’est gagné d’avance pour les anciens caciques. Le temps est leur pire ennemi.

A trop vouloir rester dans le bois, ils courent le risque de se faire oublier par le bon peuple. C’est toute la quadrature du cercle.

 


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