Mieux comprendre la pauvreté au Burkina : L’apport décisif des données panel de qualité

Publié le mercredi 16 mai 2012

Il existe une abondante littérature sur l’appréhension de la pauvreté. Ce qui a permis la mise en place de politiques de lutte contre le phénomène. Cependant les résultats mitigés obtenus dans le cadre de la lutte renvoient à une série d’interrogations. L’une d’elles concerne ses formes multiples en l’occurrence son mode d’enracinement ou d’enfouissement dans des couches de la société à travers des générations. Pour parvenir à des réponses adéquates il est sans doute nécessaire de disposer d’autres informations, nouvelles par leurs qualités. C’est ce que nous a révélé l’utilisation des données de panel (enquête effectuée de façon régulière et répétitive sur plusieurs années avec le même groupe de personnes) dans le cadre de la présente étude.

La réalisation d’une telle investigation sur la pauvreté chronique n’est envisageable que lorsque l’on dispose de séries de données chronologiques longues. Celles-ci doivent répondre aux exigences de qualité des données afin d’assurer au delà de toute considération, la comparabilité des variables considérées.

La qualité des données constitue en statistique, la manière d’améliorer celles utilisées couramment, en adoptant une harmonisation suivant un certain standard ou norme (définition et application des mêmes définitions de concepts, etc.).

Les comparaisons de la pauvreté nécessitent de disposer de trois éléments : un indicateur de mesure du bien-être du ménage (par exemple un agrégat de consommation ou de revenu), un seuil de pauvreté, c’est-à-dire un (seuil) niveau de l’indicateur de bien-être en deçà duquel tout individu (ménage ou membre de ménage) sera considéré comme pauvre et enfin des indicateurs de mesure de la pauvreté. Afin d’être cohérent dans les comparaisons de pauvreté dans le temps, les choix techniques effectués dans l’élaboration de l’indicateur de bien-être et du seuil de pauvreté doivent être similaires entre les différentes enquêtes. Ces choix dépendent eux-mêmes de la nature des données disponibles et de leur qualité.

 

Les données panel de qualité, une source féconde pour l’analyse de la pauvreté

La réalisation de la présente recherche sur la pauvreté chronique au Burkina repose essentiellement sur deux sources de données. Celles-ci permettent la connaissance des conditions d’existence des ménages. Il s’agit de l’enquête permanente agricole (EPA) pour ce qui concerne la partie quantitative, l’outil « histoire de vie » appliqué à un sous échantillon de ménages de l’EPA.

 

L’Enquête permanente agricole (E.P.A) constitue une investigation statistique dont la vocation première est l’estimation annuelle du volume de la production agricole. A cet égard, l’EPA est positionnée comme un outil de diagnostic ou de politique conjoncturelle. Il permet de fournir aux décideurs les estimations après récolte de la production agricole par produit et par province. Ces estimations ont un degré de précision requis dans un domaine aussi sensible que celui de la sécurité alimentaire.

De façon pratique, chaque année, la Direction générale des prévisions et des statistiques agricoles organise à travers son dispositif, la collecte des données de la campagne agricole.

C’est à partir des données de l’enquête nationale sur les statistiques agricoles réalisées en 1993, qu’un tirage des ménages devant constituer l’échantillon de l’enquête EPA a été effectué. Au cours de chaque campagne agricole, le questionnaire est administré à la même liste de ménages avec toutefois l’introduction possible, le cas échéant, de ménage de remplacement pour ceux non retrouvés sur le terrain. Ces ménages sont tirés dans l’échantillon des villages sur le territoire national afin d’assurer la représentativité statistique.

En 2001, une mise à jour de l’échantillon des ménages a été effectuée, constituant de facto une rupture avec l’ancienne série. Depuis, une nouvelle liste de ménages-échantillon est suivie annuellement avec l’introduction, le cas échéant, de nouveaux ménages en cas de disparition de ménages figurant dans la liste.

La collecte des données sur le terrain proprement dite est organisée après la formation des 699 enquêteurs qui sont déployés et encadrés par 73 contrôleurs, L’ensemble est supervisé par 73 cadres chargés de la conception. Les informations sont recueillies aussi bien par interview que par des mesures objectives (mesures de champs, pose de carré de densité…). L’organisation permet un contrôle rapproché et rigoureux afin de lever les erreurs d’observation.

La saisie des données est assurée sur ordinateur, avec un personnel formé. La double saisie appliquée garantit une base de données propre, exhaustive sans répétition. 

