Sondages d’opinion politiques au Burkina : Une innovation majeure de la présidentielle 2015

Publié le mercredi 10 février 2016

Les sondages d’opinion électoraux ne sont pas une pratique courante en Afrique subsaharienne et particulièrement au Burkina Faso. L’élection présidentielle au Burkina a constitué l’occasion pour des chercheurs de mettre en orbite deux instituts de recherche et de sondage, APIDON et HONKO.

Genèse d’une science peu connue du public
Pour Yannick Farma, directeur des opérations de l’institut de recherche et de sondage APIDON, le contexte était opportun pour un institut de sondage de réaliser une série de sondages qui « permettra à terme d’informer d’abord la population au fur et à mesure, sur la situation selon les différentes localités. Ils se présentent aussi comme un guide pour les différents décideurs afin qu’ils sachent quelles sont les attentes et les préoccupations des populations  » de telle sorte que même après les élections l’on puisse avoir de la substance pour évaluer l’action gouvernementale. Honko Roger Judicaël Bemahoun, statisticien économiste, chercheur en science politique lui nourrissait cette ambition de faire des sondages d’opinions et particulièrement des sondages politiques depuis la fin de sa formation, ce qui a donné naissance à une première expérience avec le journal Bendré depuis août-septembre 2014 où un baromètre de confiance politique a été réalisé pendant la lutte contre la modification de l’article 37. Vu l’engouement autour des différents sondages le journal Bendré et l’institut de sondage APIDON décident donc de poursuivre avec les sondages d’opinions. Ce qui a conduit aux récents sondages sur les intentions de vote des candidats à l’élection présidentielle du 29 novembre 2015. Au départ, les objectifs des uns et des autres étaient d’évaluer les intentions de votes des populations mais aussi de suivre l’évolution de la cote de popularité d’un certain nombre de personnalités.

Comme toute étude sociale, il y a eu des difficultés
Les Burkinabè n’ayant pas une culture des sondages d’opinions, il va de soi que les conditions d’exécution des sondages n’aient pas été faciles. Des conditions variant d’une structure à l’autre. Pour le cas de Bendré, quatre (4) rounds de monitoring ont été entrepris.
Dans ces rounds, il fallait aller à la conquête d’un terrain inconnu par le grand public, sans compter les appréciations divergentes des pairs. Et « Comme dans toute étude sociale les difficultés n’en manquaient pas » nous confirme Yannick Farma de l’Institut APIDON dans la mesure où d’un point de vue méthodologique, APIDON a voulu bâtir une approche spécifique au pays. Les difficultés se sont ainsi manifestées dans la collecte des informations sur les identités. Outre cela, les enquêtes s’étant effectuées par voie téléphonique, il fallait faire face aux difficultés liées à la barrière linguistique parce que l’échantillon prenait aussi en compte toutes les régions du Burkina Faso. Tout le monde ne percevant pas l’approche du sondage de la même manière, il fallait aussi faire face aux réticences. Qu’à cela ne tienne, APIDON et Bendré parviendront à des résultats intéressants. Même si les deux instituts de sondage ne sont pas tombés sur les mêmes résultats. Comment s’explique cet écart des résultats entre deux instituts alors qu’ils avaient un même sujet d’étude qui est le corps électoral ? «  Loin d’une sorcellerie  » comme l’indique Honko Roger Bemahoun de Bendré, la justesse des résultats est plutôt liée à la méthodologie utilisée.
Et c’est la méthode des «  quotas marginaux  » qui a été utilisée avec le sexe et l’âge comme variables de quotas. Du côté d’APIDON, c’est une approche statistique appelée «  la méthode des quotas  » qui a été employée, avec le sexe, la catégorie d’âge, le milieu de résidence, la province d’appartenance comme variables de stratifications. L’écart des résultats entre Bendré et APIDON s’explique donc pour Bendré, d’une part par le taux élevé d’indécis mais aussi par le fait que l’étude soit bouclée dix jours avant les élections.

Sondages et influence du choix de l’électeur
Ce débat a fait l’objet de recherches avancées au niveau des chercheurs en science politique américaine et ils ont pu trouver qu’il y a deux types d’effets que produisent les sondages d’opinions à en croire Honko Roger Bemahoun, Surtout les sondages relatifs aux intentions de vote. Et la grande question pour lui, c’est de dire si ces sondages n’ont pas influencé les indécis. Pour dire que même «  si les sondages ont un effet sur le choix des électeurs, la campagne permet d’équilibrer les choses » car l’un dans l’autre, l’objectif est que les acteurs politiques comprennent le but des sondages afin de l’intégrer parce que la finalité c’est de former un citoyen véritablement conséquent. De son côté, Yannick Farma trouve qu’il est difficile de démontrer que les sondages ont influencé le choix des électeurs dans la mesure où les électeurs surtout en milieu rural n’ont peut-être pas eu ces informations sur les sondages. Et ces derniers, même s’ils avaient eu ces informations, «  il faut reconnaître que quand l’électeur sait que c’est une photographie des opinions, cela n’est pas de nature à faire changer son choix ».

Limite des sondages d’opinions
Avec les marges d’erreurs variables (2,2% pour Bendré et 3% pour APIDON) en fonction de la taille de l’échantillon, il faut noter que les sondages d’opinion connaissent des limites et font d’ailleurs l’objet de critiques. Parmi ces limites, les indécis et la sincérité des sondés sont un facteur déterminant pour l’atteinte des résultats reflétant la réalité. Et les chercheurs tentent tant bien que mal de faire en sorte à limiter l’incertitude dans les sondages. Mais en dépit de tous ces éléments, c’est l’expérience que les chercheurs saluent parce qu’elle a permis aux statistiques de vivre, raison de plus pour Bemahoun de tirer «  des motifs de satisfaction  » surtout que «  les gens ont adhéré  » indique Yannick Farma. Ils comptent donc perpétuer l’expérience car ce qu’ils viennent de faire estiment-ils n’est pas un aboutissement mais plutôt un départ.

Wend-tin Basile SAM


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