L’intérêt des données de l’enquête permanente agricole réside dans le fait que, l’enquête est en principe réalisée sur le même échantillon pendant plusieurs années. Cela permet ainsi de disposer de séries d’informations comparables sur un panel de ménages (les mêmes). Cependant l’inconvénient (inévitable) se présente lorsque les ménages sont remplacés. Cela réduit la taille de l’échantillon de panel au fur et à mesure que la longueur de la série des données devient importante. Ainsi, la structure de l’échantillon indique que pour la période 2001-2007, la taille de l’échantillon permettant de faire des analyses en données de panel est de 1821 ménages et ce sur une série de cinq ans (2001-2006).

Les ménages figurant dans ce panel peuvent être individuellement identifiés. En effet, ils sont référenciés à partir d’une clé unique. Celle-ci est définie en combinant les codes de la province, du département, du numéro du ménage dans le département et l’année. Ce panel apparaît comme très valorisable (utile ?).

 

2- Contenu des informations recueillies : Variables de l’étude

Un certain nombre de variables figurant dans les questionnaires administrés lors de l’EPA présentent un intérêt certain pour les besoins de l’étude sur la chronicité de la pauvreté des ménages ruraux et agricoles.

Les caractéristiques des membres du ménage : les variables disponibles à ce niveau sont le sexe, l’âge, le lien de parenté avec le chef de ménage. Toutefois on peut regretter la non collecte des données socio démographiques et économiques très intéressantes telles que l’éducation, la santé, l’accès aux services sociaux de base, l’eau potable.

Concernant les superficies cultivées par les ménages, il existe des informations sur les caractéristiques des parcelles (type, localisation, relief), les deux principales cultures pratiquées sur la parcelle durant la campagne en cours et celle précédente, le type de labour avant semis. Des carrés sont posés sur les parcelles afin de procéder par la suite à une estimation de rendement moyen par province.

La production agricole est estimée à partir des rendements et des superficies emblavées. Le principe d’estimation de la production repose sur l’hypothèse que le rendement moyen par culture au niveau de la province est le même dans tous les ménages de la province considérée. Ainsi pour un ménage donné, sa production d’une culture est égale au produit de sa superficie emblavée, de la culture considérée par le rendement moyen dans la province.

Concernant l’utilisation d’engrais par les agriculteurs, on a pu noter : la typologie et la quantité des engrais utilisés (urée, phosphate et NPK), les produits de traitement des cultures et l’utilisation de la fumure organique par les ménages.

Au niveau du cheptel du ménage les informations collectées sont relatives à l’effectif, le revenu issu de l’élevage, la consommation et l’utilisation des produits de l’élevage.

La section consommation des ménages est une information déduite de l’utilisation de la production. Cependant, cette information n’a été collectée qu’à partir de la campagne 2005-2006. Pour les besoins d’analyse, il peut être envisagé un modèle économétrique d’estimation de la consommation des ménages à partir des variables déterminantes.

Pour connaitre la nutrition des enfants de moins de cinq ans, les principales variables suivantes ont été retenues l’âge, le sexe, le périmètre brachial et la morbidité au cours des 30 derniers jours. Cette variable est intégrée dans le questionnaire de l’EPA à partir de la campagne 2004-2005.

La section Inventaires des équipements a consisté à noter le nombre d’équipements possédés par le ménage. Pour les grands équipements, les informations sur l’acquisition, (mode d’acquisition, source et montant du crédit) y sont renseignées.

En résumé, comme on le constate, les données utilisées sont obtenues suivant une méthodologie rigoureuse. Dès lors il est possible pour tout chercheur de rééditer le même phénomène dans les mêmes conditions d’observation, d’élaboration des indicateurs robustes de suivi dès que les mêmes données lui sont fournies. Les données par leur qualité permettent de faire des analyses prospectives selon des axes voulus.

La qualité des données participe ainsi à accéder à la connaissance et à la partager. C’est pourquoi il faut éviter de prendre en compte des informations disparates, non calibrées, insuffisamment précises pour se lancer dans une excellente activité de recherche. Le but étant d’aider les décideurs à effectuer des choix pertinents basés sur les résultats robustes.

 La base des données de l’Enquête Permanent Agricole est marquée par le label et le sceau « garantie qualité » qui a estampillé notre étude sur la pauvreté chronique en milieu rural. Aussi, la recommandation aux agences et offices de statistiques est de travailler d’avantage avec rigueur pour rendre disponible des données de qualités et objectivement comparables n

 

KONE Michel


